Créer une entreprise n'est jamais évident, passer au travers de sa première année d'activité encore moins. Pour nous, plusieurs compagnies reviennent sur leurs douze premiers mois d'entrepreneuriat et se confient sur leurs échecs, mais aussi leurs aspirations, tout en offrant quelques conseils au passage. On vous présente aujourd’hui Le Curieux, un jeune média numérique destiné aux 8-12 ans, fondé par Anne Gaignaire.

Fondé par la journaliste Anne Gaignaire, Le Curieux couvre l’actualité québécoise, canadienne et mondiale en décortiquant des sujets parfois très compliqués. Ayant comme objectif de faire des enfants «les citoyens éclairés de demain», le média émergent répond à un besoin dans le paysage médiatique québécois où on retrouve principalement des publications spécialisées comme le magazine Curium. L’information du Curieux est vulgarisée et présentée avec une signature visuelle qui facilite la compréhension. Rencontre avec sa fondatrice.

Anne Gaignaire, directrice de la publication et fondatrice.

Anne Gaignaire, directrice de la publication et fondatrice.

Une phrase qui résume les débuts du Curieux?

La première année, c’est vraiment des moments d’enthousiasme extrême, de confiance incroyable et des moments de découragement total, de véritables montagnes russes.

Quelle est la raison d’être du Curieux?

Il s’agit vraiment de faire en sorte d’apprendre aux jeunes à avoir l’esprit ouvert, à s’informer et à exercer leur jugement critique. La raison d’être au Québec, c’est qu’il y a beaucoup de ressources pour les jeunes, mais un média numérique, écrit, qui explique l’actualité avec autant de visuels, il n’y en avait pas.

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Pourquoi avoir fait le choix du numérique justement?

Le numérique te permet une interactivité bien supérieure au papier. Après il y a la question environnementale aussi. Et financièrement, aujourd’hui le défi de monter un média est énorme donc si tu te lances dans l’impression, c’est très difficile, alors que le média numérique te donne une souplesse incroyable. 

De toute façon, les enfants sont sur leurs écrans et je voulais faire prendre une partie de ce temps pour en faire quelque chose d'éducatif. Et aussi de montrer aux enfants que l’iPad ou l’ordinateur ne sont pas faits uniquement pour les jeux, mais pour apprendre des choses. Mais on donne quand même la possibilité d'imprimer le contenu. 

Après un an, comment la perception de ta compagnie et de ton projet a-t-elle évolué?

Au début, je faisais tout toute seule, même le graphisme. Dans la philosophie, le produit est resté le même, mais la forme a beaucoup évolué et on a rajouté des choses parce qu’on a avancé. On s’est professionnalisé, en fait. La signature graphique s’est modifiée du tout au tout. Peu à peu, on a monté une équipe, ça nous a permis de lancer une revue de la semaine, parce qu’avant, c’était juste un dossier par mois. Ce sont des choses que j’avais en tête dès le départ qui ont pu évoluer dans cette première année, autant en termes d’image que de produit.

Quelle est la chose la plus importante que tu as apprise ?

C’est de prendre confiance en moi. Avant, j’étais facilement angoissée, la moindre anicroche me stressait. Quand tu te lances dans un processus comme l'entrepreneuriat, soit tu arrives à gérer ton stress, soit ce n’est pas fait pour toi. Tu fais de la création, donc tu n’es jamais sûr de rien. Peu à peu, j’ai appris à me faire confiance et à arrêter de me poser mille questions. Évidemment, je reste ouverte à tous les avis, j’analyse beaucoup avant de prendre une décision, mais j’ai moins peur de prendre les mauvaises décisions. C’est ce qui permet d’avancer, d’innover et te lancer dans plein de défis.

Est-ce que tes expériences professionnelles passées ont été utiles afin de bien diriger ce projet?

Le fait d’avoir été journaliste fait-il un bon entrepreneur? Non, parce qu’il y a plein de compétences dont tu as besoin pour l'entrepreneuriat que tu n’as pas forcément en tant que journaliste. Mais le journalisme fait qu’on est toujours à l’écoute, curieux, et qu’on possède un réseau de contacts d’experts variés. Et ça nous aide pour devenir entrepreneur, ça veut dire qu’on n’a pas peur d’aller poser des questions et de savoir prendre conseil des autres. C’est très important de savoir prendre les avis autour de toi pour avancer. Le fait d’avoir été pigiste aussi rend le saut moins grand je trouve, car tu dois déjà tes contrats, tes échéances, ta comptabilité. Tu es ton propre moteur.

De gauche à droite: Johan Batier, directeur artistique, Léa Villalba et Léa Walle, journalistes, Anne Gaignaire, directrice de la publication et fondatrice. 

De gauche à droite: Johan Batier, directeur artistique, Léa Villalba et Léa Walle, journalistes, Anne Gaignaire, directrice de la publication et fondatrice. 

Est-ce qu’une formation en gestion ou en affaires t’aurait été utile?

Je ne suis pas allée chercher des formations en gestion particulièrement, mais j’en ai fait plusieurs en entrepreneuriat. 

D’abord, j’ai été lauréate du Startup Weekend Femmes Montréal, ce qui m’a donné accès au soutien de la Fondation Montréal inc. où j’ai eu des formations et du coaching. Ensuite, j’ai fait l'incubateur de HEC Montréal qui s’appelle Entreprism. Ce sont des choses essentielles, car tu peux avoir des qualités personnelles, mais tout ce qui est des connaissances propres au milieu, ça s’apprend. Et tu fais moins d’erreurs quand tu vas chercher ces compétences. Et il faut savoir bien s’entourer. Surtout quand on est un entrepreneur en démarrage qui est tout seul. Pour moi, il y a eu les formations, mais après j’ai deux mentors et j’ai des coachs dans plein de domaines que je sollicite. Enfin, il y a l’équipe autour de toi quand tu es mesure d’en avoir une.

Qu’est-ce qui t’inspire et te motive à aller au travail chaque jour?

Je n’ai pas l’impression de travailler! Quand je fais Le Curieux, c’est du plaisir. D’abord, parce que ce n’est pas du tout routinier, tu apprends plein de nouvelles choses. En même temps, c’est passionnant, car tu crées quelque chose, ce qui est super motivant. Et on voit que les gens sont intéressés et nous disent qu’un média comme celui-là manquait.

Lors de tes premiers mois d’activité, quelle a été ta principale erreur?

Des erreurs, j’en ai sans doute fait beaucoup, mais je ne les considère pas comme des erreurs. Lorsqu’on est en démarrage, les erreurs sont considérées comme une exploration et on y réagit rapidement. Mais il y a peut-être une erreur plus importante, c’est de ne pas être allée chercher du financement plus tôt, car je finance tout à fond propre depuis le début, mais aujourd’hui, on cherche des partenaires financiers.

Quels sont tes conseils pour quelqu’un qui aimerait lancer son média?

Il faut être très innovant et pas seulement pour le produit, mais aussi sur le modèle d’affaires. Je pense qu’il ne faut pas rester dans les créneaux habituels des médias qui existent déjà et qu’il faut trouver comment diversifier les revenus. Il ne faut pas avoir peur de chercher des partenariats et des revenus qui viennent de plusieurs sources différentes. Et je te dirais que ce qui est difficile, c’est de garder son âme. Diversifier ses revenus, ça ne veut pas nécessairement dire faire du contenu publicitaire par exemple. Ça demande de la créativité pour ne pas tomber dans les mêmes schémas que les médias classiques.

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