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Hiatus : homme et société - Baron Mag

Hiatus : homme et société

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La revue Hiatus intègre le journalisme de fond, le graphisme et l’art au sein d’un univers créatif cherchant à pousser la communication visuelle à son meilleur. La revue est mis en page par des membres de Nouvelle étiquette, le studio de graphisme de Metz, et édité par les éditions Hiatus, basée à Nancy.  Entrevue avec Francis Ramel membre de Nouvelle étiquette, et de Hiatus, et Séraphine Peronnelle membre de Hiatus.

Baron : Quelle est l’histoire de la revue Hiatus ?
Hiatus :Hiatus est née d’une invitation Facebook à une centaine de personnes ayant participé à une soirée de fin de vie d’un petit magazine gratuit distribué à Metz, dans l’Est de la France. Ce message, rédigé par une certaine « Séraphine Péronnelle », invitait alors tous les curieux, les écrivains, les illustrateurs, les graphistes intéressés par l’idée de monter une revue à prendre contact avec son auteur : « Recherche projeteurs de projets, initiateurs d’initiatives, apolitisme politisé, pieuse laïcité... »

Une trentaine de réponses plus tard, nous étions réunis, sans nous connaître, dans l’appartement de ladite Séraphine Péronnelle. Nous affinions alors l’idée, à peine naissante, d’une revue, d’une certaine ligne éditoriale, d’une certaine éthique, aussi. Hiatus la revue sera sans publicité, ne sera pas vendue cher, choisira de ne pas parler d’actualité « brûlante », mais préférera des traitements plus apaisés. Hiatus s’intéressera à l’homme et à ses sociétés, non pas par le trou de la lorgnette des faits divers, mais plutôt par celui de la longue vue des initiatives collectives. Hiatus fera aussi la part belle à l’art, à l’absurde, à la contrainte comme processus créatif, à l’illustration et au graphisme. Hiatus sera à double entrée, et mêlera choses sérieuses et choses moins sérieuses avec enthousiasme et légèreté.

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Trois mois plus tard, les rôles ayant été distribués, les articles ayant étés rédigés, la maquette ayant été fixée et les fonds ayant été soulevés via une plateforme de financement de projet en ligne, nous éditions Hiatus, la revue numéro zéro, sorte de projet prototype, pour faire, et pour voir.

Retours divers et variés dans les oreilles, nous décidions de continuer l’aventure, de corriger, modifier, augmenter, et de publier un numéro 1, plus ouvert, plus participatif. Nous décidions également de nous doter d’une forme administrative, en montant une association à but non lucratif. Nous commencions aussi à tester des formes pouvant aider, par la force de nos méninges et de nos bras, au financement de notre publication. Mur participatif, numéro spécial, soirée de lancement…

Aujourd’hui, Hiatus est une association dotée d’une soixantaine de membres, nous avons publié quatre numéros de la revue (totalisant une petite centaine de contributeurs), nous animons une émission diffusée sur les ondes d’une radio libre parisienne, nous avons réalisé quatre microéditions, quatre numéros spéciaux pour des évènements artistiques et littéraires, nous avons investi un local d’une quarantaine de mètres carrés que nous avons transformé en salle de rédaction et en studio d’enregistrement, nous organisons un festival mêlant musique, théâtre, formes improvisées, nous animons des ateliers d’écriture… Hiatus est devenue bien plus qu’une revue, c’est désormais une association particulièrement active cherchant, par ses diverses activités, à promouvoir la création sous toute ses formes, mais aussi la culture d’un regard conscient sur le monde.

B. : Comment décririez-vous votre ligne éditoriale ? 
H. : Nous définissions la ligne éditoriale de Hiatus, la revue, comme une sorte de « double hélice ».

Le magazine est à double entrée. On peut le lire des deux sens. D’un côté, « la tête en l’air » recueille différents textes, poèmes, illustrations et infographies qui sont volontairement — dans leur construction et leur manière de s’adresser au lecteur —  décalés. En entrant par « la tête en l’air », on parcourra ces textes en commençant par le moins décalé, le plus concret, au plus abstrait.

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De l’autre côté, « les pieds sur terre » rassemble une série de textes ayant un thème volontairement large et ouvert et les organise au fil de la lecture en opérant un « zoom » progressif sur les groupes sociaux que concernent les textes. Ainsi, les premiers articles des « pieds sur terre » vont concerner des grands groupes d’individus dans les sujets qu’ils traitent, tandis que les derniers articles vont s’intéresser à l’individu seul.

