Véronique Grenier: manger, respirer, écrire

Difficile de ne pas avoir entendu le nom de Véronique Grenier au moins une fois. La jolie plume derrière le blogue Les p'tits pis moé, quelques brillantes chroniques dans Urbania et La Nouvelle et le livre Hiroshimoi, entre autres, a également le don d'attirer l'attention sur les réseaux sociaux. Entrevue avec une sensation du monde littéraire.
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Derrière la couverture – Point sur l'industrie du livre au Québec

On les voit passer ponctuellement. Des pourcentages menaçants, des coups de gueule percutants, des appels alarmants à se pencher au plus vite sur les problèmes de l'industrie du livre au Québec. Ce n'est pas une lubie, loin de là : depuis 2012, les ventes annuelles de livres neufs ont connu une baisse de 11%, soit de 74,1 millions de dollars. Mais quand on va plus loin que les chiffres, qu'en est-il vraiment? Les grands – et petits – joueurs tirent quelles impressions du milieu littéraire, dans lequel ils évoluent tous les jours? Tour d'horizon avec divers auteurs, éditeurs, distributeurs, conseillers littéraires, libraires (et alouette).

Véronique Grenier_ Marc-Étienne Mongrain

C'est en enseignant la philosophie au collégial que Véronique Grenier gagne sa vie. Comment s'est-elle retrouvée à tenir la plume (ou le clavier, plutôt) presque aussi souvent que la craie? «J'écris depuis vraiment longtemps en fait. Quand j'étais au Cégep, j'ai eu droit à un parrainage avec Hugues Corriveau, critique de poésie au Devoir. Il m'a introduite aux revues littéraires. Quand j'écrivais des textes, je les proposais à des publications. J'ai été publiée dans Le Sabord, Jet d'encre, XYZ, etc.» Une porte d'entrée extraordinaire, qui lui a donné envie d'étudier en littérature. «Finalement, j'ai réalisé que je n'aimais vraiment pas ça, explique l'auteure. Je me suis tournée vers autre chose, et j'ai continué à écrire on the side.»

C'est après la naissance de ses deux enfants que Grenier a commencé à explorer l'univers du blogue. «J'aime beaucoup cette plate-forme, ça me permet de jouer avec la langue. J'ai renoué avec l'écriture à ce moment-là.» Bien vite, cette passion retrouvée a allumé des feux un peu partout. «J'ai commencé à écrire des chroniques sur la santé mentale sur Urbania, et la réception des textes m'a donné envie d'écrire là-dessus.» L'auteure a proposé une idée d'essai sur le sujet à Boréal, qui s'est empressé d'accepter. 

Se mettre en scène

Saviez-vous que certains éditeurs observent maintenant les talents qu'ils convoitent sur les réseaux sociaux avant de signer avec eux? Véronique Grenier, qui peut s'appuyer sur un grand bassin d'admirateurs en ligne, avoue qu'elle s'en doutait. «Oui, avoir beaucoup de fans peut aujourd'hui aider à se propulser sur la scène littéraire. Personnellement, ça m'a aidée pour la diffusion de mes nouveaux projets. Plusieurs personnes attendaient déjà que je publie.» Et effectivement, son premier roman Hiroshimoi a eu droit à un super bel accueil.

Si être très présente sur les réseaux sociaux a permis à Grenier de créer une relation très chaleureuse avec certains lecteurs «On peut savoir ce qui a ému dans l'instantanéité!», elle avoue toutefois devoir gérer les inévitables trolls: «Disons que j'ai eu beaucoup de pratique avec Urbania. Je me suis fait dire tout et n'importe quoi: que j'écrivais comme un cochon, que je massacrais ma langue... Ça me demande beaucoup de patience, mais j'essaie d'être en dialogue. Je n'envoie chier ou je n'insulte personne, à moins que quelqu'un me demande d'aller me faire pendre. C'est déjà arrivé.»

Et l'industrie, alors?

De son point de vue, comment se porte l'industrie du livre? «Je n'en ai aucune idée. Selon les articles que j'ai lu, on avait perdu...hum, 1%? Sincèrement, je ne sais pas. Elle doit être un peu en santé. On a pris des initiatives comme la journée “J'achète un livre québécois” le 12 août... Je pense que la fameuse crise, la peur du numérique, n'est pas du tout venue ternir le livre papier. Mais je crois que ça pourrait aller beaucoup mieux, par rapport aux statistiques des gens qui lisent par exemple. On a encore du travail à faire. Si on crée des espaces pour emmener les gens à avoir le goût de lire, ça ouvre les horizons. C'est la prof en moi qui parle aussi: si on prépare bien la tête des gens, tout est capable de passer.»

Est-ce possible aujourd'hui de vivre de sa plume? Ça ne prend même pas une nanoseconde avant que Grenier s'exclame: «Noooon. À moins d'être un des 20 écrivains qui arrivent à le faire, c'est quasi-impossible. Je pense à David Goudreault, par exemple, qui n'arrête jamais. Il multiplie plein de projets. Sinon, écrire, ça se fait on the side, en espérant que ça marche bien.» D'après elle, qu'est-ce qui explique cette situation problématique? «Je pense qu'il y a plein de problèmes sous-jacents. Je ne veux pas dire ça, mais est-ce qu'on publie trop? Ce n'est pas normal que trop peu de bourses soient données chaque année. Des trucs chouettes ne pourront pas être faits, ou vont l'être dans un contexte beaucoup plus difficile.»

Malgré cette réalité peu réjouissante, Véronique Grenier compte-t-elle continuer à écrire? «Je n'écris pas pour ça. J'écris parce qu'il y a “manger, respirer, écrire”. On écrit parce qu'on a quelque chose à dire, pour montrer ce qu'on a dans le ventre. Je n'ai jamais su ce que je faisais, mais les livres me viennent. Si j'ai une permanence d'enseignante un jour, j'aimerais prendre des périodes pour écrire. Ça va se définir. Pour l'instant, je suis vraiment dans l'incertitude.»

Derrière la couverture – Point sur l'industrie du livre au Québec, un dossier à suivre chaque semaine. Lire les autres chroniques.