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Si on parlait d’architecture - Baron Mag

Si on parlait d’architecture

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Comme dans bien des professions liées au design, l’expertise et la valeur ajoutée que peuvent amener les services d’un architecte sont souvent méconnues. S’il n’est pas, ici, question d’exposer les divers services que promulguent les architectes, on s’interroge plutôt à savoir pourquoi bien des gens ne font pas davantage appel à l’expertise de ces derniers. Question de publicité ? de notoriété ? de culture ? La recette est complexe, mais nous vous partageons les ingrédients qui, à nos yeux, semblent essentiels à la promotion de notre travail.

La connaissance

Pour amener les individus et sociétés à confier leurs projets à des architectes, il est d’abord primordial que le domaine soit davantage connu et compris. Bien qu’au Québec il existe de plus en plus d’expositions et de conférences traitant des différents enjeux des domaines du design, nous commençons trop tard à parler d’architecture. Pourquoi ne pas en parler dès la petite école ? Si au Québec la place de l’architecture dans l’éducation est encore timide, ailleurs d’autres initiatives voient le jour. En France, un projet pilote a été développé initiant des élèves du primaire par des journées thématiques, jeux et activités interactives. Le projet connaît un grand succès entre autres parce le matériel utilisé est conçu en lien direct avec les intérêts et compétences de ce groupe d’âge. Pourquoi ne pas intégrer graduellement cette discipline comme notion complémentaire aux matières actuellement en place ? Après tout, l’architecture est intimement liée à l’histoire ou encore la sociologie, puisqu’elle évoque de façon très éloquente les situations politiques, financières et sociales que traverse une société.

Les besoins 

Pour qu’un produit ou service soit consommé, il faut nécessairement que quelqu’un le réclame. Cela implique qu’il soit d’une part nécessaire et d’autre part accessible. La nécessité d’intervention de l’architecte dans nos projets pourrait être davantage soutenue par différents programmes et règlementations. Les cadres législatifs de plusieurs pays d’Europe demandent une implication des architectes et designers dans un spectre plus large de travaux. C’est le cas des programmes incitatifs à la tenue de concours d’architecture ou aux obligations d’avoir recours à un architecte, même pour les projets résidentiels. Au Québec, l’étendue de l’implication des architectes n’est pas aussi large et dans l’esprit de plusieurs, leur expertise est réservée à des projets d’envergures. Pourtant, leur formation les prépare à œuvrer dans des projets à échelles variables, allant de l’objet au projet de grande envergure.

L’accessibilité pourrait quant à elle être facilitée. Les coûts de projets sont au cœur des préoccupations des éventuels clients. Certains préjugés ont la vie dure et une des idées préconçues est que les honoraires et projets d’architectes coûtent trop cher. Pourtant, le recours à un architecte assure une mise en concurrence des différentes entreprises qui interviennent dans le projet assurant le respect du budget du client. L’architecte, bien que soucieux de l’esthétisme et de la fonctionnalité de ses réalisations, a pour rôle premier de trouver des solutions ingénieuses en accord à la fois avec les attentes et les limites déterminées par le donneur d’ouvrage. Avec sa connaissance des matériaux et types de construction, il peut élaborer des solutions novatrices sur mesure qui font concurrence aux alternatives habituelles.

Le rayonnement

Finalement, pour susciter un désir d’architecture auprès du grand public, il faut s’assurer de la faire rayonner. Les aspects positifs d’une architecture de qualité ont été démontrés par de nombreux experts. Des bureaux bien aménagés augmenteront la productivité des employés, une maison adéquatement conçue accroîtra le bien-être de ses occupants, une école agréable limitera le décrochage et renforcera l’intérêt des étudiants, pour n’énumérer que quelques exemples. Sans parler des solutions vertes développées pour diminuer les consommations énergétiques des bâtiments. Il s’agit maintenant de rendre disponibles tous ces résultats. Organiser une meilleure communication en misant sur la participation des différents médias et du public est essentiel. À ce niveau ; L’union fait la force. Les biennales de Venise en sont un bon exemple. On les appelle aussi les Olympiques de l’architecture. Il s’agit d’un rendez-vous mondial durant lequel les différents professionnels de plusieurs pays s’échangent leurs idées et savoir-faire techniques. Ces compétitions saines exposent l’architecture de qualité et augmentent la visibilité des possibilités qui s’offrent aux publics en termes de projets de constructions. Certains regroupements au fil du temps ont aussi démontré qu’en s’unissant, les architectes augmentent leur pouvoir de persuasion. C’est le cas de Team 10, un groupe de 10 architectes réunis dans les années 60 et dont la compilation des travaux, sous forme de publications, leur a permis d’exister médiatiquement et de transmettre leurs idées au public. L’union fait la force lorsque des architectes s’unissent entre-deux, mais aussi lorsque les professionnels de plusieurs disciplines et les citoyens s’unissent. C’est le principe du design participatif, qui consiste à exposer un projet à un groupe formé de résidents et commerçants du secteur touchés par les travaux. Les professionnels de l’industrie du design, travaillent alors de concert avec les citoyens pour le développement de projet qui leur ressemblent. Cette stratégie, en plus d’assurer l’intégration adéquate du projet dans la communauté, permet aux personnes intéressées d’observer de plus près la démarche et les processus créatifs qui régissent les projets d’architecture.

Si ces quelques éléments de réponse nous donnent déjà certaines pistes expliquant pourquoi bien des gens connaissent peu le rôle de l’architecte et des services qu’il offre, il faut maintenant s’interroger sur la manière dont la profession pourra faire le pont avec le public pour mieux se faire connaître.