Première plateforme en ligne entièrement consacrée au mentorat dans le domaine des arts et de la culture, la jeune compagnie montréalaise Mentorly vise à procurer aux talents de la relève un accès direct à des mentors. Ashley Werhun, artiste professionnelle de la danse, et Katherine Macnaughton, cinéaste, ont toutes les deux constaté la difficulté de se trouver un mentor. Elles ont décidé de remédier à ce manque en créant un service de recherche simplifiée où le jumelage est soigneusement pensé.

Si vous êtes artiste visuel, auteur, designer ou encore musicien et que vous avez besoin d’aide pour lancer votre carrière, pour consolider vos techniques ou encore pour mettre en place votre plan marketing, Mentorly souhaite vous permettre d’établir des connexions avec des experts partout à travers le monde. Rencontre avec les entrepreneures Ashley Werhun et Katherine Macnaughton, à l’initiative de ce projet. 

Crédit photo: Martin Reisch.

Crédit photo: Martin Reisch.

Bonjour mesdames! Pouvez-vous nous parler un peu de vos parcours?

Ashley Werhun: Nous nous sommes rencontrées lorsque nous venions d’emménager à Montréal. Je suis venue ici pour être ballerine professionnelle et Katherine pour devenir productrice de films. On est devenues amies et on a commencé à collaborer. Nous avions fait un film ensemble et, après ça, on a toutes les deux eu de la misère à se trouver des mentors ainsi qu'à devenir nous-mêmes des mentors! J’ai été approchée par des jeunes danseurs qui en recherchaient, et Katherine en cherchait également pour développer sa pratique en réalisation. C’est ainsi qu’on a commencé à réfléchir ensemble à l’idée du mentorat, et à comment en trouver afin d'être guidé dans sa carrière.

Cela a donné lieu à un brainstorming pour trouver une solution: est-ce qu’on crée un événement, une application? Nous avons donc eu l’idée de Mentorly. On travaille ensemble depuis deux ans et demi maintenant et le site internet existe depuis un an.

Katherine Macnaughton: Elle a très bien résumé! Moi à la base j’étudiais en communication et j’étais intéressée par le cinéma. J’ai ensuite pris une année sabbatique pour voyager et quand je suis rentrée à la maison, j’ai parti une boite de production avec mon ex-partenaire. On a géré cette compagnie pendant huit ans et comme Ashley l’a dit, de mon côté, j’ai frappé un petit mur, car je voulais faire autre chose. C’est un domaine très compétitif et j’avais un intérêt pour les affaires, mais je ne savais pas comment monnayer un projet dans le secteur artistique. J’ai recherché un mentor et je n'ai pas pu en trouver un, alors qu'aujourd'hui j’en ai une dizaine!

Selon vous, pourquoi est-ce important de se trouver un mentor?

Katherine Macnaughton: Personnellement, je souhaitais fonder une entreprise, mais je ne savais pas comment m’y prendre. Je trouvais ça très important de pouvoir parler à quelqu’un qui avait un parcours créatif similaire et qui s'était aussi dirigé vers l'entrepreneuriat. Dans n'importe quel secteur, tout le monde a besoin d’aide pour qu’on lui montre comment réussir.

Ashley Werhun: Ce qu’on voit à Montréal c’est qu’il y a beaucoup de cercles exclusifs et lorsque tu arrives à rentrer à l'intérieur de l’un d’eux, les gens vont être heureux de se référer à toi. Mais si tu es à l'extérieur, socialement et économiquement, c’est plus difficile. On avait besoin de développer un «chemin» de manière à ce que, peu importe où tu sois dans le monde, tu puisses avoir accès à ces informations.

Les artistes qui travaillent sont ceux qui peuvent apprendre aux autres et guider les générations futures, car les professeurs n’ont souvent pas été dans l’environnement concret du travail depuis des années. Les artistes en pratique ont des informations plus actuelles qu’ils peuvent partager. Le monde créatif change tellement rapidement. C’est en tout cas l’expérience que j’ai eue: les professeurs n’avaient aucune idée de ce qui se passait réellement sur le marché, alors que mes amis qui travaillaient oui!

Katherine Macnaughton: L’essentiel c’est l’accessibilité aux conseils d’experts. Cette accessibilité manquait et c’est ce qu’on fournit: une ligne directe avec des artistes établis un peu partout dans le monde.

Quelles ont été les étapes afin d'attirer cette communauté d’artistes experts à travailler avec Mentorly?

Katherine Macnaughton: On a fait appel à nos contacts personnels dans un premier temps, et après, c’était de la recherche en ligne. Instagram est un outil exceptionnel pour découvrir et rejoindre des artistes. On s'est ainsi bâti un réseau riche avant de lancer notre plateforme. On pensait commencer avec une application mobile, mais finalement on a préféré que les services de mentorat soient quelque chose de «posé», sur un bureau avec un ordinateur et non un cellulaire. 

