« Essayez de vous tailler une place avant de cogner aux portes! » - Olivier Sirois, fondateur et gérant chez Opak

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Connaissez-vous Opak? C’est une agence de gestion d’artistes, qui représente autant des musiciens, des comédiens que des acteurs. Côté musique, on retrouve des noms comme Marie-Pierre Arthur, Miracle Fortress, Random Recipe, Patrick Watson, The Barr Brothers, Plants & Animals, Mozart’s Sister et de nombreux autres. Ce qui démarque Opak des autres? Son goût pour le risque calculé. « Nous nous nourrissons des idées folles de ceux avec qui nous travaillons. Nous présentons visiblement un penchant pour la prise de risques mais rassurez-vous, ce que nous faisons, nous le faisons bien. »

Pour Olivier Sirois, fondateur et gérant chez Opak, l’amour de la musique a toujours côtoyé celui de la gestion. « J’ai organisé mon premier concert à l’âge de 14 ans – j’étais dans des groupes de musique, mais j’ai vite réalisé que j’étais plus habile avec Excel qu’avec ma guitare - et je n’ai jamais vraiment arrêté depuis. Après des études en économie et en finance à McGill, j’ai suivi mes amis qui se dirigeaient sur Wall Street… Pour débarquer sur 42nd Street, dans une agence qui représentait des musiciens, auteurs et acteurs. Le concept de représentation est à la base de ce qu’on fait chez Opak, et c’est là que j’ai appris. À mon retour de New York, j’ai continué à amasser de l’expérience en agence et en production, pour finalement fonder Opak. »

« Nous sommes le tremplin de nos artistes… »

Si la boîte reçoit de 5 à 10 demandes de gérance et/ou autres par mois, elle accueille généralement une nouvelle recrue aux deux ans. Le fondateur d’Opak est catégorique: il doit ADORER la musique d’un artiste pour avoir envie de travailler avec lui. « Pour moi, ça commence avec la musique. Puis les personnes. La relation artiste/gérant est fusionnelle: je dois être heureux (ou en tout cas pas trop gossé) de voir leur numéro de téléphone apparaitre sur mon afficheur à 4h du matin. Et ça c’est possible seulement quand on aime réellement la personne à l’autre bout du fil. Plus personnellement, j’aime voyager pour mon travail. L’art de mes artistes doit avoir un attrait international. J’aime mieux travailler avec un nombre restreint de personnes, mais être certain de cet aspect. »

Cet appréciation totale de la musique (et de l’individu) donne visiblement envie à l’équipe d’Opak de faire des pieds et des mains pour permettre à leurs musiciens d’avancer. « Nous sommes le tremplin de nos artistes vers la réussite de leurs ambitions... C’est têteux, mais la bonne gérance, c’est ça. On fait avancer les choses pour arriver à des buts précis, réfléchis. La différence entre un artiste qui réussit et un qui échoue ne se situe pas seulement au niveau du talent (quoi que ça aide!), mais beaucoup dans la capacité à avoir une vision, à aller au bout de ses idées et de les accomplir. Nous on les accompagne là-dedans, à coups de pied dans l’cul quand il le faut! »

« Personnellement, je me tiens loin des médias en général. »
Sirois travaille en coulisses et n’a pas du tout envie de sortir de l’ombre. « Personnellement, je me tiens loin des médias en général. En fait je fais très rarement ce que vous me demandez en ce moment... La job d’un gérant, c’est de jouer derrière les coulisses. Pas d’être en avant-plan. » De son point d’observation, le gérant a par contre pu se faire une opinion précise sur la couverture médiatique de l’industrie musicale.

« Chaque média est différent. Il y autant une différence à l’intérieur de la couverture conventionnelle (Le Devoir vs Journal de Montréal, par exemple) ou entre une publication plus actuelle et une autre. C’est donc du cas par cas. » Même son de cloche du côté des blogues et webzines, qui pullulent de plus en plus: « Le monde de la musique est en mouvance depuis tellement longtemps: ces publications suivent la vague de l’industrie. Avec le temps, il y en a qui s’imposent et deviennnte de vrais outils pour la diffusion de la musique. Puis il y a les milliers d’autres qui ne font pas le poids. Pour nous, chez Opak, ça veut dire d’être à l’écoute, et de savoir discerner le sérieux du... moins sérieux. »

« Il y a beaucoup plus de joueurs… »
Quand on lui demande comment se porte la scène de la musique indépendante, Sirois n’hésite pas: « Très bien. Il y a beaucoup plus de joueurs, le terrain de jeu est beaucoup plus gros, et la perception du public est définitivement plus accueillante. On ne parle plus d’un genre réservé aux amateurs de musique pointue. C’est aussi plus compétitif: pas évident d’y faire sa place. » La compétition féroce favorise malheureusement les difficultés. Selon lui, la plus problématique? « L’argent. Comme dans pas d’argent. »

Pour y arriver, percer, comment l’artiste indépendant peut-il s’y prendre? « Essayez de vous tailler une place avant de cogner aux portes des gérants, labels, bookers… Il y a beaucoup de travail à entreprendre pour développer la carrière d’un groupe ou d’un artiste et de toute évidence, les gens dans ma position aiment voir arriver un projet déjà en branle. Aussi infime que ce soit. Ça permet à l’artiste de faire ses classes, d’acquérir de l’expérience et de mieux comprendre mon travail et celui des autres. »