Une question de bon goût

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»Archives de la chronique Créatique

On l’a entendu plus d’une fois : « si t’es designer, tu dois avoir du goût ». Est-ce alors un prérequis d’avoir du goût pour être un bon designer, ou encore est-ce que par la force des choses, puisqu’on travaille dans le monde de la création, c’est forcément parce qu’on a une certaine forme de goût ? D’abord, qu’est-ce que ça veut dire ? La question va bien au-delà de la simple association du bon goût à une classe sociale ou un groupe d’élite.

S’il est vrai qu’aux yeux de plusieurs les designers ont le don de créer des éléments de bon goût, c’est peut-être qu’il se cache derrière cette définition quelques aptitudes communes à ceux qui ont l’habitude d’évoluer dans le domaine du design, mais qui sont tout aussi applicables à bien des domaines. Parce qu’en fait, à la base, avoir du goût, c’est avoir une bonne capacité de discernement. Discerner ce qui, visuellement ou conceptuellement, s’harmonise bien, et voir comment un élément s’intègre (ou pas) au sein d’un ensemble. C’est aussi être en mesure d’identifier rapidement les bonnes options, celles qui valent le coup d’être explorées et qui présentent du potentiel ou qui risquent de plaire à un public cible. Qu’est-ce qui fait ainsi en sorte que certaines personnes ont cette capacité de discernement plus développée que d’autres? Une question d’instinct ?  Pour cela, Cennydd Bowles, auteur et designer, suggère que ce qui réuni les gens qui ont une certaine aisance à designer et qui le font ‘avec goût’, c’est en partie par ce qu’ils ont une capacité commune de récognition des patterns, motifs, structures ou trames qui font qu’un tout est cohérent. Ils ont ainsi capables de reconnaître rapidement les éléments qui s’inscrivent dans ce système et qui s’agencent bien dans l’ensemble.

Ce n’est donc pas qu’une question d’instinct, parce qu’au fond, des goûts, ça se développe autant que ça se discute. Pour reconnaître ainsi des patterns, qu’ils soient visuels, stratégiques, tactiques, ou autre, il faut en avoir vu! C’est une question d’immersion : pour reconnaître du bon design, des bonnes idées et les discerner du lot, il faut en avoir vu beaucoup. Mais tout n’est pas une question de goût non plus, parce que derrière un bon design, il y a une foule d’autres paramètres qui entrent en ligne de compte. Un bon designer, qu’il ait un sens du bon goût aiguisé ou non, c’est d’abord quelqu’un qui a un bon sens d’analyse et qui a su accumuler les connaissances qui lui permettent de construire une solution viable et intéressante à partir des différents paramètres d’une problématique.

Au final, la question du goût est probablement donnée à bien des gens, designer ou non, mais pour la développer et bien l’exploiter, il faut se donner la chance de garder les yeux et l’esprit ouvert sur le monde qui nous entoure et se donner les outils pour la mettre en œuvre dans son travail.