Créer une entreprise n'est jamais évident, passer au travers de sa première année d'activité encore moins. Pour nous, plusieurs compagnies reviennent sur leurs premiers mois d'entrepreneuriat et se confient sur leurs échecs, mais aussi leurs aspirations, tout en offrant quelques conseils au passage. En octobre 2018, Éliane Legault-Roy soulignait la première année de sa compagnie qui porte l'audacieux nom de bête féroce. On discute de cette aventure entrepreneuriale avec elle.

Poussée par l'envie d'oeuvrer pour le compte d'organismes sans but lucratif (OSBL), la politologue de formation devenue entrepreneure a achevé une dizaine de projets d'envergure ces derniers mois. Lors de sa première année, entre autres, elle a travaillé à l’idéation, à la mise en œuvre et été porte-parole de la campagne «Un trop grand prix» coordonnée par la CLES (en collaboration avec le Y des femmes de Montréal, Prévention jeunesse Laval et Longueuil et la Maison d’Haïti) et a également été directrice de campagne pour six candidat-es du parti Québec solidaire lors des précédentes élections. 

La somme des actions de cette première année en affaires aura généré pas moins d'une centaine d'articles et d'entrevues: une réussite pour cette jeune entreprise de relations publiques. Prolifique et passionnée, Éliane Legault-Roy aborde son parcours, ses défis entrepreneuriaux et revient sur les premiers pas de sa bête féroce!

Éliane Legault-Roy. Courtoisie bête féroce.

Éliane Legault-Roy. Courtoisie bête féroce.

Bonjour Éliane! Pouvez-vous nous résumer un peu votre parcours ainsi que l'histoire derrière bête féroce?

Je suis entrée au bac en études politiques appliquées à Sherbrooke en pensant devenir journaliste. J’ai rapidement développé un grand intérêt pour la violence politique et j’ai donc changé pour un bac multi avec certificats en histoire, philosophie et politique afin d’approfondir les questions liées aux mouvements sociaux, à l’éthique, à la guerre et au terrorisme. 

J’ai ensuite fait ma maitrise en science politique et produit un mémoire intitulé «De la possibilité d’un terrorisme éthique». Pendant la rédaction, j’ai eu mon premier emploi en communication, pour la Table de concertation de Laval en condition féminine. Puis je suis passée à la CLES (Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle) et j’ai fait des mandats en parallèle pour la Coalition nationale contre les publicités sexistes et pour une boite de RP. 

J’ai adoré mon passage à la CLES, un organisme qui vient en aide aux femmes qui sont prises dans la prostitution et à celles qui en sont sorties. C’était une expérience assez exceptionnelle, car c’est un organisme non hiérarchique - donc sans patron - et j’ai pu toucher à tout, de la gestion de médias sociaux au rôle de porte-parole en passant par la planification stratégique et les représentations politiques. Ça été très formateur, mais, au bout de quatre ans, j’ai eu envie de nouveaux défis et de parler d’autres choses. 

Après un court passage dans la fonction publique – où j’ai trouvé la bureaucratie très lourde -, j’ai décidé de faire le grand saut et de me lancer à mon compte. J’étais attirée par l’idée de faire mon horaire, de varier les mandats et de me mettre un peu en danger. Un an plus tard, je crois que le défi est relevé: les affaires vont bien et je trouve toujours aussi fabuleuse la variété qui anime mon quotidien. Pour ce qui est de «faire mon horaire», j’ai vite compris que cela signifie surtout «avoir la possibilité de travailler en tout temps», mais bon… Il faut ce qu’il faut! 

Pourquoi avoir choisi d'oeuvrer pour des OSBL? 

C’est une rencontre parfaite entre un réel besoin (de la part des organismes) et un intérêt sincère (de ma part). Les organismes ont souvent des besoins très ponctuels et ne peuvent donc avoir de ressources spécialisées à l’interne. De mon côté, j’avais envie de continuer à travailler pour des causes qui me touchent, mais j’avais envie de varier les thèmes et les défis. Me plonger dans un nouveau domaine – santé mentale, environnement, employabilité, etc. – d’un mandat à l’autre est vraiment passionnant et cela me permet aussi d’avoir une vision très globale du milieu dans lequel mes client-es et moi évoluons.

Quels services proposent bête féroce?

Pour pallier le manque de ressources dans les OSBL, bête féroce leur offre de la formation, de l’accompagnement et des services clefs en main. L’idée c’est donc de former les ressources déjà en place pour qu’elles acquièrent de nouvelles compétences (principalement en relations médias et en médias sociaux), de les accompagner dans certaines démarches (plan de communication, organisation d’événements, etc.) afin de solidifier les bonnes pratiques ou encore de les délester complètement de certains projets quand elles sont débordées.

