L’intelligence artificielle (IA) change le monde à une vitesse fascinante. Les progrès de la recherche sont aujourd’hui phénoménaux et l’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus grande dans la société.

Si l’homme se résigne peu à peu et accepte ce nouveau paradigme dans certains domaines, d’autres peuvent paraître surprenants. On ne s’attend pas encore à voir le personnel d’un hôpital, les serveurs d’un restaurant ou les employés d’une entreprise remplacés par des robots. 

Au Japon, pourtant, une agence de marketing a recruté son premier directeur artistique robotisé baptisé AI-CD β. Cet employé est programmé de façon à proposer des nouvelles stratégies créatives pour la publicité et il est traité comme un vrai membre de l’équipe.Des robots, des assistants virtuels, des véhicules autonomes apparaissent ainsi peu à peu sur la scène du quotidien. Qui aurait cru à de tels progrès possibles il y a quelques dizaines d’années? On ne pouvait jusqu’alors que les rêver et les imaginer dans les œuvres de science-fiction. L’intelligence de l’homme risquerait-elle d’être prochainement remplacée par une intelligence supérieure?

Le premier robot directeur artistique AI-CD β (Artificial Intelligence – Creative Director Beta)

Le premier robot directeur artistique AI-CD β (Artificial Intelligence – Creative Director Beta)

En ce moment même, un programme d’intelligence artificielle de Google nommé AlphaGo est en train de combattre au jeu de go l’actuel meilleur joueur humain de 19 ans Ke Jie à l’occasion de l’événement The Future of Go Summit du 23 au 27 mai en Chine. C’est la deuxième fois qu’un humain se fait battre par l’intelligence artificielle. L’année passée a d’ailleurs été un moment historique à cet égard, car cette dernière a pour la première fois battu le joueur de go légendaire Lee Sedol, un événement comparable à la victoire de l’ordinateur Deep Blue contre le champion d’échec Garry Kasparov en 1997. On pensait pourtant qu’un jeu si complexe nécessitant de l’intuition ne pouvait être excellé que par une intelligence humaine…

C’est qu’aujourd’hui la technique de l’apprentissage profond (deep learning) a révolutionné le domaine de l’intelligence artificielle. À la fin des années 80 déjà, les chercheurs Geoffrey Hinton, Yann LeCun et Yoshua Bengio ont pressenti son futur, mais son utilisation ne s’est vraiment généralisée qu’à partir de 2012. Le deep learning est une technique d’apprentissage inspirée du fonctionnement du cerveau humain et basée sur des réseaux de neurones artificiels. Il permet à un programme informatique d’apprendre à identifier le contenu d’une image, de comprendre le langage. On fournit, par exemple, à l’ordinateur une quantité massive de données de ce qu’il doit faire et il est ensuite capable de générer sa propre compréhension intuitive afin d’exécuter la tâche apprise.

Le « deep learning » est une technique d’apprentissage inspirée du fonctionnement du cerveau humain et basée sur des réseaux de neurones artificiels.

Le "deep learning" est une technique d’apprentissage inspirée du fonctionnement du cerveau humain et basée sur des réseaux de neurones artificiels.

La recherche sur l’intelligence artificielle est une question d’ailleurs très actuelle au Canada. En septembre 2016, l’Université de Montréal reçoit la plus importante subvention de recherche de son histoire d’une valeur de plus de 93 M $ afin de soutenir la recherche en IA. Montréal devient ainsi un pôle international d’innovation dans ce domaine en espérant peut-être devenir une nouvelle mini-Silicon Valley de l’IA. Pour la première fois, se tenait également à Montréal le premier Forum Intelligence artificielle organisé dans le cadre de la conférence C2 Montréal, qui avait lieu du 24 au 26 mai dernier.

Yann LeCun, chercheur en intelligence artificielle et l'un des inventeurs du "deep learning"

Yann LeCun, chercheur en intelligence artificielle et l'un des inventeurs du "deep learning"

Bien que les progrès soient immenses, le chercheur pionnier et directeur de Facebook AI Research (FAIR) Yann LeCun nous rassure dans son texte Recherches sur l’intelligence artificielle présenté en 2015-2016 à la Chaire Informatique et sciences numériques du Collège de France à Paris que « nous sommes encore bien loin de produire des machines aussi intelligentes que l’humain, ni même aussi intelligentes qu’un rat ». Un ordinateur n’a pas encore les capacités de se remémorer, de raisonner, de prédire, de planifier, explique le professeur. Il n’a pas encore développé le sens commun, ni une intelligence générale qui permettrait d’acquérir des nouvelles compétences dans différents domaines. L’intelligence artificielle sublime et accroît ainsi l’intelligence humaine sans la substituer.