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volume 1, numéro 003
La Pause Bateau Noir

La Pause Bateau Noir

Par Cassandre Caron

Quelques mois après la sortie de leur premier EP La sauvagerie des heures, la formation Bateau Noir se produira le 3 août prochain à l’Escogriffe dans le cadre des concerts La pause Boris.  Entretien avec un groupe impliqué dans divers projets de la scène montréalaise.

De quel instrument jouez-vous dans Bateau Noir et de quelle autre formation faites-vous partie? 
Jean-François : je joue de la batterie dans Bateau Noir, avec Domaine Alary, Francis Flaubert, Dany Placard, Chantal Archambault. J’ai déjà joué dans Bivouaq aussi.
Frédéric: je joue de la basse et je jouais avec The Hot Springs. 
Rémy: je joue de la guitare dans Bateau Noir, j’ai joué avec The Hot Springs, Bivouaq et je joue dans Dirty Tricks. 
Julien: je joue de la guitare, j’ai joué dans Jacquemort et je fais partie de la formation Meta Gruau.
Pascal (absent lors de l’entrevue) : il joue de la guitare, fait partie de Moussette et a fait partie du groupe Le Nom.
Considérez-vous Bateau Noir comme un « side project » dans le sens où vos autres bands sont peut-être plus connus et qu’ils passent en premier?
Rémy : Ça déjà été un « side project », peut-être encore moins, mais maintenant tout le monde joue dans différents bands, il n’y a pas vraiment la notion de « side project » ou de band principal.  Je pense que tous nos projets s’équivalent en termes d’implication. 

Est-ce qu’il y a une morale ou un « statement » dans le fait que vous jouiez sans chanteur.  Est-ce que c’est pour rendre la musique plus universelle, pour faire passer la musique avant les textes?  Ou c’est tout simplement parce que vous n’avez jamais trouvé de chanteur?
J-F : C’est un mélange des deux, on n’a jamais trouvé de chanteur, mais on n’en a jamais vraiment cherché non plus.  Puis il n’y a aucun de nous qui est chanteur, à part Pascal qui a chanté dans Le Nom, mais il est quand même avant tout un guitariste. On s’est retrouvé une gang de musiciens ensemble qui font de la musique, sans texte.  C’est venu naturellement. 
Rémy : Ce n’est pas un « statement » non plus, on n’est pas en opposition avec les chanteurs/chanteuses.  Même quand j’écoute de la musique avec des textes, je sais en apprécier un bon, mais c’est toujours plus le feeling et la musique qui vont m’interpeller.  C’est un peu ça aussi, créer une émotion, créer une ambiance, créer une atmosphère. 

Au niveau du processus créatif, comment est-ce que ça se compose une pièce sans voix? Est-ce que ça se fait différemment?
J-F : Dans la plupart des bands dans lesquels je joue, on compose la musique avant les paroles, donc pour moi ça ne change pas grand chose.  Ce n’est pas tout le monde qui fonctionne comme ça, mais nous on fait d’abord notre structure, et s’il y a un chanteur il va composer des textes à mettre par-dessus. 
Julien : C’est aussi parce que c’est du rock, ce n’est pas un chansonnier qui écrit ses textes et sur lesquels il faut rajouter une musique.  C’est la musique même qui parle, c’est l’émotion.  La voix est un instrument parmi d’autres, nous on est assez nombreux pour ne pas en avoir. 
Rémy : La différence, c’est que souvent quand tu joues avec un chanteur, le but c’est de mettre en valeur la voix et de venir l’appuyer.  Nous ça nous laisse mettre l’accent sur autre chose, que ce soit des lignes de basse, de guitare ou de drums.  Comme on a trois guitares, il y a presque toujours une guitare qui va jouer la partie de la voix.
J-F : Ça nous permet aussi de travailler avec une contrainte de moins.  On se concentre seulement sur la musique et on n’a pas de place à laisser à la voix. 
Rémy : Mais en même temps ça crée une autre contrainte, parce qu’on a tendance à vouloir en faire trop musicalement, des fois il y a trop de notes.  Même s’il n’y a pas de vocal, il faut quand même apprendre à laisser respirer les chansons. 
J-F : Ça nous permet de voir ce qu’il faut mettre en valeur. 
Rémy : On a un système qu’on applique aux chansons.  Ce n’est pas automatique, mais il y a des moments où un membre peut se mettre en valeur et a le droit d’en faire plus, on se passe la balle. 
J-F : On n’a pas trouvé de terme en français mais on appelle ça un « time to shine ».  Donc chacun a son « time to shine » dans les pièces. 