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Pourquoi avoir choisi ce nom de «bête féroce»?

Bonne question! Il y a plusieurs raisons, mais l’expression elle-même vient des dernières strophes d’un poème de Gaston Miron que j’affectionne beaucoup «et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes / nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir». 

Ainsi, pour moi ce nom fait référence à mon engagement contre les injustices en général et contre la violence envers les femmes en particulier. C’est aussi un clin d’œil à mes études (j’ai travaillé pendant huit ans sur la violence politique) et, sur une note plus légère, à mon amour des félins!

Une phrase pour résumer les débuts de votre compagnie?

«Si on sait exactement ce que l’on va faire à quoi bon le faire?» (Picasso). Je dois dire que je me suis lancée là-dedans tête baissée, à l’instinct, sans trop savoir dans quoi je m’engageais… Et une partie du fun que j’ai à travailler réside là-dedans!

Après un an en affaires, comment votre perception de votre compagnie et de votre projet a-t-elle évolué?

La première année on fait des tests, on apprend. Un an plus tard, je suis en phase consolidation. J’ai enfin un site web, j’ai organisé un événement pour remercier mes premiers clients, je clarifie mes partenariats, etc. J’essaie de prendre le temps de faire les choses, de créer des bases solides pour pouvoir continuer longtemps et croitre de façon cohérente.

Courtoisie bête féroce.

Courtoisie bête féroce.

Quelle est la chose la plus importante que vous ayez apprise pendant la première année?

L’importance du réseau! C’est un peu une évidence en relations publiques, mais vraiment, mon réseau m’a soutenue, m’a donné des contrats, a participé à des mandats avec moi. Il m’accompagne dans chaque facette de l’aventure bête féroce et c’est extrêmement précieux.

Est-ce que vos expériences professionnelles passées vous ont été utiles afin de bien diriger votre projet ?

Tellement! Non seulement ce sont mes expériences passées qui m’ont donné l’idée de bête féroce, mais beaucoup de mes contacts rencontrés tout au long de mon parcours professionnel sont désormais mes client-es. J’ai aussi eu la chance de toucher à tout; des représentations politiques au rôle de porte-parole en passant par la refonte de site web, et de travailler dans des organismes non hiérarchiques donc j’avais une bonne autonomie et l’habitude de prendre des risques, d’essayer de nouvelles choses.

Quel a été votre plus grand défi jusqu'à présent?

Négocier et mettre des limites! C’est difficile, quand on travaille avec des organismes qui servent des causes louables, d’être ferme sur les honoraires et d’arrêter de travailler quand nos heures sont faites. Mais comme c’est le cas de tous mes clients, il faut nécessairement que je mette des limites sinon je travaillerais tout le temps gratis!

Avez-vous des employés? Comment voyez-vous votre rôle d’employeur ou de chef d’équipe?

J’ai plutôt des collaboratrices: une graphiste et une gestionnaire de communauté. Je ne brûle pas d’envie de devenir une patronne et je souhaite que mes relations professionnelles soient cohérentes avec mes valeurs et celles de mes clients. En ce sens, ce sont des collaborations assez horizontales, axées sur l’entraide.

Crédit photo: Pierre Ouimet. Conférence de presse de lancement de la Semaine nationale de l’action communautaire autonome en 2017 (par le RQ-ACA).

Crédit photo: Pierre Ouimet. Conférence de presse de lancement de la Semaine nationale de l’action communautaire autonome en 2017 (par le RQ-ACA).

Qu’est-ce qui vous inspire et motive à aller au travail chaque jour?

Honnêtement, j’ai juste tellement de plaisir à faire ce que je fais! Je ne crois pas à l’adage qui dit que si on fait ce qu’on aime on ne travaillera pas une journée de notre vie. Ce n’est pas vrai. Je travaille fort et beaucoup sauf que c’est extrêmement intéressant parce que j’apprends chaque fois à propos d’un nouvel enjeu et c’est valorisant parce que je travaille pour des bonnes causes.

Lors des premiers mois d'activité, quelle a été votre principale erreur et comment avez-vous réussi à rebondir?

La gestion financière, c’est bête, mais ce n’est vraiment pas ma force. Ma pire erreur a donc été de ne pas mettre d’argent de côté pour les impôts!

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut lancer sa propre compagnie dans le domaine des communications?

Trouver d’une part ce qui vous rend unique (expériences, talents, contacts) et d’autre part à quel public cible cette unicité convient. Il y a beaucoup de compétition en communication et les communications sont de plus en plus segmentées donc une bonne façon de se démarquer est de trouver son créneau et d’adapter à celui-ci autant notre offre de services que notre façon de travailler. 

▶ bête féroce

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