Up Here: Une troisième édition intime et toujours aussi éclectique - Baron Mag
Sudbury a accueilli du 18 au 20 août dernier la troisième édition du festival Up Here. Une fin de semaine sous le signe de l’amour de la musique et des arts, parsemée de plusieurs surprises qui embellissent une fois de plus l’étrange et chaleureuse ville du nord de l’Ontario.

La route est longue pour rejoindre Sudbury de Montréal, mais les festivités du week-end dernier en valaient la peine. Le centre-ville a une fois encore été le terrain de jeu de plus de 40 artistes musicaux et visuels qui ont su apporter une touche d’éclectisme fonctionnant parfaitement avec l’environnement urbain quelque peu fantomatique de la ville.

Crédit photo: Maryse Boyce

Crédit photo: Maryse Boyce

Car si l’on revient au Up Here, ce n’est pas vraiment pour son gros cinq sous en nickel ni pour jouer les nostalgiques au Little Montreal, mais pour son atmosphère hors du temps et son line-up toujours prometteur. Parmi les musiciens qui étaient à l’affiche cette année CRi, Lido Pimienta, Duchess Says, Bernardino Femminielli, Samito, Michele Nox, Dirty Princes, Tofino, Kommissars, Fevers et Dear Criminals…

Bernardino Femminielli. Crédit photo: Maryse Boyce

Bernardino Femminielli. Crédit photo: Maryse Boyce

Cette année, le volet musical a d’ailleurs élargi ses horizons hors des frontières canadiennes en accueillant deux groupes américains; The Fleshtones (Brooklyn) et Deerhoof (San Francisco). «C’est un choix semi-conscient je pense, indique Sophia Bagaoui, la responsable des communications du festival. En fait, on a découvert les Fleshtones au FME en Abitibi-Témiscamingue [en 2015] et c’était tellement un bon show que ça nous a inspirés à les voir au Townehouse Tavern ici. Leur style, leur énergie incroyable et le Townehouse, ça va ensemble!»

The Fleshtones au Townehouse. Crédit photo: Maryse Boyce

The Fleshtones au Townehouse. Crédit photo: Maryse Boyce

Up Here a également continué de surprendre ses festivaliers avec des shows surprises, qui sont devenus probablement la plus étonnante manière de découvrir Sudbury. De la caserne de pompiers en plein après-midi avec The Lazy Daisies jusqu’au toit de l’école d’architecture pour une prestation de Laurence Nerbonne au coucher du soleil, en passant par le marché public le samedi matin Sarah Bradley de Fevers, qui se produisait le soir même, Up Here s’approprie les lieux, même les plus incongrus, pour pouvoir les partager avec le public.

Une édition plus intime

2017 était cependant une édition plus petite et plus courte que les deux premières. Le festival a débuté le vendredi à 17h pour presque se terminer aux petites heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche. Un seul spectacle était prévu le dimanche, mais non le moindre, celui des Montréalais Dear Criminals, pour venir clore en beauté (et en 3D!) le festival au théâtre Cambrian, plus excentré que les autres salles de spectacles.

Dear Criminals (en 3D!) Crédit photo: Maryse Boyce

Dear Criminals (en 3D!) Crédit photo: Maryse Boyce

«Cette année on a décidé de faire une plus petite édition pour se donner un moment de répit, explique Sophia Bagaoui. Car il ne faut pas oublier que tout est bénévole. » Elle promet que l’année prochaine, Up Here « reviendra en force ». Une excellente nouvelle pour les amoureux de l’événement.

Le festival n’a toutefois pas lésiné sur son line-up surprenant et hétéroclite. Autant les noctambules, les plus jeunes que les amateurs de 5 à 7 ont pu assister à des prestations mêlant des styles différents, de l'électro au punk-rock en passant par le beatbox, tout en profitant des oeuvres urbaines qui commencent à se multiplier dans la ville.

Le festival a aussi fait place samedi à une journée familiale plus étoffée qu’auparavant au parc Mémorial avec de nombreuses activités et concerts, rassemblant petits et grands mélomanes sous le soleil.

