Fail Camp MTL : tous unis dans l’échec

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Organisé par Gabrielle Madé, Francis Gosselin et Rami Sayar, la première édition du Fail Camp MTL a eu lieu le samedi 22 février, dans les locaux du 5425 Casgrain. Le concept, mis sur pied en 2011 par Frédéric Harper, a été, contrairement à sa thématique, un réel succès. Plus de 200 personnes sont venues écouter les fails des conférenciers, spécialisés dans le monde du design, des startups, des sciences, de la technologie et de la politique. Baron est allé à la rencontre de Gabrielle Madé et Francis Gosselin pour en savoir plus.

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Baron : D’où vous est venue l’idée de mettre sur pied un fail camp montréalais ?
Francis Gosselin : Ce concept avait déjà été réalisé une première fois, en 2011, mais il n’y avait eu qu’une soixantaine de participants. Moi et Gabrielle organisons déjàles Matins Créatifs, et on a décidé de s’associer avec Rami Sayar, qui a pris la place de Frédéric Harper, ancien chef d’orchestre du Fail Camp 2011. Ensemble, on a repris l’idée, le nom et le domaine. On a ensuite créé l’évènement Fail Camp MTL et le buzz a rapidement suivi. Nous l’avons annoncé un jeudi vers 19 heures et, le lendemain, il y avait déjà 27 partages Facebook.

B. : Est-ce que vous vous attendiez à un tel succès ?
Gabrielle Madé : Au départ, on pensait recevoir de 70 à 100 personnes. C’était très naïf.
Il y a eu plus de 400 inscriptions et nous en avons acceptées près de 200, faute de place. Restreindre l’accès à l’évènement était aussi un choix. On n’a pas droit à la même dynamique, dans une salle de 75, 200 ou 400 personnes. On s’est donc retrouvé à trois, pour mettre sur pied un gros évènement basé sur un petit modèle. Pour répéter l’expérience, on va revoir la structure.

B. : Qu’est-ce qui a différencié le Fail Camp 2011 et celui que vous avez organisé ?
G. M. : Fail Camp 2011 était orienté vers la technologie, Internet, les startups… On a voulu faire un évènement plus multidisciplinaire. Le fail est très présent dans la culture des startups, mais on a eu envie d’élargir les horizons, pour attirer un public plus varié. On a essayé de ratisser large dans l’échec. Pour les prochaines éditions, on va tenter d’être encore très diversifiés. J’aimerais, par exemple, faire venir une athlète olympique qui n’a pas gagné.

B. : Quel message avez-vous essayé de faire passer avec Fail Camp MTL ?
G. M. : L’idée est de dédramatiser l’échec. En organisant cet évènement, on s’est rendu compte qu’il y avait un gros tabou autour de cette thématique. L’échec est vu comme quelque chose de mal. Par exemple, si tu fais faillite, tu es nécessairement un mauvais gestionnaire. On a voulu crever l’abcès, non pas pour en tirer de grandes leçons de vie, mais pour arriver à en parler.

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B. : Qu’est-ce qui vous a le plus touché lors de la conférence ?
F. G. : Il y avait des inattendus. On a invité deux capital-risqueurs,Austin Hill et Jean-Sébastien Cournoyer, qui sont venus témoigner de leurs échecs, et la discussion a pris une tournure très personnelle. Ils ont commencé par des discours orientés vers le milieu des startups, où l’échec est une réalité du quotidien. Puis, quand on leur a demandé ce qu’ils en pensaient d’un point de vue personnel, c’est presque devenu une thérapie de groupe.

G. M. : Jean-Sébastien a cinq enfants et nous a dit, de manière très candide, que pour ses deux premiers, il n’avait pas été là. Il nous a raconté qu’il avait numérisé des photos récemment, et qu’il ne s’était vu sur aucune. Austin, un peu dans la même veine, a raconté qu’il s’est complètement brûlé. Il a fait un burnout total. Plus rien ne fonctionnait et il a perdu la femme de sa vie. Dans la salle, les gens étaient très disponibles. Ils réagissaient beaucoup, ils étaient fébriles et touchés.

B. : Quels sont les retours que vous avez eus, suite à cette première édition du Fail Camp MTL ?
G. M. : Tout d’abord, nous avons reçu énormément de demandes de personnes qui nous ont proposé de venir se confier pendant les conférences. Mais également des personnes voulant ouvrir des chapitres de Fail Camp ailleurs. Nous avons eu, par exemple, des nouvelles de Toronto et de Melbourne à peine trois jours après l’évènement. On se rend compte que l’échec est vraiment un sujet porteur. Les gens sont curieux, il y a presque une part de voyeurisme là-dedans. On veut que les autres racontent leurs échecs, mais on ne veut pas leur raconter les nôtres. Au bout d’une journée comme celle-là, les gens se sentent bien. Ils sortent avec moins de pression sur leurs épaules et se rendent compte que l’échec est acceptable.

B. : Et vous, avec-vous déjà connus des fails dans votre vie ?
G. M. : Tout d’abord, il y a eu des échecs pendant le Fail Camp, mais c’est classique. Tu organises un Fail Camp et les gens vont chercher la faille partout. Quand Francis a pris la parole, au début de la journée, le micro ne marchait pas et, une heure et demie avant le début de la conférence, on a réalisé qu’il n’y avait que 30 cintres au vestiaire.

F. G. : Pour des fails plus personnels, bienvenu dans nos bureaux, mais vous êtes ici dans ma troisième boîte. J’ai déjà deux entreprises qui n’ont pas fonctionné avant celle-ci, où j’ai perdu beaucoup de temps et d’argent, mais voilà, j’ai tout de même appris beaucoup grâce à ça.

failcampmtl.org