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L’Espace des Mêmes: au revoir événements culturels et art éclectique! - Baron Mag
La fin du mois de juin marque la fermeture du local éphémère cogéré par les organisateurs du festival SOIR ainsi que le collectif d’artistes Les Mêmes-Cacaïstes. Rencontre avec l’un des membres de ce quatuor d’art déjanté, Mathieu Deschênes, qui revient sur les aspirations à mettre sur pied le lieu haut en couleur et multidisciplinaire qu’a été l’Espace des Mêmes.

C’est aux portes de la Petite Italie, aux coins de Saint-Laurent et Beaubien, et se devinant difficilement derrière une grande baie vitrée, que l’Espace des Mêmes s’est niché de janvier à juin. Le lieu a été imaginé et emménagé afin d’accueillir divers événements en musique, art visuel, danse, théâtre, poésie, ainsi que tout artiste souhaitant tester un projet. 

«L’Espace a été voulu comme un laboratoire d’expérimentation, on invitait les gens à venir s’essayer, venir se planter, venir faire quelque chose», explique Mathieu Deschênes.

Derrière le concept, plusieurs personnes s’activaient presque bénévolement pour faire vibrer cette sorte de galerie-salle de concert hybride durant une poignée de semaines.

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SOIR s’est occupé de la gestion et de la programmation, tandis que les Mêmes-Cacaïstes ont souvent troqué leurs pinceaux et leurs idées farfelues pour une job davantage sur le terrain, «une job de technicien», précise Mathieu – tant pour réfléchir l’habillage du local que pour nettoyer, changer des éclairages, compter les canettes ou encore réparer des murs! «Ça a été une collaboration très organique entre SOIR et nous, indique-t-il, satisfait. Ce n’était pas une structure stricte non plus, on s’entraidait, on s’est partagé les événements et les tâches.»

Un pari risqué mais gagné

L’idée de créer un endroit disparate comme celui-ci s’était en quelque sorte imposé à Mathieu Deschênes et ses trois compères post-surréalistes, Jean-Benoît Duval, Martin Blanchette et Xavier Ford-Legrand.

Lorsque ceux-ci gagnent le prix du jury lors de la Foire d’art contemporain de Saint-Lambert en 2015, à leur grande surprise, Alexandre Taillefer acquiert leur vidéo débridé (et quelque peu dégueulasse) Concerto pour chair tendre, un vrai chef d'oeuvre d'absurde!

«On devait ensuite le rencontrer pour livrer nos ongles d’orteils, pour l’authentification de l'oeuvre, et on s’est dit pourquoi ne pas s’essayer à lui parler d’un projet de galerie», se souvient-il. 

Après s’être adonné à cette homologation inusitée, le quatuor fait part de son projet d’exposition. «Il nous a aidé en fait grâce à ses connaissances dans le domaine, il nous a aidé à vendre quelques tableaux et grâce à ça on a pu financer les débuts de l’Espace, puisqu’on réinvestit tout! » Il y a quelques mois, et avec uniquement des promesses de vente à l'époque, ils signent le bail.

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Mais si l’Espace des Mêmes fut pendant plusieurs mois une bulle hétéroclite d’arts en tout genre, c’est grâce au rapprochement entre les Mêmes-Cacaïstes et SOIR. 

La collaboration des deux équipes fait finalement naitre le projet en tant que lieu participatif destiné à se modifier incessamment selon les artistes souhaitant investir le local le temps de quelques heures ou quelques jours. «Puisqu’on avait participé à la première édition de leur festival en août 2016 et qu’ils souhaitaient un espace eux aussi pour organiser des activités, eh bien on cherchait la même chose!», relève-t-il. L’Espace des Mêmes a accueilli ces six derniers mois, entre autres, Organ Mood, Pénélope et Chloé, Alexandra Levasseur, CRABE, Lary Kidd, Rust Eden et Mort Rose.

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Le bilan est positif en cette veille de clôture, mais les risques financiers étaient bien réels au départ. «C’était un plan risqué, on ne pouvait pas être sûrs que ça allait lever, mais il fallait que ça marche!, se rappelle Mathieu. Surtout qu’avec SOIR nous avions trouvé le local très rapidement, donc il n’y a pas eu de campagne de sociofinancement.»

Se faire un nom et permettre aux arts émergents de rayonner

Même si les Mêmes-Cacaïstes tenaient à l’Espace une exposition par mois et y ont présenté l’une de leurs performances expérimentales, incluant lynchage à coup de tomates, dans le cadre du OFFTA début juin, ces derniers ont surtout offert l’occasion à d’autres artistes de la relève de se produire en public et de collaborer. «Ça nous a fait découvrir tellement de choses, de personnes, et on avait la chance d’être aux premières loges puisque c’était chez nous, dit-il. Le but c’était vraiment de les accueillir le mieux possible et leur donner de la liberté.»

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Mathieu Deschênes explique que si le collectif souhaitait «mettre son nom sur la map» grâce à cet espace qui portait (presque) son nom, ses membres ont dû délaisser leur pratique artistique habituelle. «On a tout de même réalisé des vidéos pour certaines promotions d’événements, on faisait des scènes de notre projet Concerto pour chair tendre, qui est une accumulation de plein de saynètes délirantes, en faisant participer les artistes aux tournages.»

De cette manière, les Mêmes-Cacaïstes sont à la fois devenus gestionnaires-techniciens en herbe d’un espace culturel, sans toutefois abandonner complètement leur vision artistique et leur humour.

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Les Mêmes-Cacaïstes continuent leur art cocasse

«C’est de l’art absurde, mais c’est très sérieux», décrit-il pour mieux nous laisser appréhender l’essence du collectif qui existe depuis 2013. La gang qui s’inspire joyeusement «de l’arrogance de Dali, de l’intensité du mouvement futuriste et de leurs contradictions» place la cohésion au centre de son processus créatif. Chacun est impliqué au même titre que les autres. Que cela soit lors de vidéos, d’installations, de performances ou encore lorsqu’ils peignent ensemble.

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C’est d’ailleurs cette même impulsion, cette envie de partage, qui les avait séduits à l’idée de mettre sur pied l’Espace des Mêmes. À la question d’un éventuel Espace des Mêmes #2, Mathieu demeure ouvert. «Pourquoi pas, mais ça prendra sûrement une autre forme. C’est sûr qu’on aime rassembler les gens, moi personnellement j’ai cette ambition-là, de faire rayonner la culture au Québec, j’aime ce genre de lieu inspirant et effervescent.» 

En attendant, il indique évasivement que les Mêmes-Cacaïstes s’apprêtent à retourner «dans leur grotte» pour créer, se tirailler et faire des niaiseries «avec rigueur». Mais leur grotte serait en fait une île dont la localisation est tenue secrète…

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Pour faire ses adieux au 6464 rue Saint-Laurent dans le même esprit underground que sa petite existence, un party de clôture est prévu ce jeudi 29 juin avec un concert de We Are Wolves. 

Les Mêmes-Cacaïstes se gâteront une dernière fois, puisque leur formation musicale Kipikipis performera. «C’est notre premier show, on n’est pas préparé, on n'a jamais pratiqué», prévient Mathieu. De quoi clôturer un bel endroit sur un nouveau pari absurde.

La grande finale @ L'Espace des Mêmes le 29 juin: événement facebook

Les Mêmes-Cacaïstes: site web | facebook | vimeo

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