Métier artiste: L'envers du décor de Yannick De Serre - Baron Mag
Pour cette nouvelle chronique, notre collaboratrice s'est entretenue avec Yannick De Serre, un artiste qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer lors de la Foire d'art contemporain de Saint-Lambert en 2013. Il nous raconte son quotidien et ses inspirations.

Métier artiste: L'envers du décor

Ce sont des rencontres avec des artistes en arts visuels. Qu'ils viennent de la performance, de l'installation, de la peinture ou de la sculpture, mon but est de parler de leur situation économique. Je veux faire connaître aux lecteurs la situation d'emploi des artistes d'ici et la précarité que certains d'entre eux peuvent vivre. Sujet presque tabou, mais crucial. Voici donc l'occasion de découvrir des artistes d'une autre manière.

1-Acuumulation de divers départs,

Yannick De Serre complète des études en arts visuels au baccalauréat à l'Université Laval et obtient son diplôme en 2000. Une fois ses études terminées, un sentiment de panique s'installe à l'idée d'être artiste et tributaire d'un système basé sur les appels de dossier et les subventions. Afin d'accéder à une sécurité financière, mais surtout pour investir dans sa carrière artistique, il entreprend de compléter une formation en sciences infirmières. Aujourd'hui, il utilise à son avantage cette stabilité financière afin de réaliser différents projets: «C'est une façon pour moi de me subventionner», dit-il. 

Cela lui permet de faire des projets de plus grande envergure sans nécessairement devoir attendre un appui financier extérieur. Heureusement pour lui, cette année il a obtenu une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec en plus de recevoir un appui du Conseil des arts du Canada pour un projet en développement.

15- Petits paysages racontés

Artiste avant toute chose et infirmier de profession, il a su mener de front depuis plusieurs années ces deux carrières. Comme la plupart des artistes rencontrés jusqu'à présent, Yannick effectue un grand nombre d'heures par semaine pour rallier ses deux emplois. Pour lui permettre de mener à terme ses projets et expositions, il doit organiser ses échéanciers sur plusieurs mois. Il me confie: «Je trouve ça vraiment dur. Présentement, j'ai l'impression de rouler à fond deux carrières à temps plein. C'est l'une des premières fois que je suis un peu fatigué à force de faire une autre profession qui est exigeante.» 

Par exemple, il lui arrive de travailler aux urgences huit jours en ligne, puis de migrer en atelier les six jours d'après, et cela en cycle continu. Il travaille donc presque 80 heures par semaine en moyenne. Il avoue trouver la profession d'infirmier de plus en en plus difficile, notamment en raison des conditions de travail qui se détériorent au fil du temps dans le milieu de la santé. Il se dit ainsi en questionnement vis-à-vis de ce métier.

10-Sans titre - copie

Si au départ Yannick abordait principalement la peinture, sa pratique a migré au fil du temps vers le dessin et la gravure. Son travail de l'image aborde les thématiques de la mort, de la perte et du vide. Plusieurs de ses oeuvres font parties de collections privées et publiques. 

Il tend à mettre l'emphase sur sa carrière artistique qui prend de l'ampleur à chaque année. «Je n'ai aucune raison d'arrêter. Je le fais parce que c'est un désir personnel. [...] J'ai envie de marquer mon temps, ma période.» Il a présenté ce printemps chez Circa Tergiverser vers le vide, une très belle proposition d'exposition qui abordait le suicide avec une sensibilité et une retenue face à une thématique difficile à traiter, surtout en art contemporain. Il est également représenté depuis quelques années par la Galerie Bernard de Montréal. Cela lui assure une vitrine pour des séries plus sobres et peut-être plus faciles d'approches. Son exposition Tracer le bois en duo avec l'artiste Suzanne Lafrance y était d'ailleurs présentée du 17 mai au 23 juin dernier.

L'automne prochain s'annonce tout aussi prometteur pour l'artiste, avec notamment une résidence à l'atelier de l'île à Val-David et la préparation d'une exposition prévue pour janvier 2019 au centre d'exposition du Vieux-Presbytère de Saint-Bruno.

Yannick De Serre 

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