Un soir par mois, les micro-conférences Alcove habitent un lieu différent de Montréal. Un maximum de vingt à trente invités s’y retrouvent pour rencontrer des visionnaires issus d’une variété d’industries. Dans l’intimité du petit groupe, les conférenciers partagent autrement leur parcours et leur expertise, mais aussi leurs aspirations et leurs déceptions.

La semaine dernière, Baron Mag assistait à une conférence Alcove pour la première fois. Les frères Byron et Dexter Peart, fondateurs de la collection WANT - Les Essentiels, étaient les conférenciers du mois. Vers 18h, on s’engouffre dans la charmant restaurant Titanic situé dans le Vieux-Montréal, lieu de rencontre resté secret jusqu’à la veille de l’évènement. Comme à toutes les séances de réseautage, on anticipe déjà le moment où il faudra bégayer un titre professionnel et pratiquer maladroitement l’art prisé de la conversation.

Revirement de situation. Les doutes (et les mains moites) se dissipent rapidement quand l’équipe et les conférenciers prennent le temps de faire un brin de jasette avec les participants. Le tout, avec la modestie des grands. L’atmosphère était certes professionnelle, mais ludique et détendue. Un verre à la main, les participants butinent de conversation en conversation avec aisance. Exit le syndrome de l’imposteur chez Alcove: ici, il n’y a pas de question idiote ou de jugement de valeur. Seule la curiosité subsiste.

«Alcove veut inspirer, affirme Ingrid Enriquez-Donissaint, cofondatrice et responsable des partenariats. Le dénominateur commun des participants est cette soif que les gens ont d’en savoir un peu plus.» Si les gens s’inscrivent initialement pour entendre un conférencier en particulier, ils reviennent parce qu’ils sont tombés en amour avec la formule Alcove. «L'événement peut être par exemple le prétexte qui fait que des collègues deviennent amis. Après une longue journée au boulot, c’est l’occasion de se connaître mieux dans un cadre informatif, mais qui reste décontracté.»

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Au moment de débuter l’entretien, l’intervieweuse Geneviève Sharp s'assoit avec les conférenciers sur des tabourets, à peine à quelques mètres des invités. Sur les chaises destinées au public, un bloc-notes et un crayon sont soigneusement déposés. À tour de rôle, on se présente, puis on explique ce qui nous motive à assister à l’évènement. C’est d’autant plus facile d’identifier les pros qui suscitent notre intérêt.

L’entrevue avec Byron et Dexter Peart passe du général au pointu, de la genèse de WANT - Les essentiels à la complicité spéciale qui unit les deux frères. L’audience est captive. Les écrans de téléphone sont pratiquement tous rangés, une rareté dans le monde événementiel d’aujourd’hui. Pour la postérité et ceux qui ne peuvent être présents, un podcast est enregistré pour être diffusé sur le site web d’Alcove.

De l’inspiration pour tous

Les évènements Alcove favorisent un réseautage de qualité et ce, à moindre coût. Avec un billet d’entrée à 30$, on est loin des centaines ou encore des milliers de dollars à débourser pour d’autres colloques à plus grand déploiement comme C2 Montréal ou le Forum économique international des Amériques. Les participants ont aussi davantage de contrôle sur ce qu’ils veulent retirer de l’expérience.

Alcove est en quelque sorte une conférence d’affaires à la carte. C’est une source mensuelle d’inspiration qu’on prend le temps de savourer, au lieu de se gorger d’information pendant plusieurs jours consécutifs, ce que plusieurs n’ont de toute façon pas le temps et l’argent de faire.

Fait intéressant, l’organisation est entièrement née et menée par des femmes oeuvrant dans différents domaines des affaires, que ce soit en marketing, en communications ou en design. Toutes montréalaises, elles forment aussi un heureux mélange d’héritages culturels. En guise d’exemple, Ingrid Enriquez-Donissaint est d’origine haïtienne, tandis que Rebecca Chriqiui est de culture juive aux racines marocaines, israéliennes et italiennes. Cette diversité des profils se reflète dans la programmation que l’équipe concocte, avec des pionnières et des pionniers venant d'horizons souvent négligés par le monde des affaires traditionnel.

Le critère le plus important pour être visionnaire selon Alcove? Avoir une idée et l’audace de la mener jusqu’au bout. Il faut aussi avoir l’humilité de raconter son parcours sans les lentilles roses du communiqué de presse. Le but de la rencontre est de raconter le succès différemment: comme une suite d’erreurs plutôt qu’un itinéraire parfait.

L’ingrédient secret

L’idée des rendez-vous Alcove a germé entre Rebecca et Ingrid qui se sont connues au département marketing chez Aldo. Elles ont par la suite demandé conseil à Richard S. Nason, président de la chaire de recherche de l’Université Concordia en entrepreneuriat et société pour développer le concept. «Nous avions besoin d’un guide pour s’assurer que les participants retirent quelque chose de concret de l’expérience. Richard a validé notre approche pour qu’on puisse cogner sur les bons clous. Avec lui, nous sommes passées de l’intuition à la réalité», raconte Ingrid Enriquez-Donissaint.

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Les petits groupes de l’expérience Alcove ne sont donc pas un hasard. «C’est scientifiquement prouvé, les gens sont plus ouverts dans leurs interactions sociales en petits groupes, note-t-elle. Après, il nous a suggéré de créer un contexte propice à la vulnérabilité. Quand ils peuvent se montrer fragiles, les gens osent plus. Ils s’ouvrent à toi dans des paramètres précis et c’est pourquoi nous tentons d’apaiser la peur d’être jugés.» Autrement dit, plus on s’ouvre sur nos faiblesses, plus on se rapproche des autres. «C’est notre sauce secrète!», s’exclame la cofondatrice.

Petite entreprise deviendra grande

Trouver des salles qui se prêtent bien à la personnalité du conférencier invité représente un défi continuel, sans compter le travail de développement de contenu et de recherche que nécessite chaque événement. De plus, les organisatrices d’Alcove jonglent toutes avec un travail à temps plein. La gestion du temps et des priorités est donc cruciale pour la petite équipe. Cela dit, les prochaines phases de développement se dessinent rapidement, et les co-curatrices sont impatientes d’en faire leur gagne-pain principal.

La tête pleine d’idées, les organisatrices voient l’avenir en grand. Comme elles désirent garder la petite taille des événements - le principal avantage concurrentiel du projet - elles aimeraient plutôt augmenter la fréquence de ceux-ci. Elles souhaitent développer non seulement d’autres terrains prometteurs comme les marchés de Toronto et New York, mais aussi le web, avec des séminaires dans la lignée de General Assembly. Enfin, elles aimeraient offrir la formule aux entreprises pour créer des mini-conférences corporatives.

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And it’s a wrap! C’est le temps de déguster quelques bouchées et de terminer la soirée Alcove en faisant plus ample connaissance, et qui sait, peut-être récolter quelques cartes d’affaires ou même des amitiés naissantes. En sortant du café, le coeur bat toujours en chamade, mais cette fois-ci, il carbure aux nouvelles perspectives.

La prochaine conférence Alcove aura lieu le 20 juin et mettra en vedette Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des Beaux-Arts de Montréal. événement facebook

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