Depuis quelques années, l’historienne Hélène Laforce profite de la retraite pour organiser des ateliers sur les polars scandinaves un peu partout au Québec. En 2015, Christel Durand et son groupe d’amis ont démarré le FIKA(S), le premier festival au Québec entièrement consacré aux cultures scandinaves. Pour les deux entrepreneures, le constat est le même: il existe au Québec un véritablement engouement pour la littérature et l’art scandinave.

Programme B

De la Suède à l’Islande, l’atelier La Scandinavie à travers ses polars explore les lieux mythiques qui parsèment les romans de Camilla Lackberg, Stieg Larrson ou encore Jo Nesbo. À travers des photos de voyages et d’extraits littéraires, Hélène Laforce décortique les cultures scandinaves derrière ses plus célèbres intrigues policières. En partenariat avec les Amis de la Bibliothèque de Montréal, Hélène Laforce s’arrêtera à la Bibliothèque Mercier le 26 novembre.

Hélène Laforce est tombée amoureuse de la littérature scandinave aussi tôt que dans les années 70. À cette époque, seuls quelques éditeurs français s'aventuraient dans la traduction complexe des langues nordiques. «Quand je les ai découverts, j’ai trouvé ça si différent du style policier britannique ou américain», se rappelle l’historienne. L’idée de donner des conférences sur le sujet s’est naturellement imposée au moment de prendre sa retraite comme professeur d’histoire au cégep Limoilou. «Lors des premiers ateliers, je parlais surtout des traces de la culture viking, puis, vu l’intérêt grandissant pour le genre, j’ai fait une transition vers les polars scandinaves. L’atelier cherche à capter l’essence et l’atmosphère de ces nations. Il sort des sentiers battus du tourisme traditionnel pour visiter des lieux précis mentionnés dans les romans.»

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Le FIKA(S), premier festival entièrement dédié aux cultures scandinaves au Québec, a fleuri au sein d’un groupe d’amis. «On ne savait pas du tout l’ampleur de l’intérêt que ça allait susciter. Ça nous a tous surpris», raconte Christel Durand, fondatrice du festival. Dès la première édition l’année dernière, la moitié des activités ont affiché complet alors que le reste des représentations effleurait le guichet fermé. Le café-rencontre sur les différentes astuces pour réussir un voyage en Islande a notamment fait salle comble. «Il faut dire que l’événement tombait la même année où Icelandair et WowAir ont commencé à offrir des vols à bas prix entre Montréal et Reykjavik», explique Christel Durand.

Le plus grand défi d’un tel festival s’est avéré le manque de notoriété des artistes présentés. «En musique, on prend un risque, car on présente des interprètes pour la plupart inconnus du public québécois», indique Christel Durand. Les grands noms comme José Gonzalez, Ane Brun et Agnes Obel commencent à faire des vagues, mais ce ne sont qu’une dizaine d’artistes qui parviennent à rejoindre les scènes québécoises chaque année. Le public doit donc être assez curieux pour découvrir facilement deux à trois artistes par soirée. À travers les événements, que ce soit à la soirée d’ouverture ou lors d’un cours de cuisine, «le public de Fika(s) est très large. Les spectateurs sont de tous les âges et de tous les intérêts.»

L’art scandinave interpelle l’imaginaire québécois sur plusieurs aspects. «C’est un univers qui nous ressemble. La température, l’impact de l’hiver, les rapports entre les hommes et les femmes, le rapport à l’alcool et d’autres préoccupations s’apparentent plus aux nôtres que celles des Français ou des Britanniques à certains égards», estime Hélène Laforce. «L’art de vivre scandinave, tout ce qui se rattache à la cuisine, au design et au bien-être attirent particulièrement nos festivaliers», observe Christel Durand.

La question politique, économique et sociale du discours littéraire scandinave est aussi intrigante pour un nombre grandissant de Québécois. Au FIKA(S), «la conférence de l’année dernière sur l’économie du Québec comparée à celles des pays scandinaves a affiché complet. Pour une conférence de ce genre, à saveur strictement économique, ça nous a étonné qu’il y ait autant d’intérêt», évoque Christel Durand.

La plupart des romans scandinaves sont plus qu’une critique sociale. «Ils versent dans un certain vague-à-l’âme, une véritable remise en question de la société. Les premiers romanciers scandinaves voulaient dénoncer les travers du système», croit Hélène Laforce. Henning Mankell a par exemple dénoncé les politiques discriminatoires de la Suède dans ses derniers romans policiers.

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Paradoxalement, les pays scandinaves sont perçus comme un idéal à atteindre en Amérique du Nord. «On idéalise beaucoup la social-démocratie scandinave ici» constate Hélène Laforce. «Chaque année, on voit ces pays se hisser au palmarès des pays où il fait bon vivre. Il reste que c’est davantage l’imaginaire scandinave qui plaît réellement, l’exemple qu’il représente entre autres en termes d’écologie, d’éducation et de féminisme. On va souvent dire qu’ils sont en avance sur les autres. L’idée qu’on se fait de ces pays est inspirante avant tout», renchérit Christel Durand.

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Longtemps relégué au rang de la paralittérature, le roman policier a retrouvé ses lettres de noblesse grâce aux œuvres de plusieurs auteurs nordiques. «La qualité de la langue et de la réflexion de certains polars a atteint le niveau de la littérature», estime Hélène Laforce. Une telle excellence artistique s’explique aisément par la grande valeur donnée à la culture dans les sociétés scandinaves. «Ils ont beaucoup plus de considération pour les écrivains et coupent moins en culture et dans les bibliothèques. Les romanciers sont érigés en monuments nationaux, figurent sur les timbres de la poste ou encore deviennent des symboles de la protection de leur langue», remarque Hélène Laforce. En Islande par exemple, à peine quelques centaines de milliers de personnes tiennent leur langue à bout de bras.

Autre fait intéressant, la parité est pratiquement atteinte chez nos voisins du Nord: presque autant de femmes que d’hommes s’adonnent à l’écriture. «Il y autant de personnes en Islande que dans la seule ville de Nice et pourtant la proportion d’artistes dans la population générale est hallucinante», s’étonne Christel Durand.

L’art scandinave fait rêver et l’engouement pour des événements comme l’atelier d’Hélène Laforce et le FIKA(S) confirment la tendance. Ces efforts collectifs font découvrir à la communauté des cultures à la fois assez exotiques et proches de notre quotidien pour que le public puisse s’identifier à l’idéal scandinave. Les billetteries et les ventes pour la «marque» scandinave ne sont pas près de dérougir dans la Belle Province. 

L’atelier «La Scandinavie à travers ses polars», animé par Hélène Laforce, aura lieu le 26 novembre prochain à la Bibliothèque Mercier dès 13 h 30. Inscrivez-vous gratuitement en appelant le (514) 872-8738.

Le FIKA(S) débutera sa deuxième édition au printemps 2017. Pour plus d’informations, consultez le site officiel du festival. 

Crédits photos: Maryse Boyce