Recenser et donner lieu à la collaboration des artisans locaux - Baron Mag
Ericka So souhaite aider les entrepreneurs d’ici à prendre plus de place. Fondatrice du blogue Local Montréal, à travers celui-ci elle recense plusieurs artisans et créateurs, ainsi que des points de vente où sont vendus des produits locaux. À force de se passionner pour le milieu artisanal et d’avoir à cœur la mission de l’achat local, la Montréalaise a décidé de partir une plateforme d’entraide et de soutien à la gestion des entrepreneurs locaux, Cabale, qui depuis le début du mois, met à disposition un bottin des professionnels, des ressources et un moyen de communication privilégié entre les créateurs. Son objectif principal: unir et outiller les esprits créatifs d’ici afin que l’achat local ne soit plus une alternative de consommation marginale.

À l’occasion de notre dossier Achat local, nous nous sommes penchés sur la question en effectuant des entrevues et des portraits de créateurs de chez nous. Pour notre plus grand bonheur, de plus en plus d’initiatives et de lieux mettent en valeur l’artisanat québécois. Mais comment aller plus loin et faire grandir la tendance à la consommation de produits locaux? 

Nous avons décidé de nous entretenir avec Ericka So qui souhaite faire une différence depuis quelques années afin que les créations artisanales empiètent enfin sur les marchandises des grandes enseignes. Rencontre avec celle qui œuvre à ce que les artisans se fassent connaître et collaborent à devenir plus grands. 

Ericka So photographiée par Stéphane Vairo au Café-Boutique MRKT.

Ericka So photographiée par Stéphane Vairo au Café-Boutique MRKT.

Bonjour Ericka! Commençons avec le commencement! Comment t’est venue l’idée il y a deux ans de partir ton blogue Local Montréal qui joue un peu le rôle d’un annuaire et recense plusieurs artisans et boutiques?

J’ai travaillé pendant dix ans en architecture dans le domaine des communications et marketing et pendant ma grossesse, je souhaitais faire autre chose, quelque chose de plus significatif. J’ai donc passé tout mon congé maternité à réfléchir. J’étais relativement déjà sensibilisée aux conséquences néfastes de la consommation de masse, mais je me suis demandé ce que je pouvais faire de concret et c’est certain que les créateurs font partie de la solution, car ils offrent des produits faits ici, sans exploitation humaine. De plus, la société revient doucement à un mode de consommation plus local, parfois même au troc et à l’échange de services!

L'idée est partie d’un besoin personnel, car, en tant que consommatrice, je trouvais qu’à l’extérieur des marchés d’artisans, c’était plus difficile de trouver les créateurs. Je ne me souvenais plus de leurs noms, je perdais les cartes de visite et j’ouvrais plusieurs liens Facebook pour les retrouver! Je trouvais ça frustrant de ne pas pouvoir les retracer. Le but de Local Montréal c’était donc de faciliter cet accès-là et centraliser l’information les concernant. C’était vraiment un projet bénévole parce que j’avais juste le goût de le faire et que ça manquait à l’époque!

Tu ne les recenses pas tous non plus. Comment fais-tu la sélection?

J’y vais avec mes coups de cœur. Je n’ai pas tout référencé, car il y en a tellement, mais je voulais au moins pouvoir donner comme des «teasers». Je me dis que si les gens découvrent déjà quelques noms, ça leur donnera envie d’aller encore plus loin dans leur attrait pour l’achat local. 

Et depuis ce mois de décembre 2017, tu as un nouveau projet, Cabale, qui va encore plus loin dans ton envie d’aider les acteurs de la consommation locale... 

Oui, grâce à mon blogue et à travers mes rencontres avec les créateurs, il y a quelque chose qui revenait tout le temps: des problèmes non négligeables en gestion. La visibilité, l’accès au client, le marketing, la comptabilité, etc. Ce sont des créatifs à la base, il ne faut pas oublier ça, et c’est en souhaitant vivre de leur passion qu’ils n’ont pas le choix de devenir des femmes et hommes d’affaires alors qu’ils n’ont, pour la plupart, pas de formation en gestion! 

