« Être un artiste, c’est une entreprise. » - Yzabel BeauBien, présidente et consultante en financement culturel chez J'Imagine Consultants

Author:
Publish date:
Social count:
108

Du plus loin qu’elle se rappelle, Yzabel BeauBien a baigné dans le monde culturel. « J'ai toujours voulu travailler avec les artistes. » De disquaire à enseignante à l'Institut Trebas et à l'École du Show-Business, en passant par le métier d'agente de spectacles, de gérante d'artistes, d'animatrice radio et même d'auteure du livre Quand le Show devient Business aux Éditions Octave (qui aura d’ailleurs bientôt une suite), la mélomane est ensuite allée du côté de J'imagine Consultants.

Lancée en 2007 avec Patrick Beaudet, l'entreprise offre divers services aux artistes, producteurs et promoteurs pour les aider à mettre en branle efficacement leur projet culturel: recherche de financement, demande de bourses et subventions, rédaction, conseils, administration, etc. Propriétaire et présidente depuis 2011, Yzabel est devenue une véritable référence en matière de soutien aux artistes.

Qu'est-ce qui a motivé ce choix de carrière, après avoir exploré plusieurs facettes de l'industrie musicale? « J'ai vu que beaucoup d’artistes avaient besoin d'aide pour aller chercher du financement. On offre des prix abordables qui permettent aux musiciens de recourir à des services professionnels. Le but, c'est d'aider les créateurs dans le démarrage de leur entreprise artistique. Parce qu’être un artiste, c’est une entreprise. » Et cette vision, est-ce que les musiciens la partagent habituellement? « Pas nécessairement d'emblée. Mais je crois qu'ils le ressentent. Souvent, des artistes m'avouent qu'ils peuvent passer 90% de leur temps à gérer leur projet. Si bien, qu'ils n'ont plus le temps de créer! »

Réalité un peu abrupte, qui peut être gérée de façon relativement facile selon Yzabel : « Essentiellement, je crois qu'il y a deux voies principales: soit l'artiste décide de tout faire seul ou il va chercher une équipe pour maximiser ses chances de réussite. Mais tout n'est pas noir ou blanc. Bien sûr, il y a la possibilité de rester en contrôle de certains aspects et de former des partenariats dans les sphères plus difficiles. » Et la présidente de J'Imagine Consultants rappelle « qu'il y a vraiment trop d'offres et pas assez de demandes. Dans la tonne de produits artistiques proposés, il faut s'assurer que ça répond à un besoin, que ça entre dans un créneau. Si l'artiste veut en vivre, il faut quand même qu'il y pense. »

Le mur de la commercialisation

Le premier obstacle que les artistes indépendants risquent de rencontrer en cours de route? Selon Yzabel, la réalité de la promotion. « Le musicien va souvent être très à l'aise dans la création et même parfois à la production. Et certains vont vraiment réussir à créer de la musique de haute qualité sans aucune aide. La plupart des artistes auront alors l'impression d'avoir complété leur projet. Mais au contraire! Ils viennent en fait de créer leur carte de visite: c'est le début de tout le reste! » Souvent, les créateurs se trouvent démunis: comment mettre en valeur leur produit en considérant la tonne de musique disponible? Comment sortir du lot sans trop de moyens, autant financiers que marketing?

« Il faut absolument faire un plan et un budget. Bref, se poser les bonnes questions. Pas besoin de dépenser des tonnes ou d'y mettre des semaines entières: suffit de savoir quelle est la ligne directrice. Parce que dans chaque étape de développement d’un projet, il y a possibilité de financement public. On peut même aller jusqu'à le faire pour les artistes, de la demande de subvention à la gestion du budget. C'est bien beau partager un vidéoclip sur YouTube ou un statut sur Facebook, mais si ça ne s'inscrit pas dans un plan, ça risque fortement de passer dans le beurre. »

Comment éviter ce passage à vide ? « La clé, c’est de bien se présenter. Les outils sont là: suffit de les utiliser ! Ça peut se faire grâce à l’aide d’un bon entourage, mais ça peut aussi passer par d’autres moyens. Je conseille fortement aux artistes de participer à des festivals, des concours, des spectacles vitrines. Ça peut être très bénéfique à plusieurs niveaux: l’apprentissage, la visibilité, mais aussi pour la création d’un réseau de contacts. C’est bien beau la technologie, mais rien ne remplace les rencontres humaines. C’est très fort. » Bref, faites-vous voir oui, mais pensez d’abord à l’image que vous voulez refléter. Une réflexion somme toute assez simple, mais qui pourrait vraiment changer la donne.