Dans un monde où naissent des milliers d’entreprises, beaucoup d’entre elles meurent après seulement quelques mois d’activités. Une dure réalité pour celles et ceux dont les rêves partent en fumée. Pourtant, le déboire est formateur. Le 26 octobre prochain se tiendra l’édition 2018 du FailCamp à compter de 13h à l’édifice Wilder, un événement dont l’objectif est de rentre l’échec plus anodin qu'il ne parait.

Entrepreneurs et aspirants startupers pourront venir célébrer l’échec sans gêne ni tabou aux côtés de cinq conférenciers issus du milieu entrepreneurial. Pour sa 8e édition, FailCamp accueillera ainsi Patrick Rozon (vice-président du contenu francophone pour le Groupe Juste pour rire), Léa Stréliski (humoriste), Judith Fetzer (co-fondatrice de Cook It), Cynthia Savard Saucier (directrice du design chez Shopify) et Étienne Crevier (fondateur et directeur général de BiogeniQ). L’événement propose également toutes sortes d’activités où les participants peuvent partager leurs propres échecs sur scène et entre eux autour d’un cocktail dînatoire.

Afin de mieux comprendre les origines de cet événement, mais aussi la mission qu’il se donne, nous avons interrogé Francis Gosselin, co-fondateur et président de FG8 Conseils. Un homme qui aura connu différentes expériences entrepreneuriales comme vendeur de muffins à la plage étant jeune, peintre résidentiel au début de son parcours universitaire, ou encore producteur de télévision sans succès notable.

Francis Gosselin. Courtoisie FailCamp.

Francis Gosselin. Courtoisie FailCamp.

Bonjour Francis! Tout d’abord, présentez-nous le FailCamp en quelques mots...

Le Fail Camp est plus qu’un événement: c’est une OBNL avec comme mission principale de normaliser la notion d’erreur et d’échec dans la société. Son premier vecteur est l’intervention de notre équipe dans des associations professionnelles, mais aussi des écoles auprès des jeunes. Deuxièmement, il y a une plateforme, fail.camp, sur laquelle on essaye de promouvoir différents contenus autour des erreurs, des échecs, de l’apprentissage, de l’innovation et de l’entrepreneuriat. Finalement, c’est aussi une série de conférences où l’on fait témoigner des personnalités autour des leçons apprises, des essais entrepris et des moments difficiles.

Qu'est-ce qui fait la différence de FailCamp par rapport à d’autres conférences montréalaises de ce genre?

La différence avec des événements publics à Montréal est que les conférences sont données pour la première fois. On construit des contenus qui sont entièrement inédits, partagés et mis en scène pour la première fois. Les participants sont assurés d’avoir quelque chose d’unique.

Comment l’idée du FailCamp a-t-elle germé?

En fait, le FailCamp était un événement qui existait déjà et que j’ai récupéré d’un autre instigateur. Il y avait eu quelques éditions informelles orientées autour des startups pour les entrepreneurs technologiques. Avec Robert Boulos, mon co-fondateur et producteur, on a eu l’idée de reprendre cet événement en latence pour en faire un événement plus «grand public» avec une plus grande variété d’intervenants, mais aussi beaucoup d’amour autour de la direction artistique et de la communication.

42518930_2210030302567195_5286755006484054016_n

Pour la monture actuelle de l’événement, je joue le rôle du directeur des contenus, donc je m’occupe d’identifier, de préparer les intervenants, d’exprimer et d’articuler la philosophie de chacun des événements. C’est une partie de mon métier par ailleurs puisque je suis conseiller et coach en management. Robert, lui, gère tout le volet expérientiel, la production et «l’emballage» (lieux, site web, impression). En fait, l’aspect physique et réel, c’est plutôt dans la cour de Robert [rires]!

Est-ce que cette série d'événements tire son origine d’une expérience personnelle particulière?

Je suis forcément attaché à cet enjeu-là de l’échec, étant moi-même un entrepreneur en série. J’ai eu plusieurs entreprises dans ma vie qui n’ont pas très bien fonctionné. Et me voilà au terme, avec ma boite FG8 qui a récemment fusionné avec son principal client. Cela m’a pris beaucoup d’essais et beaucoup d’erreurs avant de me rendre où je suis maintenant. C’est pour cela que je souhaitais donner à d’autres l’opportunité de partager leur expérience, et au public de l’entendre, de le normaliser dans la mesure où plusieurs de nos participants sont entrepreneurs ou aspirants entrepreneurs. Toutes sortes de gens qui inventent, qui imaginent et qui prennent davantage le risque de se planter!

