«Mettez-vous la tête dans le sable!» - Nicolas Roy, journaliste musical à la pige - Baron Mag

«Mettez-vous la tête dans le sable!» - Nicolas Roy, journaliste musical à la pige

Incursion dans l'industrie de la musique indépendante. C'est en 2010 que le traducteur de formation a eu envie de lancer avec quelques amis son propre journal de bord en ligne, Flip ton vinyle, pour «écrire des commentaires et y mettre des photos, bref pour garder un souvenir des shows où on allait». Ce passe-temps est vite devenu une passion, qui allait finalement le propulser dans la montée des webzines et des blogues au Québec. Entrevue avec un mélomane averti.
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Comment un simple site a-t-il pu mener Nicolas Roy à se faire une place certaine dans la blogosphère? «Je travaillais à l'époque comme traducteur pigiste et j'ai rencontré les gars qui ont fait le site de la Scène 1425. Ils m'ont dit de m'essayer pour être collaborateur. Et voilà, j'écrivais pour eux!» Première chance pour Roy de s'essayer à un ton plus journalistique. «Avec Flip ton vinyle, j'étais très attiré par le côté littéraire de l'écriture. Je parlais de tout, sauf du show!»

Il faut croire qu'il s'en est bien sorti, puisqu'il est devenu un collaborateur régulier du site avant de se joindre à Ma mère était hipster et éventuellement, devenir pour un temps collaborateur et chef de pupitre musique pour le webzine Les Méconnus [NDLR: dont l'auteure de ces lignes est la fondatrice]. Des expériences diverses, qui lui ont permis de se faire une tête bien intéressante sur le monde des webzines et des blogues.

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Webzines et blogues vs argent?

Oeuvrer dans ce monde, est-ce l'équivalent de jeter son temps par les fenêtres? Si Nicolas Roy souligne les bénéfices d'une expérience enrichissante, il admet toutefois que ce n'est pas la direction à prendre pour faire de l'argent. « Personne ne peut raisonnablement gagner sa vie en écrivant pour un site. Tout le monde doit faire quelque chose d'autre pour survivre. » Une réalité qui peut mener à des choix difficiles. Parce que si la grande majorité (sinon la totalité?) des collaborateurs se lancent dans ce monde par passion, ils peuvent se buter à quelques obstacles. Comme le manque de temps et d'argent.

« Tout dépend de l'emploi, des conditions familiales. Si on a des enfants surtout. C'est une forme de sacrifice. Mes amis me disaient parfois “ Heille, on ne te voit plus! Qu'est-ce que tu fais? ” Ça peut devenir lourd si ça prend plusieurs heures par semaine. À un moment donné, la question se pose: est-ce que je ne serais pas mieux d'investir ce temps dans un contrat payant? Ça peut être tentant de lâcher son hobby et d'essayer de mettre du beurre sur la table. » Un peu comme a fait Nicolas Roy, qui propose aujourd'hui ses textes à la pige à des médias qui peuvent le payer, comme Le Huffington Post Québec, en continuant à occuper un emploi de traducteur à temps plein.

«C'est difficile d'être optimiste!»

En jetant un oeil sur la scène actuelle, Roy avoue que c'est presque impossible de ne pas être pessimiste. « On a tous appris la fermeture de DEP. Là, il faut que les artistes acceptent de sonner le glas de l'album physique. C'est difficile pour de plus en plus de raisons... Qui sont les joueurs qui vont disparaître en premier? Comme certains journalistes, beaucoup d'artistes doivent faire de leur travail un passe-temps, payé ou pas. Mais l'art à temps partiel, ce n'est pas optimal. Je ne sais pas si on vit la situation la plus dure en ce moment. » Parce que le problème vient surtout des gros changements dans les habitudes de consommation de la musique: « Aujourd'hui, les gens sont plus intéressés à écouter une toune qu'un album complet. Par contre, l'album est indispensable pour pouvoir présenter un spectacle. Le streaming ne rapporte presque rien... sans parler de l'offre exponentielle qui peut causer une angoisse au consommateur. » Bref, on n'est pas sorti du bois!

Malgré la situation difficile, vous avez envie de devenir la prochaine star du monde des webzines et des blogues musicaux? Selon Nicolas Roy, il faut vraiment se lancer par passion... sinon, ça ne vaut vraiment pas le coup. « Si tu veux écrire, il faut que tu veuilles être lu. Il y a des gens qui veulent écrire pour eux. Fine... Mais si tu veux faire carrière, l'important c'est d'être conscient de ce lectorat. C'est possible de se faire critiquer, démolir... C'est plus facile qu'on pense entrer dans ce monde: beaucoup de sites recherchent du contenu. Il faut peaufiner son style, lire énormément de critiques, se spécialiser.... Et continuer à écrire pour les bonnes raisons. Mettez-vous la tête dans le sable et go! »