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Marilyne Lacombe, productrice pour Distorsion - Baron Mag

Marilyne Lacombe, productrice pour Distorsion

FME PRO X BARON
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Qui êtes-vous et quel est votre parcours?

Ça fait une dizaine d’années que je produis des shows sur la scène à Montréal. J’ai cofondé l’événement L’Autre St-Jean (2009-2014), occupé le poste de booker Chez Baptiste sur Masson à l’époque où il y avait des shows et travaillé quelques temps pour le label C4 Productions, ainsi que pour le Coup de grâce musical de St-Prime. En 2016, j’ai cofondé le Taverne Tour et Distorsion Psych Fest et je travaille présentement sur la 3e édition de ces deux événements.

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Quel est votre emploi actuel? 

Je suis productrice pigiste depuis deux ans. En dehors de mes productions, je fais beaucoup de mandats pour diverses agences et studios montréalais, plus particulièrement dans le secteur numérique (installation interactive, art numérique, applications, web-documentaire, etc.).

Pouvez-vous nous parler davantage du DISTORSION Psych Fest?

Résultat de rencontres impromptues sur l’ancienne terrasse arrière de l’Escogriffe entre une dizaine de personnes issues de la scène musicale montréalaise, DISTORSION est né d’un désir commun de mettre sur pied un happening annuel et 100% indépendant qui mettrait de l’avant le psychédélisme moderne à Montréal. On a évidemment été inspiré par le succès de plusieurs festivals de musiques psychédéliques d’envergure aux États-Unis et en Europe, on s’est dit qu’il y avait de la place pour ce genre d’évènement à Montréal (bon ok, version un peu plus DIY). 

Pour nous le psychédélisme, c’est un état d’esprit qui transcende les styles et les médiums. Notre programmation reflète cette diversité: pop-psych, shoegaze, prog, stoner, électro, expérimental, kraut rock, folk-psych, rock garage, post-punk, musique world, arts visuels, cinéma, vidéoprojection, installations artistiques, animation 3D, installations interactives et artisanat sont parmi l’éventail de genres de projets que l’on peut retrouver dans notre programmation.

On mise aussi beaucoup sur l’expérience et l’environnement afin d’amener notre public dans cet état d’esprit. On veut que les sens soient attisés, que la conscience soit altérée. Tous les shows sont accompagnés de projections live et beaucoup d’efforts sont investis afin de s’approprier l’espace pour créer un environnement unique. Ça fait d’ailleurs un peu partie de notre approche de sortir du réseau de salles de spectacles traditionnelles pour investir d’autres lieux.  

On organise aussi ici et là durant l’année quelques événements hors festival, souvent pour supporter des bands de l’extérieur en tournée à Montréal ou pour collaborer à la programmation d’autres festivals. On travaille également présentement à ouvrir un volet de booking dont les détails seront annoncés sous peu. Mine de rien, depuis deux ans, on a rencontré beaucoup de promoteurs et on a développé une genre de famille – bands, illustrateurs, artistes visuels, VJs, – avec qui on collabore et travaille régulièrement, c’est donc venu naturellement. On présente d’ailleurs 3 bands cette année au FME: Atsuko Chiba, Paul Jacobs et les jeunes protégés de John Dwyer, Sunwatchers.

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Quels sont les enjeux auxquels fait face Distorstion?

Vouloir investir des lieux non conventionnels à Montréal en 2017, c’est risqué et ce n’est pas évident. Il y a un truc assez moyen-âgeux à Montréal qui s’appelle L’Escouade de la Moralité et qui surveille de très près ce genre de rassemblement. Le genre de personne avec qui tu dois argumenter au téléphone que la musique et les arts, ça fait partie de la culture, pas juste les baptêmes et les mariages (c’est vraiment arrivé). Il semble que cette faction du SPVM ait particulièrement serré la vis au cours des dernières années. En mai dernier, elle nous a d’ailleurs interdit de tenir le festival au Matahari Loft. Nous avons donc dû, à trois semaines de préavis, trouver une autre salle, repasser par le processus de demande de permis et revoir de A à Z la logistique du festival.

Outre ça, notre principal enjeu reste le financement. Ça impacte tous les éléments du festival, car ça influence l’argent que tu peux mettre dans ta programmation, dans ton équipe, dans ta scénographie, dans ta promotion.

N’étant pas soutenu par une plus grosse compagnie de production, on est pas mal parti de zéro, on a mis en commun nos ressources et on a risqué gros pour créer ce qui est aujourd’hui DISTORSION.

Il y a beaucoup de compétition à Montréal, beaucoup d’organismes qui s’arrachent les mêmes maigres enveloppes de subvention, et la plupart sont établis depuis bien plus longtemps que nous. Ces subventions sont aussi gérées par des fonctionnaires et des comités formés de gens dont on se demande bien s’ils ont mis les pieds dans un show depuis les 20 dernières années… Pour le moment on se concentre sur prouver ce qu’on peut faire de façon autonome, on fait notre place et on ne compte pas trop là-dessus. De la première à la deuxième édition, nous avons réussi à doubler l’ampleur de l’événement de façon indépendante, et c’est définitivement la voie dans laquelle nous voulons poursuivre.

La philosophie et l’éthique du festival rendent aussi notre rapport avec les commandites un peu complexe. Il faut vraiment qu’il y ait un fit au niveau des valeurs et une intégration esthétique cohérente à notre direction artistique. Pour l’instant, on a réussi ce genre de partenariat avec la compagnie montréalaise Rise Kombucha. Disons que vous ne verrez jamais un montage PowerPoint avec une poutine de logos pendant le festival.

Enfin, si notre éthique et notre philosophie sont très inspirées par la culture DIY, c’est vraiment important pour nous de ne compromettre pas la qualité de l’expérience qu’on offre, autant aux artistes qu’au public. Faute de ressources financières, c’est vraiment grâce à la synergie créée par la diversité du réseau de contacts et des skills de chaque membre du collectif que nous y arrivons. Ça joue beaucoup dans la balance au niveau du booking, car on a réussi rapidement à se faire une réputation solide au niveau des artistes qui savent qu’ils seront reçus professionnellement. 

Distorstion

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