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Mirov: se confronter et se connecter à soi-même par le biais de l'art - Baron Mag
L’artiste visuelle émergente montréalaise Mirov explore sur différents supports et à l’aide de plusieurs médiums les sentiments d’anxiété, de connexion et déconnexion, et par-dessus tout, la quête de soi. Des thèmes qui nous ont beaucoup parlé dans le cadre de notre dossier santé mentale. L’artiste présentait sa toute première exposition intitulée «ART THRPY» la semaine passée à la galerie MainLine de Montréal, une expo qui mettait en valeur ses tableaux ainsi que deux installations explorant la relation que l’on cultive avec nous-mêmes: complexe, paradoxale et immensément riche. Mirov nous en dit plus sur sa démarche artistique et son parcours. Rencontre.

Au gré d'une promenade dans le quartier du Mile-End, il est possible de croiser l'un des collages que Mirov appose clandestinement sur les murs. Mais l'artiste demeure tout aussi prolifique lorsqu'il s'agit de créer sur des toiles, de manière un peu plus conventionnelle. Le collage, la peinture et la vidéo sont les moyens d'expression favoris de la jeune femme depuis son plus jeune âge. 

Depuis environ un an, Mirov mise tout sur son art et ne cesse de nourrir ses réflexions quant à notre relation intime aux émotions et à notre inconscient. En fait, l'art et le dialogue mental ne font qu'un pour elle. On a jasé santé mentale, thérapie artistique et psychologie avec cette artiste qui souhaite donner le gout au public de s'arrêter, contempler, et discuter avec eux-mêmes. 

Mirov - Work in progress, Médias mixtes sur panneau de bois

Allô! Quel a été ton parcours avant de parvenir à cette première exposition solo?

J’ai un parcours artistique très autodidacte; dans le sens où j’ai appris toutes mes techniques par essai-erreur! C’est sûr que ça prend beaucoup de temps avant de trouver les matériaux et les techniques qui donnent les meilleurs résultats, mais je trouve que ça rend mon processus créatif encore plus intéressant et gratifiant à la fin. Tu peux me croire quand je te dis que je les ai tous testés les colles et adhésifs du Omer de Serres! Haha!

D’ailleurs, je trouve qu’on est vraiment chanceux de vivre dans un temps où on peut apprendre tellement de choses, et ce, plus facilement, juste en faisant des recherches sur Google ou avec YouTube. C’est comme ça par exemple que j’ai appris à utiliser des logiciels de montage comme Premiere Pro ou After Effects pour ajouter des effets spéciaux à mes vidéos. J’ai également gradué de Concordia en communications avec une mineure en film studies l’été passé! Shoutout Stingers! 

Ton art semble vouloir explorer en profondeur l'humain et ses multiples nuances et émotions... Tu confies concentrer ta pratique autour de l’expérience humaine, ainsi que notre relation avec nous-mêmes… C’est très «psychanalyse» comme processus créatif, dis-moi! 

Pour moi, la psychologie humaine, la relation que l’on cultive avec soi-même et notre expérience individuelle en tant qu’être humain, sont des sujets que je trouve extrêmement passionnants, de vrais «gifts that keep on giving» en terme de substance et de réflexion.

Avec mon art, j’ai envie de pousser le questionnement des gens envers leur propre nature, et faire réfléchir sur notre perception de soi, nos craintes et les limitations que l’on se donne. Je trouve que c’est un processus très «self-empowering» de pouvoir se regarder dans les yeux et identifier ce genre de choses en soi, de les adresser et de trouver les outils nécessaires pour pouvoir les repousser.

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ART THRPY 1

Peux-tu me parler de la démarche derrière ta récente expo?

Avec «ART THRPY», j’ai voulu explorer plus précisément la relation avec soi-même et la dualité qui y est fondamentale: on est à la fois notre allié le plus puissant, mais surtout, on est aussi notre ennemi à l’impact potentiel le plus destructeur!

