Le vin québécois connait un essor considérable. En dépit d’une précédente mauvaise réputation, de plus en plus d’acteurs du milieu, de producteurs et d'épiciers se mobilisent pour redorer le blason de ce produit et lui donner enfin les lettres de noblesse qu’il mérite. C’est ainsi qu’avec Louis-Philippe Mercier, sommelier et propriétaire de La Boîte à Vins, nous nous sommes rendus auprès de quelques producteurs pour en savoir plus. Une série de rencontres qui braque les projecteurs sur cette boisson d'ici et ses créateurs.

Notre premier arrêt sur cette route des vins locaux est le domaine du Château de cartes, vignoble et cidrerie. Il est situé à Dunham en Montérégie. Le long du chemin Bruce, plus exactement. Il est géré depuis 2012 par ses propriétaires Stéphane Lamarre et Anik Desjardins.

🍷 Cet entretien a été rendu possible grâce à la passion et la collaboration de l'entrepreneur derrière La Boîte à Vins

Stéphane Lamarre, propriétaire et vigneron du Château de cartes et Louis-Philippe Mercier, sommelier et propriétaire de La Boîte à Vins.

Stéphane Lamarre, propriétaire et vigneron du Château de cartes et Louis-Philippe Mercier, sommelier et propriétaire de La Boîte à Vins.

Du désert au champ de vignes

«Je suis passionné depuis toujours par le travail de la terre et la distillation, déclare Stéphane Lamarre. Petit, je regardais mon grand-père qui fabriquait de l’eau-de-vie dans son garage.» Pourtant, il faudra attendre bien des années avant que ce dernier se lance dans l’aventure. En effet, ce n’est qu’en 2006 que cet ancien journaliste-réalisateur fait l’acquisition du domaine. «J’ai travaillé pour de nombreux médias québécois comme TVA ou Radio-Canada, explique le vigneron. J’ai même couvert le célèbre Rallye Aisha des Gazelles pendant quatre ans dans le désert au sud du Maroc.» 

Toutefois, pendant ces années de carrière journalistique, l’idée ne le quitte pas et c’est, au hasard des rencontres qu'il fait, que celle-ci commence à devenir palpable. «J’ai eu la chance d’apprendre mon métier en Alsace à la fin des années 90. Il aura fallu dix années supplémentaires pour enfin concrétiser mon rêve.»

Stéphane Lamarra. Courtoisie.

Stéphane Lamarra. Courtoisie.

Grandir et développer sa passion

C’est en 2012 que Stéphane Lamarre décide de se lancer dans le vin à temps plein. «Je me souviens, c’était sur le tournage d’une publicité pour une épicerie, raconte le propriétaire du vignoble. On tournait de nuit, il faisait froid. Au retour, j’ai appelé ma femme dans la voiture et je lui ai dit j’arrête, c’était le dernier tournage.» 

Un choix audacieux, mais payant, car leur domaine s’étend aujourd'hui sur sept hectares auxquels viendront s’ajouter bientôt trois hectares de plus. Le domaine du Château de Cartes compte aujourd’hui plus de 23000 pieds de vignes réparties en neuf cépages ainsi que neuf employés. «Cette année, nous avons produit autour de 35000 bouteilles et toutes IGP «Vin du Québec», assure-t-il. Une première pour nous et nous sommes très fiers de porter la mention.» 

L'appellation IGP «Vin du Québec» fait référence à l'Indication Géographique Protégée (IGP) mise en place par le gouvernement du Québec. Les vins sont produits selon un cahier des charges très précis et font ainsi gage de qualité, de traçabilité et sont cultivés à 100% au Québec dans une aire géographique délimitée.

Courtoisie.

Courtoisie.

Un chemin pas toujours facile

Une fois le vin produit et mis en bouteille, il faut le mettre en marché. Stéphane Lamarre et son épouse ont ainsi fait le choix de vendre à la boutique du domaine, dans les épiceries et à la SAQ, non sans quelques réserves. 

«En ce moment, un dépanneur de Montréal vend à lui seul plus de notre vin que l’ensemble des SAQ du Québec réunies et c’est inquiétant pour la SAQ à long terme, déclare le vigneron. Le problème selon moi provient du fait que nous ne sommes pas assez rentables comparativement aux vins bon marché venant d’ailleurs. Quand vous vendez une bouteille de vin 18$ et qu’elle ne vous a coûté que 1,47 $ en comparaison au vin québécois qui a un coût de revient six fois supérieur, le calcul est facile à faire.» 

Et de conclure lorsqu’on lui demande d’où vient le nom de son domaine. «Faire pousser de la vigne au Québec est périlleux et fragile! C’est un exercice qui requiert beaucoup de doigté, de technique et de patience, tout comme faire tenir un château de cartes, assure le vigneron. C’est aussi un clin d’œil aux grands «Châteaux» du monde, dans la lignée de notre rêve qu’un jour le Québec soit reconnu pour de grands vins.»

🥂 Château de cartes

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