Art Souterrain : Martine Frossard et Isabelle Guichard - Baron Mag

Art Souterrain : Martine Frossard et Isabelle Guichard

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Baron est allé à la rencontre de deux artistes, Martine Frossard et Isabelle Guichard, lors de la conférence de presse pour le lancement d’Art Souterrain 2014 à l’espace presse du Centre Eaton. Ces deux designers, qui en sont à leur troisième présence consécutive à Art Souterrain, présenteront leurs œuvres au Centre de commerce mondial de Montréal, du 1er au 16 mars. Nous avons voulu en savoir plus sur leur travail, et sur la façon dont elles ont exploité le thème de l’enracinement, mis à l’honneur cette année.

Baron : Pouvez-vous nous expliquer quand et comment est née votre collaboration ? 

Isabelle Guichard : Nous nous sommes rencontrées en 2002, lors de nos études de design en France. Ensuite, en 2006, Martine est arrivée au Québec et moi je suis partie en Chine.

On s’est retrouvées quelques années plus tard, en 2010, à Montréal. C’est à ce moment-là que nous avons commencé à vouloir réaliser des projets artistiques ensemble.

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B. : Est-ce par hasard que vous vous êtes retrouvées à Montréal ou est-ce un choix ?

Martine Frossard : Nous n’avons pas choisi volontairement de nous retrouver ici, mais comme nous étions amies et que nous nous donnions des nouvelles à travers les années, lorsqu’Isabelle m’a demandé si je me plaisais au Québec, j’ai répondu oui sans hésitation ! Elle est alors venue, mais au départ c’était simplement des retrouvailles amicales.

B. : Et maintenant, vous considérez-vous comme artistes montréalaises ou françaises ?

M. F. : Ici, avec Art Souterrain, nous sommes classées comme artistes montréalaises parce que nous avons toutes les deux la résidence permanente canadienne, mais, en quelque part, nous restons françaises.

I. G. : Oui, on est françaises ! Ça, c’est impossible de l’effacer, mais c’est ici que nous avons commencé à émerger et à produire. En France, nous n’existons pas dans le milieu artistique. Sans Montréal, pour nous, il n’y aurait rien.

B. : En ce qui concerne vos créations, quelles sont vos influences et comment caractérisez-vous vos œuvres ? 

M. F. : Ce sont nos études en design d’espace et d’événement, mais aussi l’intérêt que nous avons pour l’art contemporain, qui nous influencent lors de nos réalisations.

On finit toujours par créer des œuvres qui s’adaptent à leur lieu d’exposition, ce qui caractérise notre côté designer, mais nous voulons toujours qu’elles soient liées à la thématique du jeu et de l’interaction avec le spectateur. Nous voulons que le public se sente acteur du projet, qu’il ait quelque chose à faire et à partager.

Avec le cheminement suggéré par nos réalisations, le spectateur entre dans une sorte de circuit avec une conclusion à laquelle il ne s’attendait pas forcément.

 On veut que le jeu amène le public à s’intéresser à l’œuvre d’une façon un peu naïve. Il y a aussi un aspect d’immersion de grande envergure qui amène le public à perdre un peu ses repères.

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B. : Cette année, Art Souterrain met à l’honneur le thème de l’enracinement. Comment l’avez-vous exploité dans vos créations ?

M. F. : Nous avons élaboré une chronologie géante de l’année 2013. Nous avons écrit des phrases subtiles et des réflexions par rapport à des événements de notre vie en 2013, que nous avons ensuite placées sur cette chronologie. Pour nous, c’est une façon d’enraciner nos souvenirs concrètement dans l’année et d’inviter le spectateur à faire de même en mettant à leur disposition des pastilles représentant des souvenirs plaisants et déplaisants.

Le public va devoir replonger dans ses souvenirs et se remémorer la pire et la meilleure journée qu’il a connue en 2013. Il va ensuite placer sa pastille sur le jour correspondant, ce qui le poussera à enraciner ses souvenirs. Le terme « enracinement » est ici lié à l’idée du temps et de la chronologie au lieu de l’idée d’appartenance.

B. : Depuis combien de temps participez-vous à Art Souterrain ? Est-ce votre seule visibilité ?  

M. F. : Cette année, nous exposons notre troisième projet à Art Souterrain, mais au-delà de ça, nous sommes en train de nous ouvrir un peu vers d’autres festivals. Nous allons, par exemple, participer à Manif d’Art, le festival d’art contemporain de Québec, en mai.

I. G. : Nous avons aussi eu la chance, grâce au prix de « vitrine culturelle » que nous avons gagné à Art Souterrain en 2013, de présenter à nouveau notre projet Big Bang/Big Crunch dans l’espace d’une galerie. Nous sommes un peu divisées entre le coté public, avec les espaces visuels accessibles à tous comme Art Souterrain, et le côté plus art contemporain des galeries.

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B. : En 2012 vous avez gagné le prix du public avec votre marelle géante, en 2013 le prix de la vitrine culturelle avec Big Bang/Big Crunch. Cette année, quel prix aimeriez-vous remporter ? 

M. F. : Cette année, on ne s’attend à rien.

I. G. : À vrai dire, on ne s’est jamais vraiment attendues à quoi que ce soit.

On se demande souvent comment on a fait pour gagner ces prix, mais je pense que c’est grâce à l’amour et la passion que nous mettons dans nos projets. Mais à la base, on ne s’attend jamais à rien.

On ne fait pas nos œuvres pour gagner des prix. Pour nous, l’important, c’est l’échange avec le public. Lors de la Nuit blanche, on récolte leurs réflexions et leurs avis par rapport à notre travail et, pour nous, c’est déjà gagné. On comprend pourquoi on a travaillé si dur. C’est intense comme émotion.

www.martinefrossard.com


www.isabelleguichard.com