Incursion design avec Zébulon Perron dans la bulle créative de la Red Bull Music Academy au Centre Phi à Montréal - Baron Mag

Incursion design dans la bulle créative de la Red Bull Music Academy

Née à Berlin en 1998, la Red Bull Music Academy (RBMA) agit comme un incubateur créatif dans les villes où elle s'arrête. Après Paris l'an dernier, Tokyo en 2014, et d'autres pôles créatifs comme Barcelone, São Paulo, Londres et Cape Town, Montréal en est l'heureuse hôte jusqu'au 28 octobre. Nous avons rencontré le designer Zébulon Perron pour une visite du quartier général et Many Ameri, cofondateur de l'Académie, pour nous parler de l'essence du projet.
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Salle de conférence. Crédit photo: Karel Chladek

Salle de conférence. Crédit photo: Karel Chladek

Pendant un mois, du 24 septembre au 28 octobre, 35 participants de l'académie (qui n'a absolument rien à voir avec Star Académie, s'il vous restait une once de doute) venus d'un peu partout dans le monde se font offrir des conditions rêvées pour créer de la musique. En marge sont offertes différentes conférences, en plus de plusieurs spectacles et activités combinant la crème de la scène locale et des sommités dans leur discipline musicale respective. Le but: brouiller les cartes pour favoriser d'autres avenues de collaboration.

Le Centre Phi, déjà très bien équipé pour ce genre de projet un peu fou, a été complètement métamorphosé: en trois semaines (et beaucoup de travail en amont), l'équipe chapeautée par le designer d'espaces Zébulon Perron a donné une autre impulsion au hall d'entrée et au salon, a donné vie à une salle de conférence à la fois intime, design et confortable, a créé de toutes pièces 10 studios de création sonore qui comprennent chacun une palette de couleur, du mobilier incorporant le vintage et le sur mesure et des oeuvres d'art qui leur sont propres.

Cuisine. Crédit photo: Karel Chladek

Cuisine. Crédit photo: Karel Chladek

À cet arsenal déjà impressionnant, on ajoute les studios de la radio de la RBMA, installés au 3e, un grand studio d'enregistrement pouvant accueillir chorale ou ensemble de cordes, et un quatrième étage revampé de mobilier blanc et de près de 200 plantes araignées, devenu pour un mois la ruche de toute l'équipe créative entourant l'académie: 120 personnes travaillant sans relâche au contenu et aux communications de cet événement à grand déploiement, dont 80 Montréalais.

« C'est un once in a lifetime experience, et c'est le but de la chose, s'exclame Zébulon Perron. Pour ces musiciens-là, ça change leur vie, ça change leur parcours. Tout est mis en place pour ça: le contact avec les géants de l'industrie, les conditions pour pouvoir faire de la musique. [Les gens de la Red Bull Music Acamy] sont très orientés détails, les petites choses: il y a beaucoup d'attention et d'amour qui a été donné dans le projet. »

À déambuler dans ces locaux créés spécialement pour l'occasion, ça ne fait aucun doute. « L'idée, c'est d'être à l'extérieur du temps, dans un univers protégé », résume Zébulon Perron à propos de son intention, de créer un « environnement éthéré » propice à la création.

L'un des studios de création sonore. Crédit photo: Karel Chladek

L'un des studios de création sonore. Crédit photo: Karel Chladek

Pour arriver à un résultat aussi cohérent, Zébulon Perron a travaillé avec Melissa Matos et Emmanuel Mauriès-Rinfret du collectif Trusst, qui ont agi comme commissaires. Ainsi, un grand nombre d'oeuvres d'artistes montréalais s'insèrent dans le décor comme autant de sources d'inspiration supplémentaires. « On a travaillé avec eux très près pour que l'art et les intentions de design, les intentions architecturales soient alignées. »

Dominique Pétrin, Béchard Hudon, Dominique Sirois, Elisabeth Picard, Jérôme Nadeau, Luc Paradis, Nik Mirus, Sabrina Ratté et Tyson Parks font donc partie des 22 artistes (ou duo d'artistes) dont les oeuvres ornent les mur de l'académie. Certaines oeuvres ont été d'ailleurs été créées in situ, spécialement pour l'occasion, dont celle de Dominique Pétrin ornant l'un des studios. L'oeil, peu importe où il se pose, a matière à se réjouir ou à être intrigué.

