Dans le but d’instaurer un dialogue autour de la place des femmes dans le milieu des technologies et de favoriser leur présence dans ce domaine en pleine expansion, sept militantes féministes ont coécrit le «Manifeste des femmes en tech». Baron Mag a rencontré deux des instigatrices de ce projet, Paola Rachel Jean-Pierre et Claudia Perez Lévesque.

Ce qu’on entend par technologies pour ce collectif, ce sont tous les métiers reliés à la science, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques. L’idée a été initiée par la journaliste Chloé Freslon pour élaborer ce manifeste et six femmes se sont ensuite jointes à elle. Six mois de travail plus tard, elles lançaient cet appel à la parité le 18 septembre dernier.

L’égalité qu’elles défendent passe, avant tout, par une plus grande visibilité au sein des évènements technos. «Dans beaucoup de domaines tech, il y a des décisions qui sont prises qui vont affecter les femmes, mais de penser qu’il n’y a pas assez de femmes pour faire partie de la table de décision, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose», avance Paola Rachel Jean-Pierre, la fondatrice du chapitre montréalais Lesbians Who Tech.

Les fondatrices du collectif. Courtoisie Manifeste des femmes en tech.

Les fondatrices du collectif. Courtoisie Manifeste des femmes en tech.

Conçu autour de nombreuses statistiques – décrivant la sous-représentation des femmes dans un milieu plein de possibilités –, le manifeste fonctionne comme une boite à outils destinée aux acteurs du secteur de la technologie afin de les guider sur quel type d’action poser. «Le problème a ses racines dans beaucoup d’autres choses, soutient Claudia Perez Lévesque, ingénieure. Mais, on s’est dit que si on est capable, avec une action rapide, de faire évoluer la présence des femmes, il va peut-être y avoir plus de modèles et inciter plus de femmes à être dans cette industrie.» 

Sans savoir où les mènera cette prise de position, elles se concentrent sur le résultat qui sera peut-être quantifiable avec le temps. À partir du succès de l’événement en septembre dernier et des rétroactions qu’elles ont eu, elles concluent que l’intérêt est là. «Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui cherchent des outils, des employeurs qui veulent, en dehors des quotas, trouver une solution, déclare Paola Rachel Jean-Pierre. Il y en a qui sont touchés par ça personnellement.»

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Le poids des mots 

Le terme «manifeste» vient avec son bagage connoté. Il y a l’idée d’une désobéissance sociale. «J’ai eu peur du mot manifeste au début. Je n’ai pas fait des études féministes et je vis dans un monde où justement, je suis entourée de ces personnes à qui ça fait peur ce mot-là et j’avais peur de me mettre une mauvaise étiquette au début», confie Claudia Perez Lévesque.

Mais derrière le concept, il y a aussi une action organisée. La camaraderie qui s’est développée au cours du chemin se mesure «grâce à un baromètre d’amour», plaisante Paola Rachel Jean-Pierre. «On est 7 filles, différents backgrounds, différentes cultures, différents âges et de fortes personnalités, des leaders dans le sang et un sujet litigieux, un terme reconnu pour être un acte de résistance», commente-t-elle. Aux côtés de Chloé, Claudia et Rachel, s’ajoute la fondatrice de PopupCamp Geneviève Bégin, la développeuse Lilia Ould Hocine, l’organisatrice de Women Techmakers Montréal Laurence de Villers et l’entrepreneure Rachade Hmamouchi. 

Un pas à la fois

«À court terme, ce qui était important, c’était l’impact. On a fait salle comble, ce qui a prouvé que les gens étaient intéressés, remarque Paola Rachel Jean-Pierre. Il y a eu une prise de conscience, mais je pense que tout le monde l’avait en soi. Tout le monde sentait le besoin.» Ensuite, il s’agit pour le collectif de continuer la conversation avec les femmes et, entre autres, avec «cette majorité qui se dit que tout va bien», selon Rachel.

Le Manifeste est un plaidoyer ponctuel dans le temps, mais c’est aussi le début du chemin vers la parité, conclut Claudia Perez Lévesque.

👩‍💻👉 Manifeste des femmes en tech

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