Festival FRIMAT à Val-d'Or: Inclure la relève dans une Abitibi tricotée serrée - Baron Mag

Festival FRIMAT à Val-d'Or: Inclure la relève dans une Abitibi tricotée serrée

Alors que la douzième édition du festival FRIMAT bat son plein à Val-d'Or, on s'est entretenu avec la coordonnatrice Mélissa Drainville pour discuter de la relève et des nouveautés que nous réserve l'événement cette année.
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Lorsqu'on sait que FRIMAT signifie Festival de la relève indépendante musicale en Abitibi-Témiscamingue (FRIMAT), il n'est guère étonnant que le volet relève joue un grand rôle. La Vitrine de la relève, qui mettra en vedette 8 formations lors de deux blocs de prestations vendredi et samedi, est donc particulièrement mis de l'avant.

Si Mélissa Drainville se dit particulièrement enthousiaste de cette « année record » en terme d'inscriptions, il n'en a pas toujours été ainsi. « Il y a cinq ans, c'était difficile, raconte-t-elle. On avait un créneau très précis, c'était le français, et il fallait que [les groupes] viennent d'ici. » Après avoir fait le point avec l'équipe pour recentrer le mandat et s'entendre sur les moyens à prendre pour aider l'émergence musicale, le comité organisateur en vient à « permettre [aux groupes de la Vitrine] de chanter dans la langue qu'ils veulent, que ce soit en langue autochtone, en anglais, en français. Le but, c'est d'aider nos artistes d'ici, pour pas qu'on en échappe et qu'ils sacrent leur camp. » Le concours tient donc désormais deux volets: les enracinés pour les groupes demeurant en Abitibi, et les exilés, dont au moins un membre du groupe vient d'Abitibi mais n'y habite plus. Les deux catégories n'ont pas accès aux mêmes prix, mais le but avoué est de recréer des ponts entre l'Abitibi et sa relève.

Année record, qu'on vous disait. Alors que le concours présente normalement 6 groupes, le jury a décidé d'en présenter 8 cette année en raison de la qualité et de la diversité de l'offre présentée: Carapace, Gentilhomme, Rusted, Evil Prevails, Vertige, Les Iconoclastes, Sud Sud-Est et Véronique Trudel. Même si près de 75% des projets soumis n'ont pas été retenus, reste que le comité organisateur a pu constater la vitalité de la scène culturelle et que Mme Drainville se dit confiante pour les quatre prochaines années du concours. Le festival devrait donc se rendre au chiffre magique de 15 ans.

Assuré à 99% par une équipe de bénévoles composée d'environ 45 personnes, dont une vingtaine qui y travaillent à l'année, chaque édition du FRIMAT relève du tour de force. Le volet programmation est assuré par Corinne Larose, qui travaille pour l'étiquette hip-hop Disques 7ième Ciel. Malgré la multiplication de l'offre culturelle et de la compétition interrégionale, notamment avec la tenue du Festif à Baie-St-Paul la même fin de semaine, le FRIMAT a su tirer son épingle du jeu en concoctant 4 soirées aux ambiances très différentes.

Le festival s'amorçait mercredi avec une soirée intimiste avec Safia Nolin et Saratoga, alors que Jason Bajada, venu présenter son deuxième album en français, Volcano, et Michèle O. se produisaient hier. « Michèle O. elle vient d'ici, ça fait longtemps qu'elle a pas fait de shows, dit Mélissa Drainville, enthousiaste. C'est un bébé du FRIMAT », un retour aux sources inspirant pour les participants à la Vitrine. Vendredi, la salle Félix-Leclerc sera l'hôte d'une soirée toute en guitares avec Fuudge et Galaxie, toujours au moins aussi apprécié en Abitibi qu'il est énergique sur scène, ce qui n'est pas peu dire.

La journée de samedi, clôturant le festival, sera bien remplie: l'après-midi sera consacré à une formation avec Jessy Fuchs, de Slam disques, et un pique-nique musical, « une journée familiale qui s'appelle pique-nique musical, parce qu'on ne veut pas que les gens aient à se louer un enfant [pour y assister]! ». Ça se poursuit avec la deuxième partie de la Vitrine, puis le spectacle de Bernard Adamus, qui affiche complet depuis un moment déjà. Pour conclure la soirée, en plus du spectacle nocturne de Rouge Pompier, une belle nouveauté cette année: le FMR de nuit. Plutôt que d'organiser un after-FRIMAT pour ses bénévoles et organisateurs comme par le passé, la volonté d'inclure les festivaliers s'est faite sentir « pour recréer un lien. On a fait une association avec le Centre culturel, le Centre d'exposition et la Ville de Val-d'Or pour ouvrir un lieu qui est pas supposé être ouvert pendant la nuit, pour démocratiser des lieux contemporains en ajoutant plein de formes d'art. » Ainsi, le Centre d'exposition de Val-d'Or sera ouvert de 23h à 5h30 pour permettre aux festivaliers de célébrer avec bar à poutine, arts visuels, karaoké et autres surprises pour bien terminer l'événement.

« On s'est souvent fait [reprocher] que la culture était presque inexistante à Val-d'Or, et y a beaucoup de gens qui ont travaillé fort pendant des années pour être reconnus », admet Mélissa Drainville. D'où les interventions du FRIMAT pour placer des musiciens sur la 3e avenue durant le festival (notamment Guillaume Rivard et Nociception Music), et la volonté de tisser des liens entres les citoyens autour de la musique. Ainsi, la violoncelliste Massy Émond performera dans six foyers de personnes âgées pendant le festival. Le festival a aussi permis il y a quelque temps la rencontre d'ados et de personnes âgées, où tous étaient invités à écouter divers extraits musicaux, « de Rihanna à Michel Louvain », puis à discuter mélomanie et tranches de vie.

« Il y a de plus en plus de jeunes, mettons du cégep et de l'université, qui sont à l'extérieur pendant l'année, qui reviennent pour le FRIMAT pour se croiser. » Pour le comité organisateur, il s'agit d'une opportunité à saisir pour que ces jeunes se sentent inclus. « On les surnomme La Gang des beaux tannants », explique Mélissa Drainville en riant. « On crée de plus en plus de liens avec eux », autant pendant les spectacles que dans la logistique, notamment en les invitant à participer à la captation de l'événement.

Le FRIMAT, « c'est pas juste la relève musicale. On essaie toujours de créer des nouveaux ponts avec des gens, conclut Mélissa Drainville. Chaque fois qu'il y a quelqu'un qui lève la main, on essaie quasiment de faire un projet avec ça, de cibler qu'est-ce qu'il peut apporter au festival, parce que le mandat, c'est la relève, dans tous les sens. »

Le FRIMAT, jusqu'au 23 juillet