Apprendre de nos erreurs est un lieu commun, mais en milieu entrepreneurial, c’est loin d’être une sagesse qui coule de source. Un milieu où il est plus courant de mettre en avant la réussite et de taire les ratés du parcours. C’est tout le contraire de ce que nous propose les soirées Fuckup Nights où les entrepreneurs sont invités à partager leurs histoires d’échec et participer à un apprentissage collectif.

Fuckup Nights est un mouvement international né à Mexico City en 2012. Aujourd’hui, on retrouve cet évènement dans plus de 250 villes à travers le monde et ce chiffre est en croissance, selon le co-fondateur de Fuckup Nights Montréal, Louis-Felix Binette. «Quand on parle d’entrepreneurs, on parle d’entrepreneurs à succès, lance-t-il. On parle de gens qui font des milliards de dollars. Mais si on s’assoit avec ces gens-là, ils vont finir par nous raconter toutes les fois où ils ont fait des erreurs et à quel point ça a été formateur pour eux.» 

C’est l’entrée en matière à la base de cette philosophie qui s’est installée à Montréal en 2014, à l’initiative de Natalie Riviere (de l'entreprise Commetta), Vanessa Mueggler (de l'entreprise Gestion immobilière Quo Vadis), Josh Miller (de l'entreprise Fuller Landau) et Louis-Félix Binette (de l'entreprise Escouade génie collectif).

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Craindre l’échec

Il semble exister un tabou entourant l’échec dans le milieu entrepreneurial. Partout où l’on regarde, l’image du succès est omniprésente, surtout cette image de l’entrepreneur qui parait invincible. «On partage de plus en plus ces images d’entrepreneurs à succès qui donnent l’impression que tout ce qu’ils touchent se transforme en or, précise Louis-Félix. On veut casser cette idée-là. Mais je pense que la peur de l’échec est un vecteur très important pour se lancer en affaires et persévérer en affaires.»

Cette crainte s’accompagnerait d’un sentiment de dissuasion qui a effet notamment sur les entrepreneurs émergents, malgré l’effervescence que connaît le milieu entrepreneurial. Selon l’Indice entrepreneurial québécois, en 2017, 41% des 18-34 ans avaient des intentions d’entreprendre, preuve que la culture entrepreneuriale grandit et s’installe. Mais ce chiffre n’est plus le même quand il s’agit de faire des démarches. Seulement 14% d’entre eux vont dans cette direction. «Est-ce cette idée d’entrepreneurs invincibles qu’on glorifie à cause de leur succès font dire aux gens qu’ils n’arriveront jamais à faire pareil?», se questionne Louis-Félix.

La solitude de l’entrepreneur

Fuckup Nights Montréal ne se résume pas à raconter des récits d’échec, mais amène aussi un volet réseautage; élément important dans un secteur où la solitude peut être inhérente. «Contrairement à un autre travail, un entrepreneur, ce qui fait sa réussite, c’est qu’il essaie d’avoir une proposition de valeur unique pour se démarquer, donc c’est difficile pour lui d’interagir avec d’autres personnes qui comprennent ce qu’il fait, explique Louis-Félix. Souvent, les personnes qui comprennent sont les compétiteurs directs.»

Durant ces soirées, que Louis-Félix Binette décrit comme très amusantes, on retrouve l’occasion de se créer une communauté qui partage la même réflexion, le même plaisir de se lancer dans le monde des affaires. «L’objectif est de briser cette solitude-là et de faire se rencontrer des gens de différents éléments, relève-t-il. L’entrepreneuriat, c’est très vaste.»

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Se remettre de ses erreurs

Le principe derrière Fuckup Nights pousse à admettre que l’échec est inévitable, mais également de ne jamais cesser de regarder vers l’avant. «Le but ce n’est pas de dire que c’est cool d’échouer, mais de regarder l’échec en face, ajoute Louis-Félix. Être entrepreneur, c’est naviguer toujours sur la fine ligne entre le succès et l’échec. Innover, c’est se rapprocher très proche du précipice et réussir.»

Dans ce sens, celui-ci partage un conseil avec la relève entrepreneuriale et même avec les plus expérimentés. Les idées, pièce clé du dynamisme créatif du milieu, sont à prendre avec doigté. «Il faut se méfier de l’idée parfaite, exprime-t-il. Peu importe le niveau de perfection d’une idée, quand on voudra la matérialiser, elle va se confronter à la rugosité du réel. Il n’y a pas meilleure idée que celle qui est testée et mise en œuvre.» 

Il ajoute aussi qu’il faut accepter que cette idée soit modelée par les autres et par leur créativité. «Ce n’est pas la propriété de l’idée qui fait l’entrepreneur, c’est le leadership de rassembler des gens autour de cette idée.»

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Fuckup Nights Montréal

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