Jérémy Couture de Six Point Un

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Comment se porte le milieu du design industriel au Québec ? Baron s’est entretenu avec quelques représentants et professionnels québécois pour en savoir un peu plus. Au tour de Jérémy Couture, cofondateur et designer de Six Point Un, de répondre au questionnaire de Baron.

Baron : Pouvez-vous nous en dire plus concernant votre entreprise Six Point Un?
Jérémy Couture : Six Point Un est une entreprise qui conçoit et commercialise du mobilier et des accessoires d’intérieur distinctifs et inspirés par la nature. L’entreprise a vu le jour à la fin de l’année 2010 et a été fondée par 2 designers industriels, Claudia Després et moi-même. Nous trouvions que l’offre du meuble au Québec était incomplète et il se devait d’avoir une place pour des meubles avec un tout autre style. Nous étions donc motivés par l’opportunité d’offrir du mobilier différent qui en s’inspirant de l’identité québécoise proposerait une saveur, un style unique, qui nous est propre et représente notre nordicité. Nous voulions que nos produits soient fabriqués ici au Québec et qu’ils utilisent des matériaux locaux, principalement le bois et le métal. C’est encore aujourd’hui notre réalité et notre fil conducteur.

L’offre de produits de Six Point Un est destinée au marché commercial et au marché résidentiel. Nous collaborons avec des architectes et designers d’intérieur pour l’ameublement des espaces commerciaux et résidentiels de leurs clients. Que ce soit en y intégrant directement des meubles de notre collection ou par la création de meubles ou d’accessoires spécialement conçus pour eux, notre implication dans leur projet peut devenir très stratégique et est un point de différenciation important. De plus, une grande partie des produits Six Point Un sont offerts chez plusieurs boutiques de meubles et d’accessoires au Canada. Toutefois, l’ensemble de la collection Six Point Un ainsi que certaines exclusivités sont disponibles seulement sur notre boutique en ligne.

B. : Quels sont pour vous les enjeux majeurs du design industriel de manière générale?
J.C : Je crois que le but premier du design industriel est d’améliorer les produits qui nous entourent, mais aussi de mieux comprendre qui les achète et pourquoi ils les consomment. Je crois qu’en ayant une meilleure compréhension de tous les facteurs qui englobent la culture matérielle, les designers sont en mesure de proposer de meilleures solutions, matérielles ou immatérielles, afin de combler les besoins humains et les problématiques qui nous entourent. Un des enjeux que nous devrons faire face est sans doute la façon de faire des affaires en respect de l’environnement. Plusieurs méthodes, matériaux et initiatives se développent pour réduire cet impact que nous avons sur l’environnement.

À mon sens étroitement lié à cette problématique vient cette question fondamentale du terme « besoin », qui est souvent traitée de manière très personnelle et qui par conséquent laisse place à la surconsommation. Où dresse-t-on la limite de ce qui est « surconsommation » de ce qui est un réel besoin ? À mon avis, une partie de cette réponse réside dans le rapport entre la quantité et la qualité des objets, ainsi que dans la responsabilité au sens large que nous avons envers eux. Je crois que le rapport que nous avons avec les objets est fortement lié à leur perception par les sociétés et ses individus. Ce que nous percevons de nécessaire, de désirable, de désuet reste une perception de l’intensité du lien entre l’objet et l’individu. À mon sens, le traitement de ce lien par le designer industriel sera davantage important, parce qu’il englobe une multitude d’enjeux, autant économiques, que sociaux, qu’environnementaux.

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B : Comment le design industriel progresse-t-il selon vous au Québec?
J.C : Bien qu’il semble avoir un réel vouloir de progression venant du milieu, je ne perçois pas une progression affirmée auprès du monde des affaires. Par contre, je ne suis pas au fait des statistiques de l’emploi des designers par l’industrie. Est-ce que la profession a toujours été en progression ou est-elle présentement en progression ? Je n’en ai aucune idée. Cependant, comparativement à beaucoup d’autres professions, le design industriel reste encore méconnu aux yeux du public.

Au sein du milieu, je pense qu’un désir est présent ; un désir de rassembler, un désir de promouvoir. C’est essentiel que la base soit solide pour stimuler une reconnaissance plus grande de la profession envers le milieu des affaires. Je crois cependant que le réel défi est de trouver « comment » bien en faire la promotion. Je suis d’accord et je trouve qu’il faut approcher les entreprises établies et leur faire valoir la profession, mais la réponse ne réside pas que là. À mon avis, il faut davantage parler et épauler les entreprises qui sont sensibles et bénéficient du design ainsi qu’aux designers qui sont à la tête des entreprises. Je crois que c’est en capitalisant sur ce type d’entreprises qui croient et valorisent le design, que le Québec se munira de plus d’exemples de réussite concrets qui amèneront d’autres entreprises à suivre la même trace. J’espère que le jour où le seuil critique d’entreprises ayant emboîté le pas du design aura atteint un niveau suffisant, nous aurons l’occasion parler d’une culture de design québécois au sein même de l’entreprise.

B. : Selon vous, comment prouver au milieu des affaires la valeur de votre profession?
J.C. : Je crois que c’est par l’exemple. À mon avis, c’est de démontrer le savoir-faire du design en obtenant des résultats dans le milieu des affaires et en améliorant l’offre pour les consommateurs. Si l’on veut convaincre que le design est une ressource importante pour la compétitivité des entreprises, il faut que la base soit forte, compétitive et présente des exemples de réussites récurrents.

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B. : Quels sont vos atouts principaux pour rendre vos services attrayants aux yeux des entreprises?
J.C. : Nous misons sur un design distinctif de tous les produits de notre collection et je considère cet élément comme étant notre tout premier atout et une ressource importante pour nos clients. Cet élément est étroitement lié à la créativité, car à la base c’est elle qui est le moteur du « devenir matériel » qui s’intégrera efficacement dans un cadre économique.

Une autre force importante en affaire, c’est le réseau. Nous avons un réseau de collaborateurs qui nous aident énormément à mettre en œuvre notre créativité. Ils nous permettent de poursuivre cet objectif de développer des produits unique et de qualité exemplaire.

Finalement, depuis le début de l’entreprise, il y a presque quatre ans maintenant, nous avons touché personnellement à presque tous les volets d’une entreprise (ventes, marketing, gestion, comptabilité, design, etc.) ce qui nous permet de mieux comprendre le fonctionnement du milieu des affaires. Je crois que c’est un des plus grands atouts que nous développons, bien que nous sommes encore très jeunes comme entreprises, nous comprenons les enjeux de nos clients.

B. : Comment gérez-vous le processus créatif lors la réalisation de vos projets et qu’est ce que cela représente pour vous?
J.C. : Le processus créatif s’effectue de façon très naturelle quand on amorce un projet. Les 2 membres de l’équipe y prennent part également, c’est très important pour nous. Bien que nous procédons relativement de la même façon en commençant par des discussions, des esquisses, des recherches et autres étapes bien connues, le processus créatif peut être modifié par le client avec lequel nous travaillons. Nous sommes des personnes très flexibles et l’on ne s’impose pas nécessairement de marche à suivre. C’est plutôt l’instinct qui nous guide. Les bonnes idées peuvent venir de partout et à tout moment. Peu importe la forme qu’il prend, le processus créatif est définitivement crucial pour notre entreprise parce que les résultats qui en découlent sont ce qui nous distingue, c’est notre avantage concurrentiel.

http://www.sixpointun.ca/