La maison d’édition québécoise La Pastèque souffle sa vingtième bougie cette année et pour l’occasion invite le public au sein de sa boutique-galerie lors d’une exposition festive. 20 artistes visuels revisitent 20 couvertures d’albums marquantes dans l’histoire de la maison d’édition. Un parcours dont on discute avec le cofondateur Frédéric Gauthier.

Depuis sa création, La Pastèque s’est installée dans le paysage de la bande dessinée québécoise et a participé à son foisonnement. Et c’est avec une certaine nostalgie que son cofondateur repense aux débuts de la maison d’édition. «Quand on a démarré, le cofondateur Martin Brault et moi, on voulait principalement redynamiser la BD québécoise d’il y a 20 ans. On n’avait pas idée que ça allait devenir la maison d’édition que c’est maintenant.»

La structure éditoriale a connu une évolution riche, d’abord en ouvrant son catalogue en 2009 aux bandes dessinées jeunesse, à la conception de bédéreportages comme Faire campagne, mais aussi en mettant sur pied des projets qui sortent du cadre de l’imprimé.

On comprend dans le développement de La Pastèque qu’il y a ce désir d’être plus qu’une maison d’édition. «On a toujours eu des activités qu’on développe en dehors des livres, indique Frédéric Gauthier. Ça fait partie de notre évolution, c’est-à-dire qu’on est très créatifs par rapport à nos budgets publicitaires pour trouver des idées, des concepts qui misent sur les talents de nos créateurs, pour les mettre à l’avant dans des contextes différents.»

Valentin - Cécile Gariépy

Les projets sont multiples et l’un des exemples les plus concrets est la boutique-galerie qui a ouvert ses portes sur Laurier Ouest en avril dernier. «Cet espace de galerie, on commence à bien l’utiliser, à développer des expos, des ateliers, des conférences. [C'est] un espace multifonctionnel qu’on veut aussi offrir à la communauté dans le quartier. C’est un lieu qu’on souhaite être animé et actif.» On y retrouve également tous les livres de la maison depuis sa création.

Explorer de nouveaux formats

L’exposition anniversaire réunit le travail de 20 artistes canadiens qui ont joué le jeu de transformer des couvertures significatives. «L’idée, c’est encore et toujours, s'ouvrir vers d’autres milieux. On voulait rejoindre des artistes qui n’étaient pas nécessairement liés à notre maison d’édition, mais qui ont un certain intérêt envers ce qu’on fait. Et ils vont peut-être amener des gens qui nous connaissent moins. L’important, c’est de faire connaître le lieu ici. Qu’il devienne dans la prochaine année un lieu de passage, une habitude», souligne le cofondateur. Paul à la pêche, Le voleur de sandwichs, L’Arbragan, Jane, le renard et moi et Valentin seront du lot des transformés.

«Le voleur de sandwichs» vu par Vincent Tourigny.

«Le voleur de sandwichs» vu par Vincent Tourigny.

L’innovation est au cœur de la mission de La Pastèque et c’est sur cette même lancée que Frédéric Gauthier imagine les prochaines années: continuer l’exploration de nouvelles formes que ce soit au niveau du catalogue, des projets connexes, numériques, etc. Le projet interactif Tout garni sorti il y a un an, en est une belle prémisse. «Ce qui risque de se développer le plus dans les 5 prochaines années, c’est le volet production, donc on parle de séries d’animation, de jeux vidéo, d’expositions interactives.»

Un milieu accueillant

Même si les défis auxquels font face les éditeurs de bande dessinée restent bien présents, comme le lien avec le public ou l’espace médiatique restreint consacré aux éditions spécialisées, le pessimisme du début semble avoir disparu selon M. Gauthier. 

Le succès de la maison d’édition y est pour beaucoup ajoute-t-il. «Depuis 10 ans, le constat est complètement inversé. Il y a une diversité d’éditeurs, une belle relève, on se permet de faire des livres très différents aussi. Que ce soit nous ou les autres éditeurs, on prend des risques, on essaie des nouvelles formes, on donne beaucoup de liberté à nos auteurs et le lectorat suit, c’est ça qui est merveilleux.»

«La femme aux cartes postales» vu par Mügluck.

«La femme aux cartes postales» vu par Mügluck.

Ce constant renouveau fait de La Pastèque une maison d'édition et un lieu dynamiques dont l’histoire a participé à redéfinir le domaine, en réponse aux souhaits du début. «Je pense que sans prétention, on a aidé à mettre en place ce qui est maintenant de l’acquis. Quand on a commencé il n’y avait pas ou très peu de sections consacrées aux bandes dessinées dans les librairies au Québec. Maintenant tous les libraires en ont et mettent ça de l’avant.» Selon lui, un écosystème est né et il existe maintenant une reconnaissance institutionnelle et médiatique.

🔸 L'expositon 20 X La Pastèque se tient à la galerie-boutique, au 102 Laurier Ouest, du 20 novembre au 13 janvier 2019.

«Les poissons électriques» vu par Mathieu Labrecque.

«Les poissons électriques» vu par Mathieu Labrecque.

📚 Édition de La Pastèque

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