Le virage numérique, qui n'en finit plus de virer, aura eu beaucoup de conséquences. Entre la crise des médias, les nouvelles manières de consommer l'art et de percevoir notre rapport aux autres à travers les réseaux sociaux, on aura aussi pu voir l'éclosion de nouveaux métiers. La gestion de communauté est devenu un incontournable de toute entreprise qui se respecte. Qui sont ces gens qui ont pris le pas sur cette profession somme toute récente? À quoi ressemble leur quotidien? Et surtout, comment pratiquer un métier qui n'offre pas de formation claire? À tâtons, plus souvent qu'autrement. Dossier sur un métier en plein essor.

Le métier de gestionnaire de communauté recèle de plusieurs mystères pour le commun des mortels. On le sait maintenant: gérer une communauté, c'est plus que publier des photos de son chat ou répondre avec une répartie sans faille aux blagues de ses amis. Quelles qualités faut-il avoir alors pour bien remplir cette mission qui comporte d'innombrables facettes? Nicolas Chikhani, conseiller en stratégie numérique chez Hydro-Québec, va droit au but : «Trois mots-clés: patience, créativité et empathie.» Catherine Cormier, fondatrice de Betti – réseaux sociaux & rédaction, abonde en ce sens: «Il faut être créatif, être facile d’approche, sociable, curieux...»

Selon Jean-François Bossé, conseiller info clientèle et réseaux sociaux à la Société de transport de Montréal, les qualités nécessaires sont plus nombreuses. «La curiosité, la créativité, le jugement, et la culture générale. Avoir une bonne plume, savoir faire court, et être en mesure de travailler vite et bien sous pression dans un contexte opérationnel.» Myriam Daguzan Bernier, webmestre et gestionnaire de communauté pour La Fabrique culturelle, en ajoute une couche: «Curiosité, passion, dévouement, capacité à travailler sous pression, imaginatif, récupérateur (reprendre les mêmes contenus et les transformer en un nouveau contenu, c’est un art!), patience, polyvalence, organisation, prévoyance, autonomie, empathie et plus encore!»

En plus de faire preuve d'une créativité sans faille, il faut être capable de communiquer efficacement ses idées. Audrée Longtin, stratège en médias sociaux à Absolu, le souligne d'emblée: «L'important, c'est d'être en mesure d’appliquer et de comprendre une vision et une direction stratégique. Il faut avoir une bonne plume et comprendre les subtilités rédactionnelles de chaque plate-forme.» Parce que chaque entreprise a son propre message, et surtout, sa manière bien particulière de le partager. Comprendre le ton et la ligne d'une stratégie de communication est vital pour bien remplir son mandat.

Versatilité, quand tu nous tiens

Une qualité primordiale revient dans le discours de presque tous les interviewés : il faut absolument savoir gérer toutes sortes de situations pour faire carrière en gestion de communauté. Selon Étienne Lessard, gestionnaire de communauté à ESI Marketing, l'autonomie est à la base de ce métier. «Il faut absolument, absolument être capable d'aller chercher l'information de son côté et répondre le plus rapidement et le plus justement possible. On fait un peu un métier d'improvisateur, dans ce sens que nous représentons plusieurs produits ou services différents que nous ne connaissons qu'en surface, mais que nous devons vendre comme si nous les avions nous-mêmes créés.»

Raphaël B. Leclerc, spécialiste en marketing de contenu et médias sociaux chez Corus Média

Raphaël B. Leclerc, spécialiste en marketing de contenu et médias sociaux chez Corus Média

Raphaël B. Leclerc, spécialiste en marketing de contenu et médias sociaux chez Corus Média, résume bien l'idée générale : il faut être sacrément polyvalent pour être un bon gestionnaire de communauté. «Je crois fermement qu’un bon gestionnaire de communauté est non seulement un expert en marketing, un guru de la communication, un représentant au service à la clientèle hors pair, un fin stratège des relations publiques, un rédacteur tout acabit, un spécialiste du branding et de l’identité de marque et un concepteur-rédacteur créatif, mais il doit en plus affecter toutes les qualités exigées dans ces occupations.» Severine Baron, consultante en réseaux sociaux pour Marie-Pierre Arthur, KNGFU, Rezolution Pictures et Ford Canada ajoute: «L'idée, c’est de pouvoir porter plusieurs chapeaux, et ne pas avoir besoin d’une routine similaire tous les jours. Évidemment, l’organisation joue un grand rôle dans ce rythme quotidien.»

Est-ce humainement possible d'avoir toutes ces qualités, tous les jours? Pas nécessairement. D'où l'importance de garder son calme en tout temps. « Il faut savoir garder son cool même face à toutes les urgences des clients», explique Catherine Cormier. «Il faut aussi être assez zen, les clients sont variés et ne sont pas tous les plus patients, il faut savoir gérer ça, gérer les attentes impossibles aussi. Bref, être flexible est assez essentiel.», ajoute Severine Baron. Nadine Mathurin, gestionnaire de communauté chez Radio-Canada, met le doigt sur la bonne expression : «Il faut pouvoir se revirer sur un 10 cennes!»

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