Isabelle Hayeur à la Biennale de Montréal: la projection Murs aveugles est suspendue - Baron Mag

Isabelle Hayeur à la Biennale de Montréal: la projection Murs aveugles est suspendue

Author:
Publish date:

La projection architecturale Murs aveugles d'Isabelle Hayeur, une des pièces vedettes commissionnées par la Biennale de Montréal, avait été suspendue à la fin de la semaine dernière, et vient d'être annulée définitivement. La projection, qui avait lieu sur le mur jouxtant la station de métro St-Laurent, fait partie du réseau permanent de projection du Quartier des spectacles, et appartient au restaurant Bon Blé Riz. La propriétaire, d'origine chinoise, Mme Ihow, refuse que la projection se poursuive en raison de la présence de feu dans la vidéo. Ce symbole porte pour sa communauté une connotation de malchance, et un incident de vandalisme sur son commerce la fin de semaine dernière, qu'elle associe à l'oeuvre vidéo, l'amène à refuser une reprise de la projection.

« C'est vraiment plate, parce que j'étais assez contente de cette pièce-là et tout le monde l'aimait beaucoup », expliquait l'artiste jointe par téléphone vendredi dernier. « J'ai travaillé ben ben ben fort », laisse-t-elle échapper avec un rire amer, ayant tout juste eu le temps de documenter son oeuvre dont la vidéo est disponible ici.

« Nous sommes forcés de retirer l'oeuvre, malheureusement, et ce n'est pas de gaieté de coeur », lance Marie-Joëlle Corneau, conseillère principale en relations publiques du Quartier des spectacles. « On comprend toutefois l'artiste de ne pas vouloir modifier son oeuvre. » La décision de retirer l'oeuvre s'est imposée pour l'organisation, puisqu'une reprise de la projection aurait pu mener à l'interdiction permanente de la propriétaire de projeter sur sa façade.

« Notre plan B, ce serait que je puisse avoir la chance de refaire une oeuvre, pas à cet endroit-là, mais à un autre site du Quartier des spectacles, expliquait Isabelle Hayeur vendredi. Je ferais cette oeuvre-là d'ici un an », une proposition de la directrice générale et artistique de BNL MTL Sylvie Fortin vendredi dernier à l'annonce de la situation problématique. C'est la conclusion qui vient tout juste d'être confirmée, à l'issue d'une rencontre impliquant l'artiste, la Biennale et le Quartier des spectacles ce midi. L'oeuvre devrait être présentée en 2015.

Murs aveugles, qui traite du mouvement Occupy Montreal/Occupons Montréal qui se tenait en 2012 au Square Victoria, comprend beaucoup d'affiches et de slogans. « Quand Sylvie [Fortin] m'a approchée pour faire une oeuvre in situ, l'idée qui m'était venue c'était de travailler sur la gentrification. » La première mouture du projet, trop finement texturée, n'a pas donné les résultats escomptés aux tests de projection: « On ne voyait rien! » Isabelle décide donc de sortir de sa zone de confort et de créer une oeuvre très saturée et contrastée. « Il fallait que je m'installe dans un langage qui n'était pas tout à fait le mien au départ. Finalement, j'ai eu beaucoup de plaisir à faire ce projet-là. Pour moi, c'était aussi une manière d'avoir un statement politique plus affirmé. »

Une autre projection in situ d'Hayeur comprenant des scènes d'incendie à l'Olympiade culturelle de Vancouver avait failli susciter la controverse: « C'était dans un édifice désaffecté dans le centre-ville et je simulais un incendie, raconte l'artiste. Pour une question de sécurité, les pompiers se sont opposés à ce que je présente l'oeuvre, mais on a discuté avec eux et ça s'est bien passé. » À la différence de la présente situation, Isabelle Hayeur avait signalé à la commissaire la possibilité de réactions délicates avant la première, ce qui avait permis de calmer le jeu en amont. Dans le cas présent, ni Hayeur ni la commissaire de la Biennale n'avaient vu de possibilité de litige.

Deux oeuvres de Hayeur, créées spécialement pour la Biennale, sont toujours présentées. Elles résultent d'une résidence faite au printemps 2013 à la Nouvelle-Orléans, où l'artiste s'est promenée dans des quartiers marqués au fer rouge par la pauvreté et la présence des raffineries de pétrole. Aftermaths, c'est « une vidéo assez contemplative qui montre ces paysages-là qui sont des paysages assez tristes, raconte l'artiste. C'est une critique écologique ». L'autre, Bayou Terrebonne 01 et 02, présente « des photos aquatiques; ça fait partie d'un projet sur lequel je travaille depuis plusieurs années. C'est une série de photos qui s'appelle Underworld. Je travaille avec un caisson aquatique, je mets mon appareil-photo dedans et je vais dans l'eau et je fais des photos à partir du niveau de l'eau. » Le résultat, mi-aquatique mi-terrestre, étonne. « Souvent, ce que je trouve intéressant mais qui en même temps est très triste, c'est que toute la saleté reste collée sur mon caisson donc je photographie à travers la crasse. » Les photos deviennent donc abstraites, ironie d'une pollution pourtant bien concrète.

Isabelle Hayeur
À la Biennale de Montréal, jusqu'au 4 janvier 2015.
Bayou Terrebonne 01 et 02 (photos), Aftermaths (vidéo) et Murs aveugles (projection architecturale in situ, annulée)

Photos courtoisie d'Isabelle Hayeur.

Cet article a été modifié de sa version originale le 29 octobre à 9:39