Passer le cap des cinq ans en tant que magazine indépendant au Québec tient du petit miracle, et l'équipe de Nouveau Projet compte le célébrer en bonne et due forme ce soir à la SAT, là où le tout premier numéro a été lancé.

C'est là l'un des nombreux clins d'oeil à ses origines qui parsèment le 11e numéro, le retour de l'actrice Sophie Desmarais sur la page couverture en étant un autre. Intitulé Croire, le nouveau numéro fait autant référence à l'impulsion de départ qui a fait naître Nouveau Projet en 2012 qu'à un renouvellement des intentions, 5 ans plus tard.

Couverture du premier numéro de Nouveau Projet

Couverture du premier numéro de Nouveau Projet

Nous avons discuté avec Nicolas Langelier, cofondateur d'Atelier 10 et rédacteur en chef pour dresser le portrait des fiertés, envies et défis de l'équipe du magazine, après 11 numéros, 10 essais parus dans la collection Documents, 12 Pièces, une boutique et une section audio.

«Derrière Nouveau Projet, il y avait cette intuition-là que les gens avaient encore besoin de papier et envie de textes plus longs, de textes plus en profondeur», ouvre Langelier. «C'était ce pari-là que le médium papier avait encore un rôle très important à jouer dans la diffusion des idées, et la chose extraordinaire c'est que les 5 dernières années nous ont donné raison à ce niveau-là.»

En effet, malgré certains magazines bien établis qui se voient réduire leurs publications papier ou migrer uniquement vers le numérique, ils sont également nombreux à avoir éclos sur le marché: Caribou, B-Side (dont le contenu est justement signé Atelier 10, la compagnie qui chapeaute le magazine), Trois Fois par jour et très bientôt, Planète F, pour n'en nommer que quelques-uns. Nouveau Projet laisse le choix de la plateforme à ses lecteurs: «On n'est pas du tout des extrémistes du papier. On offre tout en numérique, mais on le voit que la tendance ne va vraiment pas vers de plus en plus de numérique pour nos publications: les gens apprécient vraiment le papier.»

Qui dit imprimé dit aussi coûts élevés: vivre de l'édition au Québec relève du défi quotidien, et il faut mettre autant de créativité dans son contenu que dans la manière d'aller chercher des revenus. «Ce à quoi j'avais réfléchi très longtemps avant de lancer Atelier 10 et Nouveau Projet, c'était voir ce que pouvait être notre modèle d'affaires pour ne pas qu'on reproduise les mêmes erreurs que les autres médias et qu'on se retrouve confronté aux mêmes problèmes et qu'on soit obligé de fermer ou de passer juste au numérique, relate Langelier. Ce qui m'était apparu comme la solution, c'était d'entourer Nouveau Projet d'autres projets, qui amèneraient de l'argent à Nouveau Projet, qui donc le subventionneraient.»

Ainsi donc est née la collection Documents, une série d'essais où les auteurs prennent le temps de réfléchir à un enjeu, lié de près ou de loin à l'actualité, puis Pièces, en 2014, qui publie du théâtre à raison de quatre fois par année.

Toutes ces initiatives, ainsi que d'autres projets menés par Atelier 10, «subventionnent Nouveau Projet qui lui-même, n'est pas rentable. Le magazine lui-même coûte trop cher à faire [Langelier avançait cette semaine à La Presse qu'un seul numéro coûte 100 000$] pour un marché trop petit comme le nôtre, celui du Québec. Donc je ne m'attends pas à moyen terme que Nouveau Projet devienne vraiment rentable, même si les ventes sont bonnes, les abonnements sont bons. On vend tous nos espaces publicitaires aussi, on fait pas vraiment d'échange. Ça va bien, mais c'est juste que ça coûte très cher.»

Dans un contexte où les points de vente rétrécissent comme une peau de chagrin, où «Archambault a arrêté de vendre des magazines, Renaud-Bray a arrêté de vendre des magazines dans la plupart de ses succursales, les commerces de type Maison de la Presse ferment aussi», expose Langelier, «on est forcé de compter sur nous-mêmes de plus en plus.»

