Sous la thématique «Au-delà du hashtag: échecs et devenirs», la 13e édition du festival biennal HTMlles prendra place du 1er au 5 novembre prochain au sein de divers centres artistiques de Montréal.

HTMlles, lancé en 1997, est une production du Studio XX, centre d’artistes bilingue engagé qui se concentre sur les pratiques des arts médiatiques dans une perspective féministe. «Le festival a toujours une thématique en lien avec l’actualité qu’on aborde avec notre posture féministe», explique Natacha Clitandre, coordonnatrice à la programmation.

Le festival se devait de revenir sur le mouvement de dénonciation en ligne #MoiAussi, croit Roxane Halary, coordonnatrice aux communications. Mais le HTMlles va bien au-delà du mot-clic en s’intéressant aux vagues de féminismes en ligne, ce qui rejoint le mandat très spécifique du festival qui est de promouvoir le travail d’artistes «s’identifiant comme femmes, queer, trans et gender fluid en nouvelles technologies selon une perspective féministe».

«FUTURE MEMORIES» HTMlles 2016.

«FUTURE MEMORIES» HTMlles 2016.

«Notre point de départ, ça a été de parler de l’échec du système dans lequel on évolue comme société, déclare Natacha Clitandre. On a réalisé que cet échec s’illustrait bien avec le mouvement #MeToo qui en était à ses balbutiements au moment où on a commencé à travailler sur l’appel à projets. Donc, on s’est dit que ça allait être intéressant de constater, un an plus tard, où on en était et en même temps, essayer d’être prospectif et de proposer des réponses artistiques à ce que pourrait être la suite.»

Appropriation de la thématique

Entre ateliers, performances, expositions ou discussions, les œuvres présentées dans le cadre de HTMlles ne se cantonnent pas seulement au mouvement #MoiAussi. On aborde autant les dénonciations que les guérisons selon Natacha Clitandre.

«Il y a une réflexion plus large sur la société dans laquelle on est et les structures d’oppression qui existent. Il y a le sentiment d’empowerment vis-à-vis de ces structures», précise Roxane Halary. Il s’agit également d’analyser et de mettre en place des solutions face à ces prises de positions et de paroles dans leurs contextes numériques, comme le font par exemple, les expositions de groupe de la série Mi(s)(xed)communications/Mal(sous)entendus.

Ahreum Lee, Amira Hanafi, Hannah Kaya, Mara Eagle, Zeesy Powers et Zohar Kfir tiendront leurs vernissages en ouverture du festival au Studio XX le 1er novembre prochain. 

Courtoisie Festival HTMlles.

Courtoisie Festival HTMlles.

Joindre ses forces

Depuis que Studio XX a été fondé en 1996, sa position en matière de féminisme(s) s’est affirmée. Avec le festival HTMlles bien entendu, mais également avec sa programmation à l’année qui en fait un lieu accessible et ouvert. Un espace qui peut être pris en exemple par d’autres collectifs.

Au cours de ces deux dernières années, en réponse notamment aux mouvements #AgressionNonDénoncée, #MoiAussi, #BalanceTonPorc, il y a eu un bouillonnement en matière de créations d’événements féministes, qu’ils soient généralistes ou spécialisés, à Montréal ou ailleurs.

Dans l’édition actuelle, HTMlles a invité les commissaires de deux nouveaux festivals féministes en arts médiatiques à venir s’exprimer: Nova XX de Bruxelles et Refresh de New York. «Quand on a constaté qu’il y avait des initiatives comme celles-là qui émergeaient, on s’est dit pourquoi ne pas tenter de créer une espèce de solidarité internationale, avance Natacha Clitandre. On peut être complémentaires d’une certaine façon tout en proposant chacune nos propres visions. On peut être inclusives les unes envers les autres.»

Atelier «DÉCONSTRUCTION DE L’INTERNET, HTMlles 2016.

Atelier «DÉCONSTRUCTION DE L’INTERNET, HTMlles 2016.

Une pertinence qui ne faiblit pas

Malgré les 13 éditions du festival, celui-ci a toujours besoin de rappeler le pourquoi de son existence, «à se repositionner et remettre de l’avant la pertinence de ces espaces, de ce festival, de Studio XX dans le cadre d’espaces plus larges», croit Roxane Halary.

Il faut commencer par sortir les enjeux féministes de leurs cocons et des milieux spécialisés. «Ce qui est particulier cette année, c’est qu’il y a des valeurs, des revendications qui étaient souvent abordées dans nos milieux féministes qui maintenant sont partout, dans l’espace public», relève Natacha Clitandre.

Mise en pratique

Le festival analyse les retombées de #MoiAussi, mais ne s’arrête pas là. Les artistes sont invités à regarder aussi vers l’avenir, aux actions concrètes qui peuvent s’initier en ligne, mais aussi dans la vraie vie, d’une personne à une autre. Cela commence au sein du festival lui-même. «On a conscience qu’en tant que festival en arts médiatiques et en abordant cette thématique, on a une responsabilité vis-à-vis des réactions du public face à certaines œuvres, exprime Roxane Halary. Et aussi une responsabilité de ne pas juste utiliser ce buzz word comme image de marque. Il faut voir comment mettre en pratique ces acquis et ces réflexions dans le quotidien des artistes, mais aussi des personnes qui visitent.»

Dans cette visée, les membres de l’équipe de Studio XX ont reçu une formation de l’organisme Trêve pour elles, qui les prépare à tout ce qui pourrait ressurgir comme traumatismes au sein du public.

👉 Festival HTMlles

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Du 1er au 5 novembre: événement facebook.