Présentement, les mentorés paient par session d’une heure. On a trois gammes de prix. Le mentor peut s’assigner un prix, mais on le suggère quand même, et on limite à 150$, car il faut que ça demeure accessible. L'avantage, c'est qu'on peut contacter une personnalité de renom dans un domaine, quelqu'un de normalement pas du tout accessible et obtenir une session avec elle. Nous, on prend 30% de prime pour gérer les sessions, optimiser le jumelage, proposer des suggestions de mentors et le recrutement.

Ashley Werhun: Au début, on a approché des artistes qui étaient difficiles à atteindre, car il fallait normalement passer par leurs agents, et très tôt ils ont dit oui, car ils trouvaient le concept nécessaire! Cela a été fructueux, car eux-mêmes ont recruté d’autres personnes. Maintenant, comme beaucoup d’artistes visuels sont sur la plateforme par exemple, d’autres nous rejoignent naturellement. Notre travail est fait. Parfois on se demande qui a recruté des personnes connues, et en fait elles se sont inscrites par elles-mêmes. Ce processus naturel est vraiment excitant!

Quelles sont les conditions nécessaires afin de devenir un mentor auprès de Mentorly?

Katherine Macnaughton: On regarde les réseaux sociaux, le nombre d’années d’expérience, le portfolio, et si on a l’impression que la personne n’est pas là pour les bonnes raisons, on entre en contact avec elle pour en savoir plus. C’est très important pour nous d’avoir des mentors de qualité sur la plateforme, donc on prend notre temps pour approuver chaque application qu’on reçoit et on en reçoit chaque jour! On a plus de 300 mentors à l’international et on couvre toutes les disciplines artistiques et culturelles même si certaines sont plus fournies que d’autres, comme la danse ou les arts visuels. On essaie actuellement de développer le cirque en travaillant des partenariats.

Avez-vous autant de demandes concernant les mentorés?

Katherine Macnaughton: Toutes les semaines on a au moins une douzaine de mentorés qui s’inscrit. Ils ne sont pas tous nécessairement prêts à avoir une session tout de suite, mais ils sont intéressés de voir qui est sur la plateforme. On communique avec eux pour connaitre leurs besoins: est-ce que c’est plutôt côté carrière, ont-ils des besoins pour leur technique ou leur marketing? Et ensuite on fait du jumelage. 

Quels ont été les principaux défis rencontrés jusqu'à présent dans la création de votre compagnie?

Ashley Werhun: Il y en a beaucoup! Commencer, c'est le plus dur. Certaines personnes ne comprennent pas exactement de quoi il s’agit et on doit s’assurer d'explique efficacement comment utiliser Mentorly, et pourquoi.

Le défi est aussi de parler de manière spécifique à chacun des artistes puisqu’ils ont tous des besoins spécifiques. On doit maintenir notre excellence et s’assurer que tout le monde ait l’expérience la plus positive possible. On n’a jamais eu de session qui se soit mal passée et c’est tellement important pour nous. Il n’y a rien de pire pour moi qu’un univers créatif, fait pour les artistes, qui ne les reflète pas du tout. L'une de nos forces est que nous sommes des artistes et que nous comprenons ce que ces talents veulent.

Katherine Macnaughton: L'un des autres gros défis a été le financement. Nous avons autofinancé la création de la plateforme. On a cherché des subventions et on en cherche tout le temps, mais notre compagnie ne va pas faire des millions en une semaine, notre vitesse est plus lente. D'un autre côté, on a eu plus d’une centaine de sessions et nos membres adorent notre concept. Pour nous ça s'équivaut, même si on aimerait bien un peu plus de financement!

Ashley Werhun: Je crois que dans le milieu artistique, on ne voit la valeur des choses que lorsqu'elles ont réussi. Lorsqu'il y aura plus de succès et plus de public, les gens arrêteront de douter.

Crédit photo: Martin Reisch.

Crédit photo: Martin Reisch.

De quelle manière voyez-vous l'évolution de votre entreprise?

Ashley Werhun: Les gens sont toujours très surpris, ils pensent qu’on est au moins dix à s’occuper de Mentorly alors qu’on est juste deux, avec quelques stagiaires, et qu’on a beaucoup de choses à développer! Il faut donc qu’on travaille sur de nouveaux partenariats pour agrandir la plateforme et augmenter le nombre de domaines couverts. Ce n’est que le début et c’est excitant.

Katherine Macnaughton: Éventuellement, on aimerait devenir LA ressource mondiale pour le mentorat en arts et culture. On va lancer un blogue, on va lancer des astuces, on veut partager des success-stories, des portraits. On veut vraiment devenir une communauté stimulante et ouverte au partage parce que les domaines artistiques sont encore très séparés. Un peintre ne va pas travailler avec un musicien. On veut rendre ce genre de collaborations envisageables.

👉 Mentorly

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