Les Bienheureux aux Écuries: chaises musicales pour le bonheur

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14 chaises, 15 personnes, 12 étapes pour le bonheur évoquant les Alcooliques Anonymes et une seule place au final: c'est la formule que nous propose la pièce Les Bienheureux, présentée dès ce soir au Théâtre Aux Écuries. Rencontre avec la metteure en scène Michelle Parent.

« Je parle du spectacle comme d'un amalgame, d'un mélange de plein de choses » résume-t-elle. D'abord dans la distribution, composée de cinq acteurs professionnels et de 10 non-acteurs aux prises avec des problèmes de dépendance. Puis dans les différentes disciplines au service de la pièce: vidéos tirées de YouTube, texte écrit par Olivier Sylvestre, à la fois homme de théâtre et intervenant, morceaux de textes tirés d'improvisations avec les participants et de vox-pops, ainsi que des chorégraphies et du chant.

C'est donc à un minutieux travail de broderie que s'est soumise la metteure en scène pour rattacher tous ces tableaux.

Le projet est né de l'invitation faite par l'auteur à Michelle Parent de venir donner des ateliers de théâtre dans son lieu de travail, le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal. Ce sont des individus de 22 à 82 ans, de toutes les couches sociales, qui ont répondu à l'appel depuis les débuts en 2012. « Il y a des gens dans le spectacle qui étaient là au tout début des ateliers. Il y en a à peu près 3-4 qui ont suivi depuis tout ce temps-là », raconte-t-elle. « Ça crée un changement de dynamique dans leur vie », un sentiment de fierté de commencer un projet et de le mener à terme, ainsi qu'un contexte où les rencontres sont saines.

Michelle Parent n'est pas art-thérapeute: « Je ne fais pas ça du tout, parce mes spectacles ne sont pas documentaires sur ce qu'ils vivent nécessairement. Mais l'art est thérapeutique, peu importe » conclut-elle, les yeux brillants. « Les gens s'autoresponsabilisent pour être aptes à être là au théâtre, et à être encore plus aptes quand le spectacle arrive, à être en forme. Donc ça a des beaux dommages collatéraux! »

La tyrannie du bonheur
« On s'entend qu'à la base, être heureux, c'est ça qu'on veut », affirme la metteure en scène en riant, qui en a toutefois contre « l'injonction du bonheur », « qui nous amène à penser que quand t'es malheureux, c'est de ta faute parce que t'en as pas fait assez ». « Même la fameuse phrase « quand on veut on peut », un moment donné ça a une certaine limite aussi! » Elle croit que ce discours du bonheur est égocentrique, parce qu'il évacue la solidarité sociale en positionnant chaque individu responsable de ses succès, mais également de ses infortunes.

« Pour moi, [cette quête se rapproche de] l'idée de la dépendance. Parce qu'on est dépendant à ça, à cet idéal-là, d'être comme tout le temps euphorique et dans le plaisir et au meilleur de soi-même, et spécial, et unique... » La quête est donc dépeinte comme telle dans le spectacle, « une dépendance que je veux aller dedans. Je fais tout ça à l'envers. C'est 12 étapes pour rester high»

Bien que la pièce ne soit pas documentaire, la présence de non-acteurs ayant des dépendances donne une toute autre résonnance aux répliques. « On le sait comme public, on le sait comme acteur, même si on n'en parle pas, on le sait. Si dans ma pièce la fille dit: « Je suis seule au monde », c'est son personnage qui dit ça, mais tu le reçois vraiment différemment que si c'est Anne-Marie Cadieux dans Lady Macbeth qui dit « Je suis seule au monde »», affirme Michelle Parent. « Les choses résonnent différemment: on se crée notre propre histoire parce qu'on entrevoit ce que ça peut être d'avoir ce problème-là. » Surtout quand la dépendance qui est dépeinte nous touche tous.

Les bienheureux
Aux Écuries
du 19 au 23 janvier
Mise en scène: Michelle Parent
Textes: Olivier Sylvestre et les interprètes
Interprétation: Cédric Égain, Julie De La Frenière, Xavier Malo, Véronique Pascal, Annie Valin et dix personnages recevant les services du Centre de Réadaptation en dépendance de Montréal
Une production de Pirata Théâtre

Crédit photo: recadrage d'une photo de Josué Bertolino et Marie-Ève Archambault