La poésie du bois avec Évelyne Leclerc, récipiendaire de la bourse Excellence 2018 de l’École d’Ébénisterie d’Art de Montréal - Baron Mag
Évelyne Leclerc et Sophie Roy se sont connues dans les ateliers de l’École d’Ébénisterie d’Art de Montréal (ÉÉAM). Durant leurs études, elles se sont écrit plus d’une centaine de haïkus, une forme de petits poèmes japonais. Cette fascination pour le Japon a inspiré à Évelyne le design épuré de son oeuvre de fin d’études, la banquette Haïku, pour laquelle elle s’est mérité la bourse excellence de l’ÉÉAM.

Programme B

Évelyne Leclerc ne se destinait pas du tout à une carrière en ébénisterie. «Je n’avais jamais travaillé le bois auparavant, à part du bricolage çà et là. Quand je me suis inscrite à l’ÉÉAM, je voulais apprendre à faire quelque chose avec mes mains, et le bois m’avait toujours intéressé. Mes connaissances sur le matériau et la conception de meubles étaient donc très limitées», confie-t-elle.

Avant son inscription, Évelyne a cumulé un parcours scolaire éclectique. De l’enseignement au cinéma, en passant par la littérature et l’intervention sportive, c’est à l’ÉÉAM qu’elle trouve enfin sa place. «Il y a ici une compréhension des gens qui arrivent de milieux différents que je n’ai pas trouvé ailleurs, et l’équipe est tellement agréable, dit-elle. Tu ne sens pas du tout la frontière élève-professeur. C’est moins hiérarchique et plus accessible que la salle de classe traditionnelle. C’est du mentorat avant tout.»

Crédit photo: Annie Rossano

Crédit photo: Annie Rossano

De plus, tous les professeur-es de l’ÉÉAM sont aussi des artisans actifs dans le milieu, un prérequis pour toute personne souhaitant enseigner à l’école. «Les professeurs nous préparent à sortir de l’école», souligne la jeune femme. En deuxième année, par exemple, Évelyne a travaillé sur des placotoirs pour deux coins de rue à Montréal, dans le quartier de Rosemont, en collaboration avec la Ville de Montréal. «J’ai dû présenter mon projet, trouver des matériaux durables que je pouvais transporter en camion et respecter les normes imposées par la Ville. C’était formateur.»

À l’approche de la fin du programme, la lauréate nageait dans l’incertitude pour le concept de son projet de synthèse. «Je n’avais aucune idée. Et puis, j’ai pensé au petit recueil de haïkus que j’avais commencé avec Sophie, une finissante de l’année précédente.» Pendant trois ans, les étudiantes ont bâti un impressionnant recueil de messages texto de plus de 150 pages. «Je me suis ensuite mise à regarder du mobilier japonais.» Puis, l’illumination: elle allait construire un ensemble de salle à manger pour s’asseoir au sol, à la japonaise. L’ensemble de trois meubles représenterait les trois strophes du haïku traditionnel.

La finissante a ainsi exploré la technique ancestrale japonaise kumiko pour réaliser le dossier de la banquette Haiku. Datant de l’ère Asuka (vers 600 après J-C), le microassemblage fait à la main demande une minutie impressionnante. Autodidacte, Évelyne s’est basée sur une poignée de vidéos sur Internet pour en apprendre les rudiments. Comme la technique est peu répandue à l’extérieur du Japon, le reste s’est opéré par déduction.

Marie-Amélie St-Pierre, directrice de l'ÉÉAM et Évelyne Leclerc lors de l'Expo Onze le 24 mai dernier. Crédit photo: Camille Gladu-Drouin

Marie-Amélie St-Pierre, directrice de l'ÉÉAM et Évelyne Leclerc lors de l'Expo Onze le 24 mai dernier. Crédit photo: Camille Gladu-Drouin

Haïku allie l’élégance de l’art nippon traditionnel et le design contemporain. Évelyne lui a volontairement donné un aspect aéré, pour donner l’impression au bois de se déposer au sol. Sous la fragilité apparente du motif se cache en réalité une solidité structurale à toute épreuve. «Plus je me suis plongée dans le Japon, plus je me suis rendu compte que je suis passionnée par à peu près tout ce qu’ils font, explique la finissante. Ils sont pragmatiques dans la confection des objets, et ça se reflète aussi beaucoup dans mon travail. Par exemple, j’aime avoir un joli crayon, mais le plus important, c’est qu’il dure longtemps. »

Après avoir récolté le fruit de son travail, Évelyne se dirige au Festival d’Été de Québec afin de prêter main-forte au montage de la scène des Plaines d’Abraham. Elle espère rouler sa bosse dans le métier pendant quelques années avant d'ouvrir son propre atelier. Elle rêve également de démarrer sa propre boutique en ligne d’objets abordables destinés aux marchés d’artisans avec Sophie. «On adore les petits objets du quotidien: des vases, des cadres, des accessoires… tout ce qui est à la fois pratique et délicat.»

Évelyne Lerclerc commence sa carrière du bon pied avec un montant de 1000$ versé par la Caisse de la culture. La banquette Haïku sera également exposée au Musée des maîtres et artisans du Québec pendant un an. 

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