«L'abonnement, c'est vraiment la meilleure manière de soutenir Nouveau Projet et de s'assurer qu'on a des revenus réguliers qui rentrent, et qui nous permettent de remplir notre mission.» L'éditeur en chef en sait quelque chose: lors de la faillite de son ancien distributeur et des pertes monétaires de 80 000$ qui en ont découlé en 2014, une vague d'abonnements massifs, entre autres, a permis au magazine de se sortir la tête de l'eau. «Ça a été une prise de conscience pour certaines personnes de l'importance de soutenir Nouveau Projet directement, de s'abonner et tout ça, donc y a eu quand même des aspects positifs à cette chose-là».

Cinq ans plus tard, la couverture du 11e numéro de Nouveau Projet

Cinq ans plus tard, la couverture du 11e numéro de Nouveau Projet

L'équipe entourant Nouveau Projet compte 4 employés à temps plein, 2 employés à mi-temps et une nuée de pigistes en rédaction, visuels et correction. Atelier 10 compte également un nombre restreint d'employés et développe des projets avec l'expertise acquise avec le magazine. Ses spécialisations en création de contenu, visualisation de données, curation et édition, entre autres, sont mises à profit notamment dans le magazine B-SIDE (dont on vous parlait plus haut), et dans la nouvelle mouture du magazine de la Ville de Montréal, À Nous Montréal.

Depuis sa création, le magazine a mis le Québec au coeur de sa ligne éditoriale. «C'est pas du tout une question d'être narcissique, explique Nicolas Langelier, qui perçoit un besoin de traiter des aspirations des Québécois avec intelligence. C'est de dire: il y a un manque en ce moment, il y a une disparition, par exemple, de tout ce qui est presse régionale au Québec, qui est dramatique. Il faut en parler nous des régions, il faut aller les couvrir nous ces sujets-là, donc ça fait partie de notre mission.»

Pour ce faire, les formes choisies pour traiter l'information sont variées, passant de l'essai à la fiction, en touchant au passage la bédé-reportage, un style que Langelier est fier de contribuer à développer par le biais de Nouveau Projet. «Je pense qu'il faut chercher des nouvelles manières de raconter des histoires. Nous c'est sûr que c'est ça qu'on essaie de faire depuis le début, de raconter des histoires, mais je pense pour garder les gens un peu sur le qui-vive, et agréablement surpris, c'est important d'arriver avec des nouvelles formes et d'essayer de choses.»

Peut-être est-ce cette recherche formelle constante, ou encore cette volonté non-dissimulée de tricoter un Québec meilleur qui fait en sorte que tant de personnalités médiatiques et culturelles ont elles aussi adopté Nouveau Projet avec les années. «L'ambition derrière Nouveau Projet, ça a toujours été de devenir un point de convergence pour ces gens-là dans le domaine médiatique, mais dans toutes sortes d'autres domaines aussi, résume Langelier. Des gens qui partagent nos valeurs, notre désir de changement et notre désir de tirer vers le haut la production médiatique au Québec. Donc ça a vraiment été un grand honneur de voir les gens au fur et à mesure, au fil des ans, rejoindre notre réseau élargi et de pouvoir dire aujourd'hui qu'on peut avoir à peu près n'importe qui au Québec comme collaborateur. Il s'agit qu'on décide et en général ça va bien, les gens acceptent de collaborer à Nouveau Projet. Ça c'est extraordinaire, c'est un grand honneur, et en même temps ça facilite tellement la vie.»

Pour découvrir le nouveau numéro, et constater par vous-mêmes ce sentiment de communauté, rendez-vous ce soir à la SAT pour le lancement officiel du numéro 11, Croire, et la célébration de cinq ans d'activités imprimées.

Nouveau Projet 11 + 5e anniversaire

12 avril à la SAT (Montréal) dès 17h

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Crédit photo image d'en-tête: Nouveau Projet