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Mieux comprendre l’ergothérapie, avec Josiane Caron Santha - Baron Mag
L’ergothérapie, vous connaissez? Cette pratique vise à aider diverses personnes à mieux vivre leur quotidien grâce au jeu et à des stratégies pour permettre le développement, la réadaptation ou encore la compensation. En en apprend plus sur cette pratique encore méconnue du grand public.

En favorisant l’autonomie, l’ergothérapie permet à ses patients de développer une vie plus satisfaisante et davantage intégrée à la société. Tour d’horizon avec l’ergothérapeute pour enfants, auteure, chroniqueuse et vidéoblogueuse Josiane Caron Santha.

Josiane Caron Santha (1)

Pour commencer, qu'est-ce que l'ergothérapie en quelques mots?

J. Caron Santha: L'ergothérapie, dans mon cas pour les enfants, est une profession de la santé qui vise à soutenir l'enfant dans son fonctionnement de tous les jours, par une considération de l'interaction entre ses capacités, la nature des activités qu'il accomplit et le rôle de l'environnement sur la qualité du rendement et de l'engagement. C'est en fait une pratique qui s'intéresse à la personne dans sa globalité plutôt que seulement une partie du corps ou un symptôme en particulier. Au quotidien, l'ergothérapeute pour enfants travaille directement auprès d'eux en leur offrant des services de stimulation, d'évaluation et d'intervention. L'ergothérapeute propose aussi des adaptations pour compenser les difficultés en adaptant l'activité, l'environnement, en procurant des outils et des stratégies pour interagir avec l'enfant.

Quel a été votre parcours personnel afin d'en arriver à cette profession?

J. Caron Santha: J'ai débuté mes études universitaires à McGill, où j'ai fait deux baccalauréats. Le premier en microbiologie/immunologie et le deuxième en ergothérapie. Par la suite, j'ai fait une maîtrise en science de l'ergothérapie en Nouvelle-Écosse à l'Université Dalhousie. Mon intérêt pour la pédiatrie, ma curiosité pour comprendre les défis de mes clients et surtout mon souci de compétence professionnelle m'ont menée à suivre un grand nombre de formations afin d'approfondir mes connaissances, et graduellement, développer une pratique avancée auprès des enfants. 

Et vous être présentement propriétaire de votre clinique...

J. Caron Santha: Oui, au-delà de la flexibilité que je souhaitais avoir avec mes horaires de travail, dans le contexte particulier de l'ergothérapie, le travail dans le secteur privé me permet beaucoup plus de flexibilité au niveau de ma façon de travailler et des approches que je propose à mes clients. Les milieux de travail plus organisationnels ont souvent une structure plus contraignante (nombre de visites, problématiques desservies, type d'approche). En clinique privée, j'ai la capacité d’aller au bout de mes idées et connaissances pour aider mon client. Ma pratique est «très familiale» et il n'est pas rare de suivre plus qu'un enfant de la même famille, et un même enfant pour différents épisodes de services au fil des années. J'ai ainsi le privilège de voir grandir et s'épanouir les enfants!

Sur votre site on peut lire que vous travaillez avec des bébés, des enfants, des ados mais aussi bien évidemment leurs parents. Qu'est-ce qui vous a poussé à aller vers une clientèle plus jeune?

J. Caron Santha: J'aime beaucoup travailler avec les enfants, car ils sont positifs et ils ont une volonté de s'améliorer constamment. Les enfants sont d'une grande résilience et ne sont pas toujours conscients de leur différence, alors ils sont optimistes et persévérants. Au niveau de ma pratique, travailler avec les enfants me permet de pouvoir observer une amélioration constante de leur condition. De plus, j'aime travailler avec les parents. Cette dynamique de collaboration est plus qu'importante pour soutenir l'enfant. J'admire l'investissement des parents et leur réceptivité à apprendre tout ce qu'ils peuvent pour accompagner leur enfant dans son développement.

Le jeu est une grande part du traitement... Pourquoi?

J. Caron Santha: Bien qu'il soit évident que les apprentissages avec les enfants passent par le jeu, en ergothérapie, «l'activité» est notre modalité d'intervention. De la même manière, le jeu est également notre modalité avec les adultes; à ce moment il s'agira d'une activité significative. Pour respecter notre philosophie de profession, le jeu doit être amusant pour l'enfant. La motivation pour s'investir dans les différents aspects du jeu sera un levier important pour les apprentissages. Comme je travaille avec beaucoup d'enfants autistes, j'invente beaucoup de jeu afin de rejoindre leurs intérêts particuliers.

D'après vous, l'ergothérapie est-elle plus pertinente en traitement ou en prévention?

J. Caron Santha: L'ergothérapie est pertinente dans les deux conditions. Les consultations en ergothérapie surviennent lorsque l'enfant vit des défis de fonctionnement dans ses habitudes de vie (ex. difficultés de calligraphie), donc lorsque le problème est déjà installé et qu'il a besoin d'accompagnement dans son développement et d'aide pour fonctionner à court terme. Dans un monde idéal, tous les gens seraient d'excellents dépisteurs et interviendraient tôt dans une volonté de prévention, mais la réalité est différente! Or, en partageant ses connaissances, l'ergothérapeute joue un rôle important pour prévenir des défis futurs. Par exemple, en donnant des outils aux éducateurs en milieux de garde quant au bon moment et à la bonne façon d'aborder les activités graphiques; des défis avec la calligraphie en milieu scolaire peuvent être évités.

Quels sont les problèmes de santé que vous rencontrez le plus souvent dans votre clinique?

J. Caron Santha: Ma clinique reçoit principalement une clientèle spécifique présentant des différences neurodéveloppementales, soit des enfants avec Trouble du spectre de l'autisme (TSA), des enfants avec Trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA-H) et le trouble d'Acquisition de la Coordination (TAC/dyspraxie) (difficulté à planifier, organiser et automatiser des mouvements).

Quels sont vos grands défis du quotidien en tant qu'ergothérapeute en milieu privé?

J. Caron Santha: En clinique privée, il y a beaucoup de temps indirect non payé, comme la prise de la demande de service, analyse, correction de tests, préparation et rangement de la salle, entretien des lieux, inventer des jeux, répondre à des courriels, séances qui excèdent la durée prévue pour le bénéfice de l'enfant ou du parent et surtout les annulations de dernière minute qui sont fréquentes. Bien sûr, on développe des trucs pour s'organiser et être efficace, mais le plus grand défi demeure la rentabilité; c'est pour cela que les services sont généralement dispendieux.

Vous avez développé une forte présence en ligne pour rendre accessible l'ergothérapie à tous. Avez-vous l'impression que cette pratique demeure méconnue du public?

J. Caron Santha: Oui. Après 20 ans de métier, je dois encore quotidiennement expliquer la nature de mon métier. Comme nous abordons le fonctionnement quotidien de l'enfant, plusieurs composantes de notre travail font également partie du champ de pratique d'autres professionnels; ce qui peut rendre plus difficile de discerner le rôle de chacun. Ma présence dans les médias est mon humble contribution pour faire rayonner ma profession et permettre l'accès à nos outils et notre perspective à tous ceux qui souhaitent en bénéficier.

L'ergothérapie est-elle cependant reconnue par le Ministère de la Santé du Québec?

J. Caron Santha: Ça dépend de votre définition de «reconnue»! Oui, il y a des ergothérapeutes dans les institutions publiques, mais pas assez, ce qui rend l'accès plus difficile car les services seront alors davantage dirigés vers les enfants avec des plus grands besoins ou des diagnostics spécifiques.

Josiane Caron Santha

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