La série de balados «La Grande Noirceur» présentée par Baron Mag aborde la dépression chez les travailleurs autonomes en 8 épisodes. L'illustrateur montréalais Thaïla Khampo a eu le mandat il y a quelques mois de réaliser le visuel de celle-ci. Défi relevé haut la main par cet artiste polyvalent qui souhaite faire tomber les tabous reliés aux problèmes de santé mentale. Dans son processus créatif, il favorise les lignes épurées, minimalistes, colorées et joyeuses. Portrait de ce mystérieux «raconteur» d'histoires, qui fait des enjeux de société son principal canevas.

Thaïla Khampo est un illustrateur d’origine cambodgienne qui a immigré avec sa famille d'abord à Napierville, puis à Laval et à Montréal. Oeuvrant en marge des sentiers battus, il s'est bâti un portfolio impressionnant: des contrats aussi éclectiques que des emballages de chocolat, des planches à roulettes, ainsi qu'une murale au restaurant Verses à Montréal. Comment se dégote-t-il des projets aussi divers et variés? «Il n'y a pas de recette miracle! Il faut être conscient de ses compétences, et aussi, le réseau de contacts est très important. Si tu fais quelque chose de bien, les gens vont l'apprécier. Ça fait un effet “boule de neige”!»

Thaïla Khampo - Crédit photo: Philippe Richelet

Thaïla Khampo - Crédit photo: Philippe Richelet

Cela fait environ deux ans que l'artiste gagne sa vie avec le dessin. «Toutefois, c'est réellement depuis le printemps dernier que mon projet d'illustration a pris de l'expansion, avec un mandat pour le RDIM, réalisé en collaboration avec l'agence Caserne.» 

Il mentionne également qu'il y a eu beaucoup d'intérêt envers son travail suite aux images créées pour les emballages de chocolat de Cacao 70 (faits avec In Good Company). «C'était un projet un peu plus commercial. De plus, j'ai dû inventer des personnages, alors c'était très créatif pour moi.»

Un intérêt renouvelé pour l'illustration 

Concernant son processus de création, Thaïla Khampo indique qu'il va souvent chercher des références extérieures aux blogues existant sur le sujet. Par exemple? «Je m'inspire beaucoup des portraits photographiques, du cinéma, et d'autres illustrateurs ou artistes visuels que je respecte beaucoupcomme René Magritte et Geoff Mcfetridge, précise-t-il. Ça peut devenir très facile d'avoir les mêmes références visuelles que les autres illustrateurs... Les choses peuvent devenir un peu trop homogènes, dans le milieu. Je consulte quand même certains blogues de dessin, pour observer ce qui se fait ailleurs.»

Développer son art a pris du temps, nous laisse-t-il savoir. «Au départ, j'ai étudié en arts visuels. Ensuite, je suis devenu designer graphique et j'ai exercé cette profession pendant plusieurs années. Cela m'a aidé à développer mes habiletés techniques pour l'illustration, par la suite.» Il spécifie que l'illustration, c'est un peu comme apprivoiser un autre langage, tant au niveau du message que du médium. «La communication est très importante dans les images.»

Par ailleurs, Thaïla Khampo avance que l'on peut remarquer «une sorte de retour vers l'illustration, surtout dans la publicité. Par exemple, le Festival du nouveau cinéma (FNC) et le Salon du livre ont utilisé l'illustration pour leurs campagnes publicitaires», souligne l'artiste. En plus d'avoir contribué à ces dernières, l'artiste a également pris part à la création de la publicité pour les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal (RIDM).

Faire tomber les tabous autour de la dépression

Le dessin emblème de notre série La Grande Noirceur représente un arbre qui a perdu ses feuilles, mais qui se tient bien droit sur ses pattes. «Ce dessin hybride exprime l'ambiance de l'isolement, mais intègre aussi une certaine lumière, sans être trop simpliste», nous assure-t-il. C'est aussi une façon pour l'artiste qui demeure optimiste d'opposer le mouvement au statu quo. «Lors d'une dépression, on perd ses repères, mais il y a toujours des moyens pour s'en sortir!»

Crédit: Thaila Kampo

Crédit: Thaila Kampo

«Le sujet de la dépression est difficile, car ça reste quand même tabou», nuance l'illustrateur. Le cliché des travailleurs autonomes qui passent leurs journées enfermés dans leurs bureaux peut parfois se révéler vrai. C'est pourquoi l'artiste s'instaure lui-même une discipline de travail avec un horaire relativement précis. «C'est très individualiste, on n'a pas le choix. Parfois, je loue un studio ou je vais travailler dans un café, mais je suis mieux installé chez moi.»

L'art et la santé mentale se situent à la même intersection pour Thaïla Khampo. «La création est très thérapeutique, surtout pour les gens qui n'en font pas. Je n'ai jamais eu de grosse dépression majeure, mais faire de l'art permet d'être près de ses émotions. Ça va de pair; on reconnecte avec soi-même!»

Somme toute, l'illustrateur a beaucoup de projets excitants en vue. Il explique que ses objectifs sont «d'explorer d'autres marchés» et ses prochains projets toucheront le livre et le magazine. D'ailleurs, il mentionne avoir commencé à collaborer avec une maison d'édition en Australie et un magazine en France. 

L'artiste développera également des illustrations concernant un projet éducationnel, pour l'organisme Ocean School. L'objectif de ce dernier est la sensibilisation à l'impact de l'homme sur les océans, et la dénonciation des mauvaises méthodes de pêche. «Je favorise les sujets de société comme le développement durable ou encore l'environnement. De plus, dans les prochains mois, je vais développer un livre avec le restaurant montréalais Manitoba, qui traitera de l'influence des cultures autochtones sur la cuisine familiale québécoise.» Ça met l'eau à la bouche!

Thaïla Khampo

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