Un autre des studios de création sonore. Crédit photo: Karel Chladek

Un autre des studios de création sonore. Crédit photo: Karel Chladek

« Tout ça [est] mis ensemble pour faire un genre d'incubateur, un genre de safe space de création pure, sans pression spécifique, relate le designer. J'ai jamais vu un truc pareil: c'est pour ça que je suis content d'avoir eu l'occasion de piloter la partie design. Parce qu'il y a beaucoup beaucoup de matière au niveau de l'inspiration. »

Une occasion que Perron a failli refuser, par manque de temps, avant qu'un membre de son équipe et Many Ameri lui-même se chargent de le faire changer d'idée. Il a abordé ce mandat dans la même lignée que ses précédents: « C'est la même approche que je prends quand je dessine des restaurants, parce que c'est des projets d'ambiance. C'est des projets de mood et l'idée, c'est d'essayer de provoquer ou de favoriser des états d'âme ou des ambiances. Et donc de ce côté-là, c'était juste d'essayer de comprendre ce qu'il y a ici, de l'imaginer et d'apporter quelque chose qui serait stimulant et qui serait conséquent. »

Le lounge, où les plantes sont à l'honneur. Crédit photo: Karel Chladek

Le lounge, où les plantes sont à l'honneur. Crédit photo: Karel Chladek

Montréal, ville collaborative

Une fois la visite de l'espace terminé, on s'est assis avec le cofondateur de la RBMA Many Ameri, un concentré d'humilité, de passion et de douceur.

« Lorsqu'on sélectionne une ville hôte pour l'académie, ce qui nous importe avec le type de programmation qu'on fait et les événements qu'on tient, c'est de trouver un endroit où la scène musicale est diversifiée et où les publics seront intéressés à notre programmation, commente-t-il à propos du choix de Montréal. Notre programmation s'appuie sur des idées et des histoires, et moins sur des gros noms et des activités mainstream. » Évidemment, des noms tels qu'Iggy Pop ou Björk, qui sont toutefois invités dans des contextes particuliers, contribuent certainement à piquer la curiosité par rapport à la RBMA, même si celle-ci est de loin de se résumer à ces « têtes d'affiche ».

La diversité des publics était donc au coeur du choix des dirigeants de la RBMA, mais également la diversité des disciplines créatives en vigueur dans l'écosystème montréalais, et qui tiennent une place importante dans l'industrie de la musique de nos jours (autant la musique en tant que telle que l'image, l'animation et l'interactivité).

« L'une des raisons principales pour lesquelles nous faisons cette académie est pour favoriser la collaboration entre les gens. Et c'est presque cliché à quel point cette ville est collaborative », raconte-t-il en riant. « [Montréa] tire son épingle du jeu au niveau des productions créatives, mais c'est intéressant de constater qu'ici les gens comprennent que le véritable enjeu, c'est de créer des oeuvres ensemble, pas d'avoir la plus grosse part du gâteau. »

Si le travail d'adaptation du Centre Phi a pris trois semaines, l'équipe travaille en moyenne un an à un an et demi pour préparer la venue de l'académie. « C'est notre idée de créer une équipe locale, de créer quelque chose qui connectera la scène locale » différemment qui prend du temps, question de bien apprendre à connaître les acteurs de la ville hôte. « Les photographes, les cinéastes, les architectes, les designers graphiques: n'importe qui joignant l'équipe [de 120 personnes, dont entre 80 et 90 personnes sont d'ici] vient d'ici, et on prend beaucoup de temps à discuter avec les gens pour les trouver. »

Le 28 octobre, la Red Bull Music Academy quittera Montréal, laissant la ville comme à l'éveil d'un rêve agréable, se demandant si tout cela était vrai. Le Centre Phi retrouvera ses espaces tels qu'il les avait laissés, ce qui a été pris en compte dans la conception de Zébulon Perron: « Dans la façon que j'ai conçu la plupart des choses où je pouvais le faire, tout se défait en morceaux. Il y a un système mécano dans mon approche: c'était dans mes considérations techniques. »

C'est alors que la RBMA mesurera son impact. Pour Many Ameri, ce n'est pas dans la popularité des événements (tout de même souhaitable, ne s'en cachons pas) que le succès de l'entreprise réside, mais bien dans les projets et les collaborations qui émergeront de ce blitz créatif d'un mois. « Nos artistes viennent de 35 pays différents cette année, il y a des conférenciers incroyables et légendaires, mais aussi des artistes locaux qui collaborent et qui font des performances avec eux lors des concerts. Donc il y a des nouveaux liens qui se créent à ce moment-là, et des collaborations qui en résulteront. »

« C'est ce qu'on veut laisser derrière nous: une scène créativement stimulée et énergisée. Je ne crois pas que Montréal ait besoin de nous, mais je crois que nous avons quelque chose à offrir qui peut être intéressant pour les gens à Montréal et au-delà. »

-> Pour en savoir plus sur la Red Bull Music Academy: site web | facebook

-> Pour la programmation complète de la 18e édition de la RBMA à Montréal (jusqu'au 28 octobre)

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