Crédit photo: Maryse Boyce

Crédit photo: Maryse Boyce

C’est d’ailleurs dans ce même lieu le samedi soir que l’artiste visuelle et biologiste Radha Chaddah est revenue cette année nous présenter sa nouvelle installation, Red Light, cette fois-ci participative puisqu’il s’agissait de porter un bandeau capable de transformer l’activité du cerveau en lumières projetées sur les arbres du parc. De 22h à 3h du matin, cette oeuvre-spectacle est venue démontrer tout le soin que l’équipe de We Live Up Here porte aux expérimentations artistiques. Une édition plus petite... mais très soignée et pas moins grandiose!

Red Light de Radha Chaddah. Crédit photo: Maryse Boyce

Red Light de Radha Chaddah. Crédit photo: Maryse Boyce

S’il n’y a pas eu de scène extérieure installée sur la rue Durham cette fois-ci, de nouveaux lieux ont été pris d’assaut comme le bar Zig’s ou le Fuse Nightclub. Enfin, l’ambiance davantage intime n’a rien gâché de l’essence du festival, au contraire. Les étranges bruits de train, l’amabilité des Sudburois et la frénésie de cette fin de semaine festive nous a rapidement fait oublier cet ajustement.

Une place de choix pour la relève

L’un des principaux mandats du Up Here est de donner une voix aux artistes locaux de la relève. C’est d’ailleurs pour cela que de nombreux groupes originaires de Sudbury ont l’occasion de se produire chaque édition. «C’est eux qui font vivre la scène musicale au quotidien et le fait qu’ils partagent la scène avec des plus grands, pour eux, c’est une super opportunité de collaboration et de rencontre... Et en plus, ils sont à la maison!», précise Sophia Bagaoui, satisfaite.

«L’art urbain, c’est aussi un volet où on a réduit la taille cette année », continue la responsable des communications. En effet, deux muralistes ont été invités, Mique Michelle et Jarus, au lieu de sept l’an passé. Mais l’art visuel n’a pas moins été mis de côté puisque ce sont les membres du Projet Power Up, un rassemblement de 24 artistes visuels émergents de la ville, qui se sont vu affecter des boites d’électricité à travers la ville afin de leur offrir une seconde vie. «On a voulu donner de la visibilité à la communauté! On ne pouvait pas faire 24 murs par exemple, mais c’est le fun de jouer avec ces éléments-là pour les artistes, c’est un beau projet», ajoute-t-elle. Après tout, l’art urbain se décline aussi bien sur des murs que sur des cubes. Et nous n’en attendions pas moins de la part de l’innovant festival.

«C’est important pour nous d’apporter ces expériences aux artistes de la relève. On montre à tous que c’est possible de faire des belles choses à Sudbury!», souligne Bagaoui. En effet, l’an passé, nous avions déjà ressenti ce besoin de la part de l’équipe fondatrice de redonner à Sudbury et sa communauté la visibilité qu’elles méritent. Et c’est ce même souci de «gentrification respectueuse» qui continue à se développer.

Crédit photo: Maryse Boyce

Crédit photo: Maryse Boyce

À présent, la grande murale You Are Beautiful, réalisée lors de la toute première édition, fait partie de l’identité du centre-ville. Elle rappelle à la capitale du nord de l’Ontario qu’elle est, somme toute, belle.

Le Up Here, on l’aime beaucoup pour ses découvertes musicales et visuelles, son audace, et le soin qu’il apporte tant à sa programmation qu’à sa ville et ses participants. À des années lumières (et quelques centaines de kilomètres) des grandes machines telles qu’Osheaga et autres festivals célèbres montréalais, là-haut, c’est l’amour de la culture, de ses possibles et de la communauté qui prime et confère au festival son aspect humain et authentique.

Voici nos photos de cette fin de semaine mémorable:

Festival Up Here

site web | facebook | instagram

Crédit photos: Maryse Boyce