Le Festival Diapason célèbre cette année une décennie de concerts de musique alternative dans des lieux aussi insolites qu’une bibliothèque, une crèmerie ou encore un autobus. Avec l’expansion de l’offre culturelle en périphérie de Montréal, le festival grandit au même rythme que la région de Laval qui l’a vu naître. Sa vocation d’offrir un tremplin aux artistes locaux, elle, n’a pas changé d’un poil.

La fondatrice et directrice générale Patricia Lopraino tient à préserver la vocation première de Diapason: «L’essence reste la même à travers les années, en continuant d’offrir une première tribune aux artistes locaux.» Et elle tient sa promesse en réservant 50 % de la programmation aux appels de candidatures.

De nouveaux festivals apparaissent et disparaissent au fil des années pendant que Diapason subsiste et fait figure de proue du tourisme lavallois. «En s’établissant l’été, ça aurait pu être un flop parce que l’offre culturelle est extrêmement présente à ce temps-ci de l’année en ville.» Le public répond à l’appel, en grande partie parce que les concerts sont gratuits. Dans ce contexte, l’avantage concurrentiel devient crucial: «On n’a jamais perdu de vue l’échelle humaine des performances, parce qu’elles permettent la rencontre avec les artistes et font notre renommée.»

Patricia Loparaino - directrice générale de Diapason - Shanti Loiselle

En effet, Diapason ne cherche pas à faire concurrence avec des festivals payants comme les Osheaga et les Francos de ce monde. «Avec la gratuité, le spectateur prend nécessairement moins de risque pour aller voir ce festival», explique Patricia Lopraino. Gratuité ou pas, l’enjeu de l’exclusivité peut facilement devenir un casse-tête. L’organisation jongle en effet avec les embargos des autres évènements à proximité qui imposent des clauses d’exclusivité dans les contrats signés par les artistes. De plus, certains spectacles sont écartés, car ils seront donnés en billetterie l’automne suivant. La solution? Les programmeurs misent sur la qualité d’un ou deux grands noms, et le foisonnement de musiciens de la région.

Le Festival se prête bien aux mélomanes qui préfèrent éviter les foules. «Les deux expériences sont valables, qu’on soit 40 ou 75 000», mais le public est particulièrement captivé lors des concerts à petit déploiement du festival. Les artistes qui se produisent à Diapason le remarquent, «il n’y a pas un son dans la foule», plus souvent qu’autrement. 

Les Trois Accords, du hip-hop et un camping urbain pour l’anniversaire d’étain

Pour cette dixième édition, les festivaliers auront droit à un melting pot de trente-cinq têtes d’affiche et artistes émergents. Un nouveau volet hip-hop sera inauguré le vendredi 6 juillet sur la scène Découverte, incluant Rymz et Donzelle, sans oublier le spectacle d'ouverture de la grande scène des Trois Accords, un groupe que l’organisation convoitait depuis ses débuts. En clôture, Chad Vangaalen et l'envoûtante Kandle se partagent le son de la fin.

Diapason affiche

Certains services ont été réintroduits en format payant cette année. Attention aux mouettes, les concerts en croisière sont de retour avec entre autres les guitares veloutées d’Aliocha et Rosie Valland! À une capacité de quelque 40 spectateurs à bord, l’écoute est incroyable dans un contexte intime, un peu magique sur les bords. Le sous-bois, espace VIP autrefois réservé aux partenaires et aux médias, est maintenant accessible au grand public à condition de payer son droit d’entrée.

Il est toujours possible de transformer son passage à Diapason en week-end en s’installant au premier camping urbain de Laval. Le site éphémère aménagé par le Festival vise à attirer les Montréalais et les autres «touristes» réticents à se déplacer en voiture ou en transport en commun. En comptant sur un service de navette gratuit, l’idée est de démocratiser le plus possible l’accès au festival. 

L’union fait la force

Niché malgré tout dans la 3e plus grande ville au Québec, Diapason est convoité par un nombre grandissant de partenaires. «Avec l’effervescence de Laval, on reçoit de plus de plus d’attention de la part de commanditaires privés. Ils nous approchent maintenant eux-mêmes», constate la directrice générale.

«Avoir beaucoup de partenaires majeurs est un choix de gouvernance. Mon premier partenaire, c’est les artistes et mon deuxième, le public.»

À la 5e édition, Diapason fonctionnait à 100 % sans subventions publiques. Avec la nouvelle formule estivale, en 2015, le festival s’est vu octroyer des sommes publiques sans trop de contraintes: «On s’assure que la majorité de l’argent aille aux artistes et au fonctionnement de l’évènement.» Ensuite, Tourisme Québec et Patrimoine Canada se sont joints à l’aventure. Mais aucun acteur majeur de l’industrie comme la SODEC ou MusicAction. En 2017, il reste qu’un pourcentage impressionnant de 70 % du budget total provenait des revenus autonomes de l’organisme. «Avoir beaucoup de partenaires majeurs est un choix de gouvernance. Mon premier partenaire, c’est les artistes et mon deuxième, le public», souligne-t-elle. 

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Un festival de proximité 

Il existe une corrélation claire entre la popularité du festival et l'effervescence croissante de Laval. Ce n’est pas pour rien que Tourisme Québec s’est associé avec Diapason, alors que la ville s’impose de plus en plus comme un pôle culturel et touristique. «Le défi d’être un festival à l’extérieur de Montréal est ainsi devenu une opportunité avec le temps», résume-t-elle. 

Les banlieues sont souvent perçues comme des déserts de services qui ne peuvent être visités qu’en voiture. Le quartier de Ste-Rose où a lieu le festival conserve pourtant une essence toute conviviale. Doté d’un cachet historique, le quartier lavallois cultive un commerce de proximité concentré autour de l’église, le noyau du village avant les fusions, au bord de la rivière des Mille-Îles. 

Grâce à près de 50 partenaires locaux, les festivaliers sont invités à profiter de l’ensemble des attraits de la région de Laval tout le week-end du festival. 

Pour la prochaine décennie, Patricia Lopraino souhaite non seulement la croissance de Diapason, mais aussi plus de cohérence entre les éditions. Elle croit éperdument au potentiel de Laval et place son festival au coeur du développement culturel de celui-ci. «Le festival pourrait éventuellement avoir un rôle à jouer à l’année dans la région», avance-t-elle, par exemple en offrant la série Diapason hors saison et en structurant une équipe qui oeuvre à l’année pour l’évènement. 

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La fondatrice entrevoit aussi une collaboration plus étroite avec la Centrale des artistes, un centre de développement professionnel pour les artistes locaux dont elle est aussi la dirigeante. Laval et le festival ont donc encore plusieurs années devant eux pour vibrer sur le même diapason! 

Festival Diapason 

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👉 Du 5 au 8 juillet 2018.