Guillaume Ruel, agent de spectacle et gérant - Baron Mag

Guillaume Ruel, agent de spectacle et gérant

«Les transformations au niveau du disque, au niveau de la manière dont les artistes sont payés font que les avenues sont différentes: on va plus travailler le spectacle, les éditions sur lesquelles les artistes ont des redevances.»
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guillaume ruel

Qui êtes-vous et quel est votre parcours?

Je suis agent de spectacle et gérant de quelques artistes. Je me suis retrouvé dans le milieu un peu par hasard, sûrement comme beaucoup de gens. J'étais mélomane, mais je faisais une maîtrise en histoire de autochtones à l'UQAM. Un de mes amis d'enfance qui s'appelle Anthony Roussel (un auteur, compositeur et interprète qui sort son album en novembre par ailleurs), m'a demandé de l'aider un peu en gérance, admin et tout ça. En l’aidant, de fil en aiguille, je me suis fait offrir un projet qui était de monter un réseau de spectacles en région. J'ai travaillé sur ce dernier pendant quelques mois, puis parallèlement à ça on a commencé à faire du booking pour les artistes qui étaient à l'intérieur de cette boîte-là: Joëlle Saint-Pierre, avec qui je travaille toujours, La Bronze, Francis Faubert. Ce projet-là a avorté, mais par la suite j'ai continué à travailler avec ces artistes-là comme agent indépendant que je suis toujours aujourd'hui.

Depuis combien de temps êtes-vous dans le milieu? Est-ce que votre situation professionnelle a changé ces dernières années?

Cela fait 4 ans aujourd'hui que je suis travailleur autonome. Je n'ai pas connu l'âge d'or du disque et l'époque où les projets allaient bon train. J'ai commencé au moment de la période déjà difficile. Sur le plan personnel, ça a toujours évolué. Quand j'ai commencé, je n'avais aucune expérience là-dedans, j'apprenais avec les artistes avec lesquels je travaillais. De plus en plus, on booke des shows, on fait des contacts, on élargit les projets qui se développent. Les transformations au niveau du disque, au niveau de la manière dont les artistes sont payés font que les avenues sont différentes: on va plus travailler le spectacle, les éditions sur lesquelles les artistes ont des redevances. C'est sûr qu'en travaillant sur le Québec, le Canada français et l'Europe, les réalités sont différentes, mais je pense qu'il faut mettre l'accent sur les spectacles et les éditions: faire de la bonne promotion autour du spectacle, de présenter ce dernier comme une expérience. Dernièrement, les diffuseurs sont plus frileux pour programmer des artistes émergents. Peut-être que leurs subventions sont moins présentes ou les gens viennent moins à des spectacles d'artistes qu'ils ne connaissent pas nécessairement.

Est-ce que vous sentez un désintéressement de la nouvelle génération pour les spectacles?

Je ne sais pas si ça s'applique à la nouvelle génération. C'est peut-être plus général. Je suis là depuis peu, mais je ne peux pas attribuer ça à la nouvelle génération. J'ai l'impression que les gens vont plus cibler les projets qu'ils vont aller voir. C'est sûr que les diffuseurs voient quand même qu'il y a moins de gens dans les salles, mais est-ce que c'est les jeunes qui vont moins dans les salles ou est-ce c'est plus global? Après c'est pourquoi les gens vont moins: parce qu'ils veulent rester à la maison ou c'est parce que les billets sont plus chers? C'est des questions qu'il faut aborder et sur lesquels il faut se pencher dans les prochaines années.

Comme vous êtes plutôt nouveau dans le milieu, est-ce que vous avez une approche différente de vos collègues?

J'ai grandi avec les artistes avec qui je travaillais. C'est sûr qu’au fil des années, avec les gens avec qui je travaille, on a beaucoup encouragé les artistes à devenir des femmes ou des hommes d'affaires, de garder leurs projets chez eux, de se faire aussi une équipe autour d'eux, tout en restant producteurs. En tant qu'agent et gérant, je vais m'adapter à ce que l'artiste veut, mais si je me fie à des projets comme Joëlle Saint-Pierre ou Sarah Toussaint-Léveillé, ce sont des gens qui ont gardé leurs projets, qui en sont productrices. Elles se sont juste bien entourées d'un gérant, d'un agent, d'un service de presse.

Le fait de diversifier son équipe fait que tout le monde pousse dans le même sens et que si ça va moins bien avec un gros label, par exemple, bah tout est là. Ce n'est pas contre les gros labels, c'est plutôt de dire aux artistes, soyez patients, mais gardez un peu votre projet chez vous, choisissez avec qui vous allez travailler, diversifiez l'équipe autour. Je crois beaucoup à ça. Moi c'est mon point de vue en tant que gérant, mais je laisse toujours aux artistes le soin de décider ce qu'ils veulent. Néanmoins, je vois que c'est une tendance qui a l'air de s'installer. C'est sûr qu'en choisissant plus l’indépendance, il y a des défis économiques, faut être plus patient, bien choisir l'investissement qu'on fait. Si tu sors un album, tu auras peut-être moins de visibilité, mais à long terme, si ta musique est bonne et que tu as une équipe autour de toi qui travaille dans le même sens, tu peux en vivre.

Quels sont les problèmes qui vous affectent dans l’industrie musicale et quelles sont les solutions que vous souhaiteriez apporter?

Comme au niveau des ventes d'albums c'est terminé, il faut changer. C'est sûr que comme la plupart des artistes, j'ai un certain inconfort avec des plates-formes comme Spotify qui finalement ne donnent presque aucune redevance aux artistes. J’ai un malaise avec ça. C'est sûr que les façons de faire des sous en 2017 avec la musique sont les spectacles et les éditions. Comme les diffuseurs sont plus frileux à programmer des artistes émergents, je pense que c'est à nous de montrer qu'on est capable d'attirer du monde. Bien travailler nos projets, trouver des outils qui vont faire sortir le monde, présenter le spectacle comme une expérience pour faire voir autre chose que juste une succession de chansons, trouver des concepts sont des solutions et l'une des avenues à prendre.

Qu’est-ce que vous cherchez aux Rendez-vous Pros des Francos?

Je travaille sur le Québec, le Canada et l'Europe. Plusieurs Européens viennent aux Francos Pros, donc je cherche à élargir le réseau en Europe. J'ai deux spectacles aux Francos, Sarah Toussaint-Léveillé et VioleTT Pi. Donc l’idée, c'est de convaincre des diffuseurs, divers partenaires de l'industrie de venir voir les spectacles, d'essayer de tisser des liens, de programmer des spectacles dans le futur, de développer les projets. C'est toujours un plaisir d'être là. On s'amuse aux Francos!

NDLR: Les propos de cette entrevue ont été condensés.