Nous sommes allés voir le 2 avril dernier Nils Frahm à la salle Wilfrid-Pelletier de Montréal. Voici notre retour.

En général, il est souvent considéré comme difficile de mélanger la musique classique et la techno, mais il semblerait que ça soit un pari réussi pour Nils Frahm

En ce soir du 2 avril, c'est dans cette magnifique salle Wilfrid-Pelletier (rénovée en 2017 et idéale pour l’opéra habituellement) que grâce à un plafond invraisemblable, le jeu de Frahm se voit sublimé par une acoustique épatante. L’artiste nous démontre l'étendue de ses capacités musicales dans un style étonnamment excitant. Bien qu’il ait baigné dans la musique classique contemporaine dès son plus jeune âge, il réalise à quel point l’influence de la musique électronique lui est importante.

Un voyage rempli de surprise

L’ensemble de ce spectacle est un mélange mesuré de son talent au piano et d’une musique électronique sombre. L'artiste allemand épouse les deux styles de musique en passant du piano classique à la techno. Il doit d'ailleurs beaucoup aux influences exercées par son pays d'origine, aussi bien à Beethoven qu’au Berghain.

La mise en scène symbolise la vision de Frahm de la musique classique au piano. D'un côté se dressent un piano à queue ainsi qu'une série de modulateurs, synthés et claviers Moog, empilés comme des éléments d'un épisode de Storage Wars: Enchères surprises. De l’autre se trouvent trois pianos différents dans un style plus classique.

Le voyage commence par des notes assez douces sur deux pianos différents, avant de continuer avec quelques accords d'orgue et des lignes de synthé, venant créer ainsi un labyrinthe de bruits atmosphériques. C'est à la fois subtil et renversant. Le musicien construit et construit, encore et encore, prêt à émouvoir la salle aux larmes, avant que la surprise d’un coup de pied n’éclate, aussi puissante soit-elle. Tout le monde éclate alors en applaudissements.

Les quelques «chansons» que joue Frahm ne sont en réalité que des constructions de paysages sonores de vingt minutes, le compositeur naviguant entre ses «outils» pour ajouter chaque partie. Les tracks de «All Melody» apparaissent sur la set-list, ainsi que «Sunson» et «Momentum». 

Pour «My Friend the Forest», Nils Frahm joue en solo sur un piano de taille et de ton plus terne que les autres. Il a été personnalisé pour ne comporter qu'une corde par touche, son perfectionnisme le rendant encore plus mélancolique.

Le lieu semble capturer toutes sortes de détails sonores et les diffuse de manière à ce que rien ne soit perdu, agissant comme un autre amplificateur ajouté à l'ensemble impressionnant de technologies sur scène.

Un artiste formidable

Il règne une énergie attentive dans la foule dont Nils Frahm se nourrit clairement. Personne ne sait où il va aller et il semble heureux de maintenir cette tension. De courtes boucles de notes semblent durer des heures, avec l’ajout de couches, avant qu’un lourd tambour n’arrive comme un hélicoptère au décollage.

Lorsque des pauses sont prises entre les chansons, le public réagit remarquablement. Cela montre à quel point ses morceaux sont frappants d'émotion et savent ravir une foule.

La personnalité de cet unique interprète a su engager la foule avec confiance et humour pour écarter tout sentiment d'importance personnelle. Nils Frahm est sincèrement au sommet de son art. 

Les émotions qu'il nous a évoquées, son habileté et l'impact immersif de sa performance ont prouvé que cet homme pouvait concevoir et mener une performance musicale exceptionnelle.