«Il faut être unique pour avoir de l'attention » - Jon Weisz, fondateur et directeur chez Indie Montreal

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À la fin de ses études en entrepreneuriat et marketing à l'université McGill, Jon Weisz s'est retrouvé devant deux options : « J'ai dû prendre une décision quant à mon avenir : est-ce que je devais aller chercher une « vraie job » ou continuer à développer Indie Montreal? »Après deux ans et demi à travailler sur cette compagnie de promotion de spectacles en tandem avec ses études, le fondateur et directeur a décidé d'aller de l'avant. Bon choix, puisque Indie Montreal est allé chercher une belle place dans l'industrie musicale montréalaise, surtout dans le créneau de la musique émergente. « Ça fait maintenant quatre ans que je vis de cette entreprise. »

Jon Weisz

Basée à Montréal, la compagnie est pourtant très loin de se limiter à ce territoire en ce qui a trait à la promotion de concerts. « Certains promoteurs ont tendance à toujours utiliser la même formule : prendre comme clients des bands déjà bien établis et les faire jouer à Montréal, Québec et peut-être Toronto. Chez Indie Montreal, on essaie plutôt de développer de nouveaux marchés. On va aller à Trois-Rivières, Sherbrooke, Ottawa, London...Tout pour que le groupe ait le plus de visibilité possible. » Jon a aussi très vite été chercher des partenaires solides, qui ont pu l'aider à mettre de l'avant le talent d'artistes divers : « Pour moi, c'est toujours important d'aller vers de nouvelles opportunités. On collabore donc avec des festivals comme M pour Montréal, POP Montréal, le FRINGE, etc. »

Ville ou région : des réalités différentes

Cette grande ouverture a permis au directeur d'Indie Montreal de remarquer plusieurs types de publics. « À Montréal, c'est facile d'entrer dans le marché, mais c'est plus dur de se démarquer. Il y a plusieurs spectacles par soir : la compétition est assez féroce. Même si l'artiste est assez populaire, il peut se retrouver devant un public un peu blasé de 50 personnes, alors qu'en région, on peut souvent s'attendre à un public super chaleureux de 200 personnes pour le même format de salle. » Selon lui, c'est l'offre culturelle très dense, caractéristique à Montréal, qui peut créer ce phénomène.

D’où l'importance de se démarquer de toutes les manières possibles. Côté promotion, Jon privilégie – et conseille fortement – une approche directe :« Tout le monde s'est dirigé vers le web : aujourd'hui, ce n'est plus du tout original d'acheter des annonces Facebook. Ça ne sort vraiment pas de l'ordinaire. Certains promoteurs recherchent de bonnes statistiques web, mais semblent perdre de vue le lien réel au public. À Indie Montreal, on essaie d'avoir une interaction directe avec ceux qui recherchent de bons bands. Un  exemple : nous n'avons jamais cessé de poser des affiches un peu partout dans la ville. Et ça marche! » Piège à long terme alors, la promotion sur les réseaux sociaux? « Ça peut toujours aider, c'est même nécessaire. Mais de mettre tout son budget là-dessus est vraiment malhabile. C'est de plus en plus difficile d'impressionner les amateurs de musique. Vraiment, on a de meilleures réponses quand on présente un produit réel. Il faut s'éloigner un peu du numérique. »

Malgré tout, le promoteur est conscient de l'importance des blogues et des webzines. «C'est une réalité très positive pour les artistes : plus de tribunes et de vitrines, ça ne peut qu'être positif. D'ailleurs, c'est beaucoup plus concentré à Montréal. En région, c'est plutôt rare de tomber sur un webzine très actif. Là-bas, ce sont les médias de masse qui assurent la couverture culturelle. »

« Il faut faire ce qu'on peut avec ce qu'on a. »

À la lumière de son expérience, quels sont selon lui les obstacles les plus fréquents que rencontrent les artistes indépendants? «  J'ai vu des tas de groupes qui font environ la même musique que 25 autres artistes. Et après, ils se demandent pourquoi ils ne sont pas connus. Il faut être unique pour avoir de l'attention. Aussi, c'est primordial d'avoir un bon support.» Le fondateur d'Indie Montreal souligne également l'importance de se fixer des buts : « Il faut savoir où on s'en va en tant qu'artiste. Si on ne veut pas de carrière à la sauce Rouge FM, il faut filtrer certaines offres. »

Mais en tout et pour tout, Jon croit que la plus grande difficulté à affronter est le manque de financement. «  Même si l'artiste a le talent, le charisme, de bonnes idées pour promouvoir, ça ne veut pas dire qu'il va trouver les ressources pour aller de l'avant. Rendu là, c'est de faire ce qu'on peut avec ce qu'on a. Et de persévérer. »