« J’ai voulu créer un site qui parle de musique de qualité. » - Nicolas Pelletier, fondateur et rédacteur en chef chez RREVERB - Baron Mag

« J’ai voulu créer un site qui parle de musique de qualité. » - Nicolas Pelletier, fondateur et rédacteur en chef chez RREVERB

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Chroniqueur musical depuis décembre 1990, Nicolas Pelletier baigne depuis longtemps dans l’industrie. « J’ai débuté au journal étudiant de mon Cégep et n’ai jamais arrêté de publier des critiques de disques et de concerts depuis ce temps. D’abord pour différents médias (dont emoragei magazine et enMusique.ca), puis, dans mon propre site, RREVERB.com. » Pelletier est si prolifique qu’il a même lancé en 2013 un recueil à compte d’auteur en deux tomes contenant des centaines de ses meilleurs textes, listés de manière chronologique: Les perles rares et les grands crus de la musique.

Le 30 avril dernier, il a créé son propre webzine: RREVERB. Pourquoi se lancer dans cette aventure? « J’ai voulu créer un site qui parle de musique de qualité, qui inclut une vaste palette de styles musicaux (autant de jazz, de folk, de reggae, de pop, de soul que de rock indépendant et de classique), pas seulement concentré sur les nouveautés de la semaine. Ça n’existait pas, alors je l’ai créé. Dès les premières semaines, plusieurs se sont joint à l’équipe. Nous sommes maintenant 9 blogueurs mélomanes, plus 2 collaborateurs amicaux à l’étranger (France, Belgique). RREVERB est dévoué à la musique de qualité, dans tous les genres et de toutes les époques. Nous cherchons à accompagner les mélomanes dans leur recherche de bonne musique. On y trouve que le meilleur de la musique. Notre dicton est d’ailleurs " RREVERB – Que de la musique qui fait vibrer." »

Aller à contre-courant

Dans un monde médiatique où tout va toujours plus vite, où le rythme devient de plus en plus frénétique, Nicolas Pelletier se positionne à contre-courant. « On a souvent l’impression que les médias culturels n’en ont que pour les sorties de la semaine, que les albums sont rapidement délaissés au profit de la course folle des nouveautés. Chez RREVERB, nous pensons que la musique de qualité vit plus qu’une semaine. Un disque qui touche nous accompagne longtemps. Des années! »

Concrètement, RREVERB est extrêmement sollicité, tout comme la plupart des médias. « On croule littéralement sous les disques. RREVERB reçoit environ 150 albums par mois, en plus des trouvailles de certains collaborateurs dans des secteurs qu’ils connaissent bien. On les écoute tous, mais ça prend parfois du temps! Nous recevons de très nombreuses invitations pour des lancements d’albums et concerts. Ça prend des mélomanes dévoués pour passer à travers ces montagnes de disques (vive le numérique – tellement plus simple à gérer) pour chercher les perles rares et les faire connaître. »

Comment un média qui choisit la qualité plutôt que la quantité aborde-t-il la couverture d’une scène musicale, autant locale qu’internationale, plus que luxuriante? « Chaque écoute est faite de façon totalement « vierge »: sans lire le communiqué de presse, sans regarder les clips, sans se soucier si l’artiste est populaire ou si la chanteuse est jolie. On fait PLAY, de la première piste à la dernière, évaluons si cette musique est bien faite, avec recherche, authenticité, etc. Pas d’idées préconçues, ni de snobisme contre les artistes populaires. Pour ce qui est des perles rares et des grands crus, on pige dans nos collections personnelles. J’ai personnellement plus de 20 000 albums (aucun download illégal) et plus de 5,000 textes en banque. »

À travers cette panoplie de choix, de suggestions, comment RREVERB arrive-t-il à faire une sélection? Avec une direction très claire. Mais surtout, l’amour pour la musique. Le coup de cœur. « Nous couvrons trois types d’albums: les nouveautés, les perles rares et les grands crus. Personne dans la réalité n’écoute que des nouveautés. On a souvent envie d’écouter notre coup de cœur actuel, mais aussi de ressortir un bon vinyle de The Smiths, retrouver PJ Harvey et dépoussiérer « Meddle » de temps en temps. RREVERB fait exactement cela: on mêle des grands crus aux nouveautés, comme un auditeur dans sa collection d’albums. On fait aussi la lumière sur des perles rares, c’est-à-dire d’excellents albums qui sont passés sous le radar. Soit parce qu’ils viennent de cultures musicales différentes, soit d’époques ou de genres différents. Je veux que chaque article de RREVERB donne le goût d’écouter l’artiste dont on parle. »

De la qualité, que de la qualité

La ligne éditoriale est claire: parler de qualité. Pas de préjugé, qu’une écoute attentive. « Je crois que RREVERB apporte essentiellement deux choses. D’abord, un espace où la musique de qualité a sa place, en évacuant le star-system et les chanteuses à moitié nues qui captent toute l’attention. Ensuite, RREVERB touche à tous les genres de musique (même la pop – parce qu’il y en a de la bonne). La plupart des blogues de musique sont spécialisés dans un seul genre (beaucoup en indie rock, certains en chanson francophone, d’autres en jazz, etc.). Nous plongeons aussi dans le passé, dans les autres cultures. »

Une approche différente, qui permet aux lecteurs de découvrir de nouveaux aspects de la musique. « Je me rends compte que plusieurs personnes restent limitées à un créneau, à un style musical, à une poignée d’artistes. Il faut parfois qu’un ami éclaire le chemin (d’où le concept des allumeurs de réverbères, sur le chemin des découvertes musicales, d’où vient le nom du site) pour avancer, découvrir de nouveaux artistes. Rien de plus satisfaisant que de découvrir un artiste (en concert ou sur disque) dont la musique nous bouleverse, nous touche ou nous impressionne. Ce « wow » est une sensation profonde qui créé un lien très fort entre la musique et l’auditeur. »

« Travaillez fort! La bonne musique, ça ne se fait pas tout seul. »

En étant confronté à un monde où la musique peut être créée très facilement, comment un artiste indépendant peut-il se démarquer? « Je constate que plus de monde écoute plus de différentes musiques que jamais auparavant. Il est très facile de découvrir de nouveaux artistes, par ce que nos amis partagent sur Facebook, par les vidéos suggérées sur YouTube, ou encore en cherchant un peu sur les sites comme BandCamp ou SoundCloud. C’est donc plus facile pour les indépendants de diffuser leurs créations. Par contre, il y a beaucoup de musiciens qui tentent de se faire entendre, ce qui créé une immense jungle. La tarte financière est fragmentée en des milliers de (petites) pointes, ce qui rend difficile de rejoindre une masse critique d’auditeurs qui permet d’espérer en une certaine rentabilité. »

« Soyez remarquables si vous voulez être remarqués! Pas seulement par votre musique (clairement le plus important, avec la prestation scénique), mais aussi par votre approche des médias. Des albums, il en sort 30 par jour. Posez-vous la question: pourquoi écouterait-on le vôtre? Trouvez votre angle, montrez votre personnalité, racontez votre histoire... Vous êtes des artistes, soyez créatifs! Faites-vous aider (tout en restant fidèle à ce que vous êtes) si les communications ne sont pas votre tasse de thé: vous y gagnerez. Et travaillez fort! La bonne musique, ça ne se fait pas tout seul! »