L’artiste matanais Sébastien Thibault connait depuis quelques années un succès grandissant pour ses œuvres visuelles tant au Québec qu’à l’international. Ses illustrations se démarquent par leurs thématiques politiques et environnementales ainsi que par des couleurs franches et des formes à la fois simples et symboliques qui attrapent l’œil du spectateur pour l'amener à la réflexion. Bien qu’il soit fort occupé, c’est avec gentillesse et authenticité que Sébastien Thibault a accepté de discuter avec nous de sa profession dont l’horaire est manifestement loin des 9 à 5 traditionnels.

L'artiste Sébastien Thibault illustre principalement pour le milieu éditorial, répondant à des demandes de magazines et de journaux le plus souvent à saveur politique partout dans le monde tels que The Guardian, - l’un de ses clients les plus importants -, The New York Times, Le Monde, Billboard et bien d’autres. La liste est longue, tout comme celle de ses récompenses. Depuis 2011, il a obtenu de nombreuses reconnaissances de la part de Lux; concours qui récompense les meilleurs œuvres visuelles québécoises, d’Applied Arts; premier magazine canadien de communications visuelles, ainsi que de Communication Arts; magazine américain de renommée mondiale.

Il s’inspire toujours des textes qui seront publiés afin de produire une illustration en cohérence avec ceux-ci. L’artiste désire ainsi y imprégner son univers graphique et ses propres opinions sans toutefois dénaturer celles de l’auteur. «C’est souvent une critique de société, mais en même temps ce n’est pas moi versus les autres individus. Je m’inclus dans cette critique», explique-t-il. 

Crédit: Sébastien Thibault pour Le Nouvel Observateur.

Crédit: Sébastien Thibault pour Le Nouvel Observateur.

Crédit: Sébastien Thibault pour New York Times.

Crédit: Sébastien Thibault pour New York Times.

Dans cette volonté de lever le voile sur certains enjeux sociaux, il ajoute toujours une touche d’humour dans ses dessins permettant de faire à la fois sourire et réfléchir le spectateur de son œuvre.

Bien que décliner une offre de contrat soit très rare, car il exprime «aimer foncièrement» ce qu’il fait, il arrive parfois que l’artiste refuse certains mandats proposés lorsque ces derniers suivent une ligne directrice qui ne correspond pas à ses valeurs et ses idées politiques.

De la Gaspésie à l’international

Vivre en région est propice à l’impulsion créatrice selon lui. «Souvent je reçois un mandat, je pars faire une heure de jogging et, quand je reviens, j’ai la solution», souligne l’artiste. Courir dans la nature ou encore prendre un temps de recul lui apporte l’inspiration nécessaire pour créer et produire le travail souhaité. 

De plus, avoir son bureau à la maison demeure pratique pour son mode de vie, car il travaille littéralement à toutes les heures de la journée. «Je travaille souvent le jour, le soir, la nuit, tout dépendant du contrat et j’essaie de trouver des moments pour dormir à travers tout ça!», déclare-t-il en riant. 

Étant donné que l’illustrateur a également des clients provenant d’Europe, il doit fréquemment créer la nuit s’il souhaite livrer l’œuvre dans les délais exigés. Toutefois, malgré les contrats qui surgissent sans crier gare, il se refuse de travailler lorsque ses enfants reviennent de l’école, et ce, jusqu’à leur coucher. Malgré une vie professionnelle effervescente, Sébastien Thibault signale ne pas oublier son rôle de père de famille.

Sébastien Thibault.

Sébastien Thibault.

L’illustration de presse requiert une rapidité de production puisque «tout doit être fait en quatre heures», notamment lorsqu'un journal doit paraître le lendemain. Mais un délai d’une semaine lui est généralement offert pour un projet éditorial.

Il estime cependant que son plus grand défi est celui de devoir toujours se réinventer, lui qui compte environ 200 projets par année. «C’est de ne pas retomber dans le même pattern que tu as fait plusieurs années avant, ou peut-être juste six mois avant, parce que souvent les thèmes reviennent, dit-il. C’est toujours d’essayer de jouer avec les clichés, car tu ne peux pas y échapper. […] Tout est un défi dans ce travail-là, autant travailler pour un média comme The Guardian, que pour le magazine des Affaires, il faut essayer de trouver l’idée qui fera que c’est original.»

Sébastien Thibault fait partie de cette poignée d’artistes qui parviennent à vivre de leur art. Selon lui, deux choses ont été primordiales dans sa réussite: décider d’en faire un métier et se lancer pleinement dans cet objectif, comme tout entrepreneur. Il y a eu, par la suite, quelques moments décisifs dans sa vie qui lui ont fait comprendre que ce rêve pouvait être réalisable. «Quand j’ai commencé à faire de l’éditorial pour Urbania, c’est à ce moment que j’ai découvert ma voie et c’est que là que je me suis dit ''c’est vraiment le fun faire de l’éditorial, c’est vraiment ça que je veux faire, me spécialiser là-dedans''.»

Crédit: Sébastien Thibault pour The Guardian.

Crédit: Sébastien Thibault pour The Guardian.

Finalement, ce qui lui a permis de percer dans le milieu est de s’être joint en 2011 à Anna Goodson, une agence d’illustration réputée et basée au Québec. Celle-ci l’a aidé à trouver des clients à l’étranger et donc d’élargir considérablement sa portée et ses activités. «Je l’ai contacté parce que j’aimais les artistes qu’elle représentait. […] Je savais qu’avec elle j’allais être entre de bonnes mains», affirme-t-il. 

Puis, lorsqu’il réalise un projet pour Time Magazine, dont le tirage est d’environ 3 millions d’exemplaires, il sent qu’une carrière se dessine, et ce, malgré le grand bassin d’illustrateurs de presse dans le monde.

Des projets de tous les côtés 

Certains ont pu récemment voir ses illustrations placardées un peu partout dans le Québec lors de la campagne électorale provinciale.

Sébastien Thibault a participé à la création des affiches du parti Québec solidaire. Il avoue avoir été d’abord réticent lorsqu’on lui a proposé ce mandat. Selon lui il y a toujours des «risques de dérapages, de réactions de toutes sortes», lorsque l’on travaille sur des projets politiques, et plus particulièrement pour un parti politique. Mais le fait qu’on lui ait offert carte blanche, pourvu que les images fassent écho avec les valeurs du parti, a fini par le convaincre.

Crédit: Sébastien Thibault pour Québec Solidaire.

Crédit: Sébastien Thibault pour Québec Solidaire.

En dehors de ce contrat ainsi que de nombreuses illustrations pour The Guardian, l’artiste travaille actuellement sur un projet portant sur la politique états-unienne pour The Walrus, un magazine ontarien indépendant. D’ailleurs, parmi les illustrations dont il est le plus fier, se trouve celle qu’il a faite pour The Walrus et qui accompagne la critique du livre de Naomi Klein, This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate

Plutôt que de publier la photo de la couverture du livre, on lui a demandé de s’inspirer de la critique pour en faire une illustration représentative en lien avec des thèmes qu’il affectionne particulièrement: la politique et l’environnement.

Sébastien Thibault pour The Walrus.

Sébastien Thibault pour The Walrus.

Concernant sa carrière, il exprime être satisfait aujourd’hui: «Je considère que je suis sur mon X, mais ce que j’aimerais c’est être encore sur mon X dans dix ans!» Pour le moment, son parcours ne fait que croître. Engagé et inspiré, on lui souhaite de continuer à vivre de ses dessins qui font réfléchir les problématiques politiques avec pertinence et couleurs.

🖍 Sébastien Thibault

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