«C’est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l’accusant d’être trop rapide, sans voir qu’il s’écoule à la bonne vitesse». Cinq siècles après avoir été formulée, cette locution de Léonard de Vinci n'aura probablement jamais été aussi vraie, alors qu’il nous apparaît ardu de saisir le temps dans un monde où tout doit croître à un rythme effréné. Pour la slowpreneure Marie-Ève Bertrand, il est vital de s’émanciper de ces schémas de travail aliénants et dépourvus de sens afin de ralentir la cadence et de retrouver un équilibre.

«Le slowpreneuriat, c’est ralentir pour mieux servir la communauté, lance Marie-Ève Bertrand. C’est l'art d'arrimer notre rythme biologique, notre énergie mentale et créative, dans l'atteinte d'objectifs professionnels sains et réalistes.»

Ce mouvement, véritable invitation à la lenteur, s’inscrit dans celui de la décroissance qui milite contre la surconsommation et la place prépondérante du travail dans la vie. «Il faut arrêter de vouloir tout voir, tout faire, tout couvrir et comprendre que l’on est humain, ajoute la Montréalaise de 38 ans. N’attendons pas les défis plus dramatiques comme la maladie pour prendre une pause.»

Revoir sa manière de dépenser, reporter un projet, déléguer des tâches ou encore comprendre son rythme biologique constituent les premiers pas vers l’épanouissement personnel et professionnel.

Marie-Ève Bertrand. Courtoisie.

Marie-Ève Bertrand. Courtoisie.

Ces changements sont accessibles à quiconque se prête à l’exercice introspectif. Par exemple, en analysant à quel moment de la journée on travaille de la manière la plus efficace, selon Mme Bertrand, qui accepte rarement des contrats matinaux. En disant non, plutôt que de tout accepter dans la peur de manquer quelque chose.

Virage professionnel, en douceur

Ayant étudié en art visuel, en photojournalisme et en design, Mme Bertrand a travaillé comme directrice de production en multimédia pendant des années. «Un jour, je me suis rendu compte que je n’avais pas le temps de vaquer à mes autres occupations et passions, lance Mme Bertrand. Je me mettais énormément de pression, j’étais constamment fatiguée et j'avais toujours hâte de partir du bureau.»

À l’âge de 30 ans, en 2010, elle décide de fonder sa propre entreprise, Pop Spirit, qui propose des cours de yoga, de Stand-up paddle, des voyages ainsi que des activités holistiques et créatives. «Si on m’avait dit avant que je donnerais des ateliers de couronnes de fleurs hawaïennes et de méditation, je ne l’aurai jamais cru», plaisante-t-elle.

Mais c’est justement en s’alignant sur ses propres valeurs, comme le respect de la nature, que la slowpreneure a commencé à s’épanouir réellement. «Je me remets plus facilement en question et j'ose développer des projets arrimés avec mes valeurs, ce qui donne un sens vraiment plus profond à ma vie», précise-t-elle.

La résidente d’Hochelaga-Maisonneuve, qui admet être devenue beaucoup moins dépensière et matérialiste suggère également de redéfinir sa relation à l'argent. «Bien souvent, on besoin de beaucoup moins que ce que l’on pense», dit-elle.

Courtoisie.

Courtoisie.

Elle précise toutefois qu’elle n’a pas encore tout à fait atteint ses objectifs de slowpreneure. «Je suis assez occupée, et je pourrai encore réduire mes heures, estime-t-elle. Mais je suis tellement emballée par ce que je fais et à l’écoute de mon énergie que cela me permet de prendre les pauses qu’il faut.»

En anticipant les périodes de rush, Mme Bertrand peut ainsi s’établir un cadre de support, tel que des séances de yoga ou des pauses de quatre jours à la campagne pour se ressourcer.

Vivre en pleine conscience

Une des clés pour gagner en efficacité sans s’épuiser pour autant serait de profiter des moments de transition du quotidien. Qu’il s’agisse d’un voyage en voiture ou en transports en commun à l’aller et au retour du travail, ces instants doivent être vécus en pleine conscience autant que possible.

«Le but est de s’octroyer une pause mentale dès que l’on en a l’occasion, indique Marie-Ève Bertrand. On fait ainsi le plein d’énergie.» Elle recommande notamment la pratique de la méditation et de la cohérence cardiaque, une méthode de respiration aux effets relaxants quasi instantanés.

Ce répit dans le tourbillon du temps qui file serait donc le moyen le plus efficace pour s’ancrer davantage dans le présent et apprendre à accepter ce qui est, plutôt que ce qui doit être. 

🙏 Marie-Ève Bertrand

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