La relation avec soi et notre dialogue intérieur, je pense que c’est vraiment ce qui constitue la base de notre vie. Après tout, nous sommes constamment en notre propre présence, de la naissance à la mort. Ce que j’ai essayé d’amener comme idée tout au long de l’expo, c’est que notre plus grand et ultime obstacle à conquérir en fait, c’est nous-mêmes!

C'est pour cela j'imagine que tu parles beaucoup de «reconnexion à soi»... Qu’est-ce que tu entends exactement par là? 

Par reconnexion à soi, ce que je veux sous-entendre, c’est tout le processus qui nous amène à un point où l’on prend des décisions dans la vie qui font honneur à notre authenticité, nos buts et nos valeurs. C’est le cheminement pour arriver à un point où tu es assez honnête avec toi-même pour comprendre ce qui est bénéfique pour toi, ce qui va te rendre réellement heureux, et qui va te permettre d’être fier de la personne que tu es. Ce processus de reconnexion est souvent ardu et saccadé, parce qu’il implique que tu dois te poser des questions sur toi-même, adresser tes peurs, et sortir de ta zone de confort.

En ayant des discussions avec mes amis et avec les gens qui sont venus voir mon expo, j’ai remarqué que ce sentiment de déconnexion est très répandu à travers ma génération (par définition les «milléniaux»). C’est paradoxal: on a grandi et on vit dans une époque imprégnée par la technologie, mais on se retrouve dans une situation où on doit combattre ce sentiment de déconnexion, face à la société et face à nous-mêmes! C’est un sentiment de soif de prendre contrôle sur son bonheur, et un refus de se laisser emporter dans le carrousel d’une routine de vie hypocrite. On veut d’une vie qui va réellement nous combler intérieurement, et pas nous numb temporairement.

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Qu’est-ce qui t’inspire à débuter une nouvelle oeuvre en général? 

Ça part toujours d’une idée que j’ai envie de véhiculer ou d’une pensée sur laquelle je trouve qu’il vaut la peine de s’arrêter. Souvent, ça part aussi d’une citation ou d’une phrase qui m’inspire et qui est reliée au message général de «self-empowerment» que je veux transmettre au public. Par exemple, j’étais tombée sur un tweet de Jaden Smith qui disait «Love yourself and watch» et j’ai trouvé ça tellement fort comme phrase que ça m’a tout de suite inspiré à commencer une toile!

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L’art est reconnu pour apaiser les troubles mentaux et l’anxiété. Est-ce que, comme l’explicite le nom de ton expo «ART THRPY», l’art est une thérapie selon toi? 

Oh oui, ça, c’est sûr! Je pense que l’art, peu importe sa forme, peut être très thérapeutique. Non seulement pour la personne qui le crée, mais également pour ceux qui en consomment. Le pouvoir de l’art sur les gens est très fort. Pour ma part, j’ai toujours ressenti un très grand besoin de m’exprimer à travers ma créativité et pour moi, c’est ma façon de partager mon intérieur et mes pensées. Mais au-delà de créer, ce sont des artistes que j’admire et leurs œuvres qui m’ont beaucoup aidé et façonné: que ce soit des musiciens, cinéastes ou artistes visuels; leur art a eu un énorme impact sur moi et en aura toujours un.

Puis, je trouve ça formidable que de parler d’anxiété et de dépression ; de santé mentale en général, c’est de plus en plus chose normale et de moins en moins tabou. Le simple fait que des célébrités mainstream parlent ouvertement de leur bataille avec l’anxiété aide à normaliser quelque chose qui heurtent beaucoup de personnes qui doivent apprendre à vivre avec.

Est-ce que finalement, être artiste te permet de conserver une santé mentale équilibrée?

Oui, c’est certain. En montant mon expo «ART THRPY», j’ai en quelque sorte entamé mon propre processus de reconnexion à moi-même. Créer ses œuvres a été très libérateur et thérapeutique, mais de les partager avec les autres et de voir que les gens s’y identifiaient parfois a été la cerise sur le sundae, parce qu’il n’y a rien de plus fort et de plus important pour moi. 

Mirov - "What if you fly," Médias mixtes sur panneau de bois

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