«On arrive gentiment à saturation !» - Alexandre Stehlin, rédacteur en chef de Skartnak.com

Prochain arrêt, Montreux en Suisse, où on discute avec Alexandre Stehlin, le rédacteur en chef du webzine Skartnak.com. Le site, qui aborde la scène punk, hardcore et métal, a été fondé en 2001. «Le webzine existait déjà à l’époque où j’ai rejoint l’équipe en 2009. L’idée est venue en 2001, avec l’organisation de plusieurs concerts dans l’unique salle «alternative» que possédait la ville de Montreux et dont plusieurs membres sont originaires. Le but était de promouvoir la scène locale en permettant aux groupes de la région de pouvoir jouer avec des têtes d’affiche. La partie virtuelle de Skartnak.com a vu le jour en 2003. C’était en fait une version 1.0 qui servait à l’époque de plateforme d’infos et de promotion pour les concerts organisés.»

Bien vite, Skartnak.com a pris son expansion. «La partie organisation de concerts a été un peu mise en arrière-plan, et c’est en octobre 2006 que la partie webzine a vu le jour. L’année 2007 a vu l'arrivée de plusieurs nouveaux chroniqueurs au sein de la rédaction, qui participent activement à l'avancement du webzine en écrivant régulièrement des chroniques, couvertures d’événements, entrevues, etc. Pour ma part, j’ai repris le webzine depuis 2012 et les activités continuent malgré le nombre toujours plus réduit de contributeurs. Nous avons entre temps aussi ouvert une page Facebook et une chaîne YouTube.»

Les groupes locaux avant tout

Si l’évolution du webzine a été impressionnante, elle l’a été dans une lignée claire: «Le but a toujours été de donner un coup de main pour la promotion des groupes locaux, mais aussi aux organisateurs d’événements comme les associations ou les salles de concerts, et de donner des nouvelles de la scène musicale internationale. C’était un peu l’étape intermédiaire entre les magazines musicaux classiques qu’on pouvait lire une fois par mois, et les réseaux sociaux actuels où l’information est quasiment instantanée. Il y a également la section «Next Events» du webzine qui occupe une grande place (c’est la page la plus visitée du site), c’est là qu’on peut retrouver un agenda très complet des concerts en Suisse.»

Selon lui, quelle place prend le webzine dans le paysage médiatique de la Suisse? « Je ne sais pas si nous pouvons considérer avoir ou prendre une place dans ce paysage, mais peut-être que l’on peut offrir un espace d’exposition plus facile d’accès: chaque groupe peut proposer librement ses news et ses dates de concerts. Nous avons également de très bons contacts avec les salles de la région, ce qui permet à nos journalistes et photographes d’obtenir des accréditations en échange d’un peu de promotion de notre côté, ce que l’on fait bien volontiers. »

Entre toile et papier

Comment perçoit-il la vague de webzines et de blogues? «C’est une très bonne chose: il faut de la diversité et c’est positif de voir que les choses bougent. Cela montre que les différentes scènes musicales sont actives et qu’il y a un retour et un intérêt de la part du public. Après, il y a le risque de trop diluer l’information si les sources sont trop nombreuses.» Pourtant, le rédacteur en chef de Skarnak.com est loin de renier les publications plus traditionnelles : «J’ai été un grand lecteur de magazines mensuels, qui permettaient aussi de faire beaucoup de découvertes en proposant des disques sampler, et j’attendais avec beaucoup d’impatience les dernières news, les interviews.»

Une situation qui a inévitablement changé: «Aujourd’hui, nous sommes plus rapidement et sans doute mieux informés: les infos arrivent même généralement des groupes eux-mêmes et sont relayées quasi instantanément via ces nouveaux médias. Mais j’y vois aussi une sorte de concours de vitesse pour savoir qui sera le premier à sortir une news. Le format est court et privilégie l’interaction avec le lecteur, avec bien entendu le risque de créer des polémiques inutiles. En fait, c’est davantage les médias qui se sont adaptés aux nouvelles technologies plutôt que le lecteur qui a changé de source d’information. Globalement, même si je le regrette avec un peu de nostalgie, la couverture actuelle de la musique me semble mieux aujourd’hui. »

Être artiste indépendant, aujourd’hui

Selon Alexandre Stehlin, la plus grande difficulté pour un artiste indépendant est de réussir à sortir du lot. «On arrive gentiment à saturation il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui d’enregistrer des morceaux et de les mettre à disposition du public, avec une qualité plus que correcte. Autant les médias que les organisateurs de concerts n’arrivent plus à répondre à toutes les requêtes. Ça demande beaucoup d’investissement et de travail pour les artistes, tout en sachant qu’il n’y a pas forcément de récompense à la clé.»

A-t-il un conseil à donner aux artistes qui débutent? « N’ayant personnellement jamais eu beaucoup de réussite, je trouve un peu présomptueux de vouloir donner des conseils! Mais je dirais qu’il ne faut pas avoir la recherche de succès comme objectif et qu’il faut davantage bosser sur sa musique que sur son image sur les réseaux sociaux. Rien de pire à mon avis que les groupes qui passent leur temps à poster des «Big news dans une semaine!!» ou autre «Notre clip a atteint les 1000 vues». Sinon, toutes les propositions de concerts sont bonnes à prendre. En cas de refus, on ne pensera certainement pas à vous pour les prochaines opportunités. Et aussi, essayez de créer et de maintenir de bons contacts avec d’autres musiciens, toujours chercher à s’entraider et ne surtout ne pas commencer à se tirer dans les pattes.»

Crédit photo: Sandra Carlucci