L’univers artistique de la tatoueuse Émilie Huot est source d’apaisement à chaque dessin. Avec une esthétique de lignes bien à elle, l’artiste dans la trentaine et fière maman est devenue entrepreneure un peu malgré elle il y a quatre ans. Dans son atelier, elle nous parle de ce chemin parcouru.

Comme tout le monde, Émilie Huot a connu les aléas de la vie. Incertitudes quant au choix de carrière, voyage en Angleterre à la recherche de soi, mille petites expériences dont un été à la tête d’une galerie d’art aux Iles de la madeleine. Mais l’art est resté une constante, principalement le dessin que l’artiste pratique depuis une douzaine d’années.

D’essai en essai, le coup de foudre a eu lieu pour ce médium qu’est le tatouage qu’elle a exploré sous l’œil d’un mentor. «Le tatouage, ça allie le dessin, mais aussi le facteur humain qui me manquait énormément dans les autres médiums, déclare Émilie Huot. C’est la création sur mesure aussi et la pièce unique, ça prend quand même beaucoup de précision, de la concentration, et il y a tout ce défi qui me fascine dans le fond.»

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Créer des moments

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’Émilie Huot décide d’ouvrir son propre salon, de bâtir son propre espace de rencontre. «Quand j’ai commencé à tatouer pour quelqu’un, je trouvais que j’avais besoin de plus de paix autour de moi, d’une bulle, affirme-t-elle. Le client rentre, on est lui et moi, je suis toute là pour lui. Je pense que ça aide aussi au processus de douleur, c’est calme.»

C’est cohérent avec la démarche de la jeune femme qui crée uniquement des pièces uniques, et pour ainsi dire, l’expérience unique. «On est dans le permanent, je trouve aussi que ça donne une valeur au dessin de la personne qui va le porter pour la vie. C’est primordial et je n’accepte pas de faire autrement.»

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Une pratique qui grandit

«J’ai une passion pour les plantes depuis longtemps qui me vient de ma grand-mère et ma mère, les plantes ont toujours été super présentes dans ma vie, confie l'artiste. J’ai aussi une passion pour l’architecture et le design, donc tout ce qui est géométrique.» En effet, dans le travail graphique de la tatoueuse, cet amour pour la flore, de même que pour la faune transparait grandement. Elle développe presque un langage autour de la nature qu’elle retranscrit avec sensibilité sur le corps humain. 

Dans son atelier, Émilie Huot alterne entre une routine de création et de séances de tatouage. «Ces temps-ci, ce que j’essaie de faire, ce sont des créations qui viennent de moi, explique-t-elle. Je les mets sur les réseaux sociaux et rapidement, on les tatoue. Ce sont des flashs, des idées, des points de départ qui mènent vers autre chose. Parfois, le papier et le crayon font des choses comme des lignes inattendues.»

Ce rythme de production permet à l’artiste d’évoluer dans sa démarche. Alors qu’au début, elle utilisait des références, aujourd’hui, la création est devenue comme un second souffle, un laisser-aller. «Je me suis rendu compte qu’au bout de quatre ans, faire 10 à 12 projets par semaine, ça me fait une banque d’images qui s’est construite, développe-t-elle. Avant je travaillais toujours avec un support visuel, de là toutes les recherches pour essayer de comprendre comment les choses sont structurées. Maintenant, c’est plus intuitif que contrôlé.»

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L’artiste avant l’entrepreneure

Entrepreneure n’est pas un titre qui lui sied réellement, juge Émilie Huot, même si les hasards l’ont mené à diriger une entreprise. «Par la force des choses, je te dirais que je suis devenue une femme d’affaires. J’ai fait les choses les unes après les autres sans vraiment me dire que je me partais une entreprise. À un moment, quelqu’un m’a dit que j’étais une jeune femme entrepreneure, alors je me suis rendue compte que ça venait avec.»

C’est le fait de pouvoir vivre de son art qui la surprend encore aujourd’hui. «Si on m’avait dit que j’allais vivre du dessin un jour, j’aurais ri. Une carrière en arts, c’est difficile et risqué, ce n’est pas constant.» Et pourtant, selon son analyse de la dernière année, c’est une entreprise qui fonctionne et qui prend de l’ampleur, malgré la précarité qu’implique un travail autonome, et la flexibilité que demande le statut de mère monoparentale.

Vivre de son art, mais aussi être convaincue que c’est bien cet art qu’il nous faut. Le tatouage est la discipline qu’Émilie Huot a choisie et ce choix semble lui aller à merveille.

Émilie Huot

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