Au milieu, un dossier central, regroupant autour du même thème des textes « tête en l’air » et « pieds sur terre », fait le lien entre les deux entrées de la revue.

Le tout est imprimé sans publicité ni subvention.

B. : Pourquoi avoir choisi le média imprimé ?
H. : Le média imprimé était pour nous une évidence. D’abord parce qu’il rend — puisqu’il est palpable — un projet collectif plus réel, l’installant dans le monde des choses et l’inscrivant dans la durée, dès le départ, bien plus qu’un blogue ou un webmagazine collectif qui peut disparaître très facilement, des mémoires comme des ordinateurs. On se débarrasse moins facilement des boîtes de revues que de nos mots de passe.

Démarrer une aventure éditoriale en choisissant l’objet, c’était avoir dès le départ l’ambition de la faire durer. Ensuite parce que le format — à poser sur la table — nous permettait de ne pas avoir à traiter des faits d’actualité brûlants, mais plutôt de mener des réflexions plus globales. Nous cherchions, en choisissant le papier, à ne pas concurrencer la somme de textes à la fois journalistiques et poétiques qu’offre Internet, mais bien à proposer une autre forme de consommation du contenu textuel et visuel, plus lente, plus reculée, moins sujette aux passions.

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B. : Quelle est la réaction du public ? 
H. : Les réactions à Hiatus sont toutes assez différentes. Elles ont pourtant toujours en commun le fait d’être tranchées. D’aucuns trouvent le contenu obscur, cuistre et futile, d’autres le trouvent rafraichissant, subtil et nécessaire. L’identité graphique de la revue est quant à elle globalement très bien accueillie. Tout en écoutant les critiques, nous cultivons cette singularité. Elle est pour nous gage d’une parole si ce n’est intéressante, du moins particulière.

B. : Quelle est votre stratégie de vente et de croissance ? Publicité ou co-branding ?
H. : La stratégie de vente pour Hiatus est rhizomique. La revue a su, du moins localement, constituer une véritable communauté, à travers divers évènements que nous avons organisés (festivals, émissions de radio, ateliers d’écriture). Les ventes se font grâce au bouche-à-oreille, petit à petit. Grâce à notre ligne éditoriale « froide », nous pouvons vendre petit à petit, et plusieurs numéros à la fois. Aujourd’hui, la revue passe également par un diffuseur associatif (R-diffusion, Strasbourg) pour se retrouver dans toutes les librairies de France.

L’objectif à court terme est de nous faire connaître du public à l’échelle nationale, pour augmenter à la fois nos ventes et leur rythme, ainsi qu’envisager un plus grand tirage de la revue.

Hiatus refuse toute publicité, pour garder une totale indépendance et pour ne pas avoir à faire de compromis (politiques, graphiques et éthiques). La forme du « co-branding », nous l’explorons : à petite échelle et en restant à chaque fois particulièrement attentif à notre liberté de ton et d’action, lorsque notre équipe réalise en direct des journaux pour des festivals. Nous publions alors, artisanalement, une édition spéciale de la revue couvrant l’évènement. Cette revue light est rédigée, illustrée, mise en page, imprimée, reliée, et distribuée à la criée pendant l’évènement ; le tout entre 48 et 72 heures, selon l’évènement. C’est ce format « sur-mesure » qui nous permet de continuer à éditer notre revue.

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B. : Projets à venir ?
H. : Nous sommes dans une période où stabilité et pérennité du projet des éditions Hiatus prennent la priorité, tout en continuant à augmenter nos zones de diffusion et nos lecteurs. Aussi, si nous allons bien évidemment continuer à publier nos revues le plus régulièrement possible, à diffuser notre toute jeune émission de radio, à animer des ateliers d’écriture Oulipienne et de dessin Oubapien, à réaliser des numéros spéciaux, des apéros graphiques et des microéditions sérigraphiées, nous cherchons aujourd’hui à diversifier nos activités à travers des formes vivantes d’écritures en direct, en public et de réalisation de murs d’écriture participatifs.

Nous entrons surtout dans une phase de rationalisation des différents postes nécessaires à la vie de l’association et de nos activités, avec l’ambition de mettre en place une rotation des postes créatifs, décisionnaires et à responsabilité. Il s’agit pour le projet de rester dynamique d’ouvrir ses portes aux forces vives et motivées, et de rester le plus possible démocratique dans son mode de fonctionnement. C’est un gros chantier interne qui, nous l’espérons, donnera à Hiatus de meilleurs outils pour se développer.

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