Selon vous, comment la notion de l’échec évolue-t-elle dans la société?

Ce sont des changements qui sont longs: ils touchent directement à la culture des nations. En tant que consultant et docteur en économie, je me suis intéressé depuis quelques années aux enjeux de culture organisationnelle et d’interculturalité. Ce sont des choses qui ne changeront pas avec un événement ou un bon texte. 

Au Québec, nous sommes des Français d’Amérique du Nord avec un héritage catholique et une culture religieuse qui, sans jugement moral, est très marquée par la culpabilité, l’autoflagellation, la pauvreté. Et justement, on a des «croûtes à manger» pour arriver à une pleine acceptation de l’aspect systémique de l’échec dans toute forme d’entrepreneuriat et d’innovation. Ne serait-ce qu’en multipliant les interventions dans la ville et dans les médias, de plus en plus de gens adhèrent à notre message.

Amé Morency lors du FailCamp. Courtoisie FailCamp.

Amé Morency lors du FailCamp. Courtoisie FailCamp.

Et dans le monde de l’entrepreneuriat?

Il y a de plus en plus de grandes organisations canadiennes et québécoises qui nous ont sollicités pour faire des interventions en entreprise afin de mieux accepter l’échec des projets clients et de création. Et ça marche assez bien! On met en place des processus de captation et de célébration de l’échec pour gagner en transparence, en honnêteté aussi. Quand l’on découvre toutes sortes d’échecs, ils sont parfois liés à de la dissimulation, du mensonge, des pertes d’opportunités d’apprentissage, des gens qui sont virés alors que ce n’est pas nécessairement de leur faute. Alors on essaye de faire ce travail-là, avec des organisations.

Pour revenir à l’événement du 26 octobre prochain, parlez-nous des conférenciers choisis. Y'en a-t-il certains qui surprendront le public?

Depuis la première édition, on a toujours fait le pari d’avoir une grande diversité pour justement aller chercher des surprises dans divers domaines. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le livre de Cynthia Savard-Saucier, Tragic Design, ça va être fascinant d’avoir cette touche théorique sur les grandes erreurs de design qui ont mené à la mort ou à des blessures. Ce sont souvent des cas qui sont un peu connus… Et un peu obscurs aussi. Dans chacune des conférences, il y a des parts réservées à la surprise, à l’apprentissage.

Nous avons également Étienne Crevier et Judith Fetzer, deux entrepreneurs prisés au Québec, qui ont monté de superbes belles boîtes et qui vont nous raconter leur parcours d’entrepreneurs. 

On a aussi pris cette année un ton plus humoristique avec Léa Stréviski, car faire une bonne vanne, c’est beaucoup d’échecs potentiels et c’est dans la répétition de la médiocrité que survient le drôle, l’objectif de l’humoriste. Par analogie, dans n’importe quel processus d’idéation ou de recherche de qualité, il y a beaucoup de cela. Enfin, il y a Patrick Rozon, vice-président du contenu francophone chez Juste pour rire. Alors oui, on connaît toute cette histoire avec Gilbert Rozon, mais on ne va pas parler de lui, mais du contexte organisationnel dans lequel Patrick s’est retrouvé à présider cette unité d’affaire dans l’entreprise.

41965155_2205777656325793_2321785249211613184_n

Finalement, quel message principal souhaite transmettre FailCamp aux entrepreneurs qui appréhendent et/ou expérimentent l’échec?

On souhaite que les gens aient envie de changer le monde. Cela prend plusieurs manifestations: l’innovation, l’engagement politique, l’entrepreneuriat, l’apprentissage, etc. Et il y a des chances que ça ne marche pas! Quand tu es en politique par exemple, tu as quatre chances sur cinq de ne pas être élu. Mais c’est ce qui fait la richesse de la démocratie. À travers la question de l’échec, on essaye de faire passer un message très positif. Un message de persévérance, de résilience et d’acceptation de la normalité de l’échec. Ne pas baisser les bras et ressayer, à nouveau.

👉 FailCamp

site web | facebook