« Nous sommes à l’époque de l’auto-tout.» - Pascal Deslauriers, fondateur du blogue Boulimique de Musique - Baron Mag

« Nous sommes à l’époque de l’auto-tout.» - Pascal Deslauriers, fondateur du blogue Boulimique de Musique

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Connaissez-vous le blogue Boulimique de musique? « Passionné mélomane », de ses propres mots, Pascal Deslauriers a fait ses classes en tant que cofondateur de feu Les Frères du Son et en tant qu’animateur à CISM 89.3FM. « Aujourd’hui, je signe des chroniques musicales pour le magazine Longueur d’Ondes et j’anime une baladodiffusion, en plus d’entretenir mon blogue depuis 2008. »

Autodidacte pur et dur, celui qui gagne aujourd’hui sa vie comme responsable de la réception de marchandise pour un magasin de produits naturels et aliments biologiques à Montréal a un parcours peu commun derrière la cravate. « Trop impatient et endetté pour être étudiant, j’ai tout de même décroché une attestation de spécialisation professionnelle en lancement d’entreprise en cours de route. J’ai appris les rudiments de la captation audio tous azimut en touchant à la sonorisation, aux sessions studio derrière la console et au montage, en passant par la technique de scène et la régie radio. »

Et cette formation hors du commun, efficace? Quand on pense que Deslauriers tient à bout de bras Boulimique de musique depuis 8 ans, on peut en déduire que oui. Qu’est-ce qui l’a poussé à lancer ce nouveau site internet? « Motivé par l’absence de couverture de la musique qui m’interpellait dans les médias québécois à l’époque, je cherchais à véhiculer ma passion et mes connaissances là où le public cible se retrouve, soit l’internet. » Très vite, la mission est claire: « Faire rayonner l’émergence musicale, trop souvent méconnue, issue d’un peu partout sur le globe et offrir des découvertes musicales qui sortent des sentiers balisés à un public aventurier. C’est une courroie de transmission, un pont de plus entre les musiciens et les mélomanes. »

Boulimique de (toute la?) musique

Qu’est-ce qu’on retrouve sur le blogue musical? « La priorité est la musique en marge des grands courants populaires, qu’elle soit électronique, actuelle, hip-hop, classique ou rock, peu importe. Tant qu’on sente qu’elle est authentique, qu’elle fasse vibrer les cordes sensibles, bref, qu’elle ne soit pas faite seulement pour gonfler l’égo. » Un travail de titan, surtout pour quelqu’un qui ne peut y mettre tout son temps.

Les attaché(e)s de presse comprennent-ils la nuance entre journaliste à temps plein et blogueur à temps partiel? « Je me mets toujours plus de pression qu’il en faut, peu importe la tâche. Mais c’est certain que tout ce qui touche aux communications n’est certainement pas de tout repos. Il faut avoir une rapidité d’exécution, un souci du détail, si possible avec une approche qui accroche et être prêt à se faire critiquer, le tout pour presque rien. Ce n’est pas toujours facile à gérer! »

Comment perçoit-il les médias traditionnels? « Je crois qu’en grande majorité, ils jouent la carte conservatrice pour leurs cotes d’écoutes, afin d’attirer (ou retenir) les publicitaires, pour être rentables finalement. Ils sont confrontés à une nouvelle réalité sans savoir réellement s’y adapter; l’offre quasi infinie du web et son dynamisme. Face à sa mutation perpétuelle, son instantanéité et sa gratuité, comment faire autrement? »

Être un artiste indépendant, aujourd’hui

Aux premières lignes de l’émergence et de l’indépendance en musique, Deslauriers en a vu beaucoup passer au fil des années. D’après lui, comment se porte la scène musicale? « Nous sommes à la croisée des chemins à mon avis, vers une responsabilisation du consommateur payeur face à l’omniprésence de la musique. La recrudescence de popularité du format vinyle c’est bien, la cassette revient… Mais est-ce [que ce sont] des phénomènes passagers? Chose certaine, le format physique est encore convoité en cette ère dématérialisée: il faudra continuer d’innover, peut-être le réinventer… Les gens vont voir les spectacles, alors c’est au niveau promotionnel et évènementiel que l’industrie peut tirer son épingle du jeu. La diversité est incroyable, Montréal étant une plaque tournante au niveau musical! »

Lucide, le fondateur de Boulimique de Musique pense que rejoindre son public et l’aspect financier sont les points les plus difficiles quand on décide de se lancer en musique: « Il n’y a jamais eu autant d’offre, mais des questions demeurent. Est-elle plus grande que la demande? Le public est-il trop dilué dans un océan de possibilités de divertissement qui s’offre à lui et surtout, comment le rejoindre adéquatement? Est-ce que le socio-financement est la solution? Sommes-nous arrivés à cette prise de conscience, cette solidarité? » Que dirait-il alors un artiste qui débute? « Faites ce que vous aimez à travers ces tâches que vous appréciez moins, puisque nous sommes à l’époque de l’auto-tout. Essayez de votre mieux sans vous soucier du résultat. N’ayez pas peur d’oser, de faire exploser les conventions établies et l’avenir vous sourira! »