Un moment qui m’a marqué c’est quand j’ai regardé pour obtenir des subventions, et là tu tapes «subventions» dans Google et il y a plein de résultats! On lit les pages c’est pas clair, on ne sait pas vraiment à qui ça s’adresse, c’est long, c'est désagréable, etc. Je souhaitais donc avoir un endroit à qui faire appel qui aurait déjà décortiqué les détails au préalable et serait capable de dire si une entreprise rentre dans tel critère ou non. Aussi, il y a beaucoup de subventions dans le domaine technologique et le monde des créateurs est un peu laissé de côté, malgré quelques initiatives comme Quartier artisan

Finalement, les créateurs se débattent dans leur coin et se découragent. Voici comment l’idée de créer une plateforme qui regroupe toutes ces ressources-là est née! Je ne vais pas empiéter sur le côté créatif, la recherche de matériaux et de fournisseurs, je pense que c’est leur jardin secret, mais le nombre de fois sur les groupes d’entraide Facebook où je vois passer «C’est quoi votre logiciel pour telle chose? Quel mode de paiement utilisez-vous dans les foires?», etc.

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Cabale c'est donc une plateforme privée et payante d’aide à la gestion d’entreprise. Et celle-ci est divisée en trois sections: une division d’échange collectif, un bottin des professionnels et une messagerie privée...

Cabale c’est avant tout une plateforme pour aider les créateurs à devenir des entrepreneurs plus outillés. S’ils se regroupent, ça leur donnera plus de structure et ça fera refléter une image encore plus forte et positive de l’artisanat. Car j’ai l’impression qu’au Québec, certaines personnes ont encore l’image de l’artisanat comme quelque chose de brouillon. En se coordonnant et en travaillant ensemble, on peut envoyer un message plus fort et aider la cause.

La plateforme a été lancée récemment donc pour le moment je fais un travail de concentration des informations, par exemple, combien ça coûte la participation à chaque marché, les dates à ne pas louper, la liste des plateformes, etc. Le participatif va ensuite devenir de plus en plus important, afin obtenir l’expérience des autres, mais aussi de mettre le doigt sur les enjeux. 

Un peu comme un réseau social, mais uniquement entre artisans en fait! Ils acceptent de s’échanger des conseils et des bons plans…

En effet! L’un des problèmes majeurs, c’est que les créateurs ne se rendent pas compte que oui, ils sont peut-être concurrents dans le quotidien, mais que l’ennemi contre qui ils luttent tous, c’est les grandes enseignes, qui eux, ont des équipes dédiées à leur gestion, marketing et logistique! 

Il faut ainsi voir plus loin que ça, car on ne peut pas s’entretuer sur un marché qui n'est pas si grand. Le vrai compétiteur, c’est la grosse compagnie. Et les clients qu’il faut aller chercher avec encore plus d’efforts, ce n'est pas ceux qui sont déjà «vendus» au local, mais c’est ceux qui achètent uniquement dans les grandes enseignes! 

Cabale

Et c’est là que la section bottin professionnel va prendre tout son sens, les créateurs locaux ont besoin de s’entourer de spécialistes en tout genre pour aller au-delà de leur cercle immédiat et perfectionner leur gestion…

Oui, car chaque division de la job d’entrepreneur est une expertise en soi… La section bottin va présenter des noms de professionnels qui sont habitués à travailler avec des créateurs, des petites perles qui vont les aider, du comptable au photographe, en passant par le spécialiste en web-marketing. Des gens qui s’engagent et aiment l’achat local aussi. 

J’aimerais développer ensuite avec ces derniers des articles sur des dimensions de leur expertise, construire des formations, donner des conférences... Et pourquoi pas un jour, chercher du financement externe afin d’être capable de rémunérer ces professionnels pour qu'ils puissent donner des conseils aux créateurs. Car ça coute cher, et stratégiquement, le créateur choisit de se payer les services d'un photographe, mais pas d'un comptable, ou inversement…

Bref, il faut continuer de mutualiser les forces en réponse à la société de consommation actuelle qui est plus que déplorable. Il faut que ces travailleurs autonomes soient moins «fragmentés»... Car le produit a beau être bon, innovant ou tout ce qu’on veut, il faut le vendre, et gérer son entreprise à long terme le plus sainement possible! 

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