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Santé mentale et vie professionnelle: quand le corps souffre de l’épuisement mental - Baron Mag
Plusieurs le vivent, mais peu en parlent. La santé mentale au travail est un tabou qui persiste. Quand on lâche un coup de fil à Gaëlle Bodin, cofondatrice de la compagnie Profession’ELLE qui s’intéresse via ses volets webzine et conférences aux femmes sur le marché du travail, difficile de deviner qu’elle-même a vécu un épisode dépressif. Et pourtant. Rencontre.

C’est en janvier 2014 que Gaëlle Bodin a commencé à reprendre sa vie en main. En larmes devant son médecin à cause de problèmes physiques envahissants, elle est ressortie de son bureau avec un arrêt de travail de deux semaines. «Mon malaise remontait pourtant à plus loin. C’est pendant un voyage à l’automne 2011 que j’ai commencé à avoir de gros problèmes gastriques et des maux de dos vraiment intenses. J’ai vraiment vomi mon voyage dans le Sud, c’est le cas de le dire.»

C’était le début d’un long cheminement vers la guérison. Celle qui occupait alors un poste de coordinatrice depuis 2007 dans une maison d’édition dont elle préfère taire le nom a commencé à explorer ses options. «J’ai tenté de comprendre pourquoi ma santé était aussi fragile. Je consultais, mais je n’avais apparemment rien.»

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Un jour, Gaëlle a compris que c’était peut-être son esprit qui tentait de communiquer avec elle à travers plusieurs symptômes. C’est que son emploi était de plus en plus stressant, pour ne pas dire totalement envahissant. «Je ne suis pas juste foncée dans un mur, je poussais encore le mur, souligne-t-elle. je travaillais, c’était rush après rush. Je me disais que ce n’était qu’une phase. Qu’il fallait que je survive jusqu’à Noël, jusqu’à l’été, etc. Je ramenais du travail à la maison le soir, le week-end. Le reste du temps, je faisais du lavage, du ménage.» Mère de trois enfants, Gaëlle devait également assurer à la maison.

Pourtant, la charge de travail ne s’est pas allégée, au contraire. «En étant le dernier maillon de la chaîne, c’était toujours à moi de rendre des comptes. J’en ai parlé à mes supérieurs. J’ai indiqué que j’avais besoin de plus de ressources.» À ces cris d’alarme, Gaëlle s’est souvent vu répondre un message contradictoire: «On me disait de prendre ça plus relax, de ne pas stresser… Mais qu’il fallait absolument qu’on publie tel ou tel projet pour obtenir plus de ressources. J’en prenais alors de plus en plus sur mon bureau. J’y croyais. C’est quand j’ai réalisé que d’autres départements obtenaient plus de ressources au détriment du mien que j’ai commencé à ressentir un lourd sentiment d’injustice.»

Arrêter pour mieux repartir

Après toutes ces années de stress intense, son corps l’a tout simplement lâchée en janvier 2014. «Je suis tombée en mode survie. Comme si mon corps me disait “Tu ne m’écoutes pas? D’accord.” Je ne digérais plus rien. Mon dos s’est complètement coincé. J’avais trois vertèbres bloquées. Ça m’a causé des étourdissements, des maux de tête.» Si Gaëlle parle beaucoup de symptômes physiques, elle aborde moins d’emblée les sentiments.«Pendant longtemps, j’ai pensé que c’était mes maux qui causaient mon manque d’énergie, ma tristesse, ma confusion grandissante. Ça m’a pris un moment à comprendre que c’était de l’autre côté que ça avait débuté.»

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Pendant six mois, Gaëlle s’est ensuite remise sur pieds tranquillement. «Ça m’a permis de me reposer. De me concentrer uniquement sur moi.» Bien vite, elle a été chercher de l’aide professionnelle auprès d’un ostéopathe, d’un kinésiologue et d’un psychologue. «J’ai appris à accepter mes limitations physiques et à vivre avec mes émotions. L’acceptation a été une importante étape de guérison.»

Si elle n’a pas été médicamentée pour sa dépression, Gaëlle a eu recours à des relaxants musculaires qui lui ont également permis de mieux dormir. Et sa famille, aimante, lui a apporté tout le soutien possible.

Un secret pernicieux

Si vous demandez aux anciens collègues de Gaëlle pourquoi elle a pris un arrêt maladie, ils risquent de vous répondre qu’ils ne le savent pas… Ou que c’est sûrement à cause de ses problèmes de dos? «Le médecin peut prescrire un arrêt de travail sans justification. Ça protège contre les jugements, les tabous. Pourtant, personne n’oserait critiquer quelqu’un qui a subi une opération du genou, par exemple.»

De retour au travail graduellement à partir de septembre 2014, elle a vite réalisé que plusieurs de ses responsabilités avaient été confiées à d’autres. «Je me suis vue affectée à des tâches plus administratives, ce qui ne répond pas nécessairement à mes compétences.» Et elle s’est aussi retrouvée face à une direction qui ne valorisait plus ses aptitudes. «Ma charge de travail était trop lourde, mais certains ont pu penser que je gérais juste mal mon temps.»

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En faisant le bilan de son retour, Gaëlle a vite réalisé qu’elle devait agir: «Je me suis dit que j’avais deux choix. Ou je me battais, ou je me concentrais à guérir en trouvant un autre emploi. J’ai essayé de contacter les ressources humaines, mais rien n’a changé.» C’est ainsi qu’en mars 2015, elle accepte un contrat qui ne lui plaisait pas vraiment dans un autre département. «Ça a été un deuil, mais c’était la bonne chose à faire.»

Aujourd’hui, Gaëlle peut enfin clamer haut et fort qu’elle est heureuse au travail. «J’ai eu la chance d’avoir Jannick Bouthillette, avec qui j'ai fondé Profession’ELLE. Aujourd’hui, je me lève avec le sourire aux lèvres, contente de travailler pour un projet auquel je crois.» Et surtout, elle prend soin d’elle pour ne plus jamais revivre ce qu’elle a vécu. 

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