Du 27 juin au 1er juillet prochain, le festival Mtl en Arts, qui met à l'honneur l'effervescence artistique montréalaise et ses acteurs, revient sur la rue Sainte-Catherine. Au programme: créations, expériences et diffusion d'arts visuels en tout genre sur plus d'un kilomètre. Créé en l'an 2000, l'événement souhaite être chaque année un lieu d'inspiration et d'échanges entre le public et les artistes. Les oeuvres de plus de 150 artistes seront ainsi placées au premier plan. Grande expo-vente, diverses performances artistiques, ambiance conviviale et remise de plusieurs prix: Mtl en Arts est devenu un incontournable pour les amoureux de la culture locale et n'hésite pas à souligner les talents. Entrevue avec l'artiste Sara-Leila qui dissèque nos émotions avec à la fois un grand sérieux, une belle dose d'humour et une résilience rafraichissante.

Récipiendaire du prix de la relève Mtl en Arts de l'an passé, les dessins de Sara-Leila sont délicats, énigmatiques, ancrés et pertinents. Ils abordent l'humain à travers ses états d'âme et sa complexité. Rencontre.

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Vous êtes une artiste autodidacte. De quelle manière l'art s'impose-t-il dans votre vie? 

J'ai grandi dans une famille d'artistes, on peignait sur les murs, sur les meubles, il y avait de l'art partout! Il y avait des crayons et des pinceaux qui trainaient et, comme ça me plaisait, je gribouillais tout le temps. Cela dit, quand je suis arrivée au cégep et à l'université, j'ai arrêté le dessin complètement. Je n'arrivais pas à juxtaposer les deux. Et c'est revenu, un peu comme ça, quand je voulais me changer les idées. Le dessin a donc été absent de ma vie pendant plusieurs années avant que je m'y remette. 

«Quand on pense maîtriser une technique, on se met à déconstruire ce qu'on a appris, juste pour voir ce que ça fait, pour créer de la souplesse.»

Je ne crois pas avoir appris à dessiner parce que je ne me suis jamais dit une bonne journée, ça y est, je sais dessiner. La vérité c'est que je ne crois pas qu'il y ait une fin à l'apprentissage. Quand on pense maîtriser une technique, on se met à déconstruire ce qu'on a appris, juste pour voir ce que ça fait, pour créer de la souplesse. Parce qu'apprendre le dessin, c'est aussi comprendre, observer et adapter sa posture par rapport à la création. Ceci dit, la recette est assez simple, il me faut un crayon, du papier, du temps (beaucoup de temps) et de l'indulgence.  

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Vos oeuvres représentent souvent des personnages qui semblent vivre des émotions fortes. Comment définiriez-vous votre style artistique?

Il me semble que la force des artistes en général est de transmettre des émotions et je n'en fais pas exception. J'utilise les émotions fortes, c'est vrai, car elles contrastent et s'unissent avec la douceur de mon trait. Le contraste - présenté de différentes façons autant dans les thèmes que dans la forme -, c'est quelque chose d'important dans mes dessins.   

Je dirais aussi que je raconte des histoires, mes dessins sont comme des petites nouvelles. Je tricote les émotions et les événements pour vous amener quelque part, avec un brin d'humour. Quand je dessine, j'aime sourire, c'est bon pour le moral. 

Quelles thématiques vous animent et vous poussent à créer?

J'aime réfléchir à ce qui nous guide dans la vie; les peurs, les désirs, les dépendances, à ce qui reste ou ce qui se passe quand on ne fuit plus, ou quand on ne cherche plus. Ce sont des sujets qui semblent un peu lourds, mais je les présente avec de la légèreté et le sourire, parce qu'au final, on prend la vie bien trop sérieusement. On souffre tous un jour ou l'autre, autant ne pas trop s'en faire et juste vivre ce qui se présente, plutôt que de se tendre. 

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Puisque les artistes deviennent souvent «malgré eux» des entrepreneurs, quels sont les plus grands défis auxquels vous faites face? 

Mon principal défi, c'est le temps. J'aime créer, j'y accorderais tout mon temps et à la fin de la journée, je veux faire complètement autre chose. Donc, je dois réserver un moment pour le reste, sinon je ne le ferai pas. 

De plus, l'aspect entrepreneurial de ce que je fais est important parce qu'il me sort de ma zone de confort, ce qui a le potentiel de me faire avancer sur le plan personnel et artistique.

«Lorsqu'on est autodidacte, on doit apprendre à départager ce qui est intéressant de ce qui ne l'est pas par soi-même.»

Vous avez remporté l'an passé le prix de la relève du festival Mtl en arts...

Quand on est artiste visuelle, on travaille souvent seule. Et, lorsqu'on est autodidacte, on doit apprendre à départager ce qui est intéressant de ce qui ne l'est pas par soi-même. Alors, en début de carrière recevoir le prix de la relève, c'est vraiment encourageant. Pour moi ça veut dire continue encore plus fort. 

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Au-delà du prix remporté, qu'est-ce que vous apporte le festival Mtl en Arts? 

Mtl en Arts, c'est un condensé de bonnes rencontres, tant avec des artistes que des passants. Les discussions sont enrichissantes. C'est plein d'yeux différents qui donnent vie à ce que je fais. C'est un petit paquet de commentaires qui me permet d'approfondir ma pratique artistique. Et bien sûr, j'y participe à nouveau cette année! 

Quels sont vos projets à venir?

En ce moment, je suis à l'atelier, j'élargis ma collection. Je me rends disponible pour toutes les bonnes idées et collaborations. Éventuellement, j'aimerais beaucoup illustrer un livre, je dis ça, je dis rien, mais j'y travaille en tout cas!

👉 Sara-Leila

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Mtl en Arts

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Du 27 juin au 1er juillet 2018. Pour connaitre la programmation, c'est par ici!