On entend souvent que votre devise est « si ça nous tente pas de le faire, on ne le fait pas ».  Pourquoi cette liberté de création est si importante et présente dans votre discours?
Rémy: Lorsque tu fais partie d’un groupe qui veut percer, t’as pas le choix de faire des compromis.  Pas seulement musicaux, mais tu n’as pas le choix de sacrifier des choses pour la musique. Tandis que dans Bateau Noir, la prémisse de base c’est vraiment d’avoir du plaisir à jouer de la musique.  Donc on essaie de garder en tête que si ce n’est pas plaisant à faire, si ce n’est pas senti, si ça ne vient pas du cœur, il y a un problème. 
J-F : Souvent dans un groupe t’as des attentes de succès, tu te demande si tel spectacle va vraiment faire avancer ta carrière.  Nous, les seules attentes qu’on a, c’est de se faire du fun en gang, c’est d’être sélectif par rapport aux différentes opportunités, mais pas nécessairement dans l’optique de faire avancer notre carrière en termes de visibilité. 
Rémy : C’est aussi d’être capable de dire oui lorsque le show nous tente, même si ce n’est pas payant.  De toute façon, si je faisais de la musique pour en vivre, ça fait longtemps que j’aurais arrêté.  Faire de la musique, c’est aussi faire vœu de pauvreté.

Bateau Noir, c’était uniquement pour votre propre plaisir de « jammer » ensemble, vous n’aviez pas de visée commerciale.  Maintenant vous avez un public, vous donnez des concerts et avez sorti un EP, qu’est-ce qui vous a fait sortir de vos locaux de pratique?
J-F : Quand tu fais de la musique, une grosse partie du fun, c’est de jouer devant les gens, d’avoir du « feed back ».  Moi je n’aurais pas de fun à juste jouer dans nos locaux, j’aurais lâché ça depuis un bout. 

Rémy : Sans vouloir percer ou avoir un grand succès, t’as envie que les gens entendent ta musique et l’apprécient.  Faire des spectacles, tout le monde dans le groupe aiment ça.  Ça prend ce petit bonbon. 
J-F : Le fun des pratiques, c’est justement de monter un show.  Ça a pas commencé comme ça, ça a commencé qu’on voulait juste « jammer » parce qu’on faisait partie de bands qui ne nous permettaient pas de faire tout ce qu’on voulait. Mais c’était la prochaine étape, là, on fait ça devant du monde. 

Ça fait un petit bout maintenant que le EP La sauvagerie des heures est sorti, êtes-vous satisfaits de son accueil? 
Rémy : Oui on est très satisfaits.  On n’a pas poussé plus qui faut la sortie, on a quand même recouru aux services de Bonsound pour faire un peu de promotion.  On s’est arrangés pour que les gens sachent que ça existait et que c’était sorti.  En général, la réaction a été très positive.  Puis les musiciens et les artistes, on aime ça se faire flatter et se faire dire qu’on est bon, donc ça fait plaisir. 
J-F : La sortie nous a permis de nous faire connaître, mais vraiment pas partout.  On n’est pas en mesure de faire une tournée du Québec encore. Je ne sais pas si en Gaspésie il y a deux personnes qui ont entendu notre nom.  Quand on a sorti le EP, on s’est dit que ce serait cool de pouvoir le présenter au FRIMAT à Val d’Or et au FME à Rouyn-Noranda, puis on a réalisé ces objectifs. 

Qu’est-ce qui attend Bateau Noir dans les prochains mois? 
J-F : On veut composer des nouvelles chansons, mais on n’est pas trop sûrs quelle forme ça va prendre. 
Rémy : On a aimé ça faire un EP par nos propres moyens et à notre façon.  C’est sûr que ça crée des limites financières.  On aimerait ça répéter l’expérience, mais sous un format différent.  Comme le CD est en déclin, il y a une nouvelle formule qui est de sortir un vinyle accompagné du format digital, on trouve ça quand même intéressant alors peut-être qu’on va essayer ça.  Ça va nous permettre aussi de faire des disques plus courts au lieu de faire des albums complets pour ne pas être obligé d’attendre aussi longtemps avant de faire un disque.  Des fois, c’est ça qui tue un peu le plaisir.  Le processus technique peut être assez décourageant. 
J-F : Aussi étant donné qu’on est un band instrumental, je crois que je me tannerais d’écouter un album de 45 minutes avec douze chansons.  Le format EP passe mieux aussi pour la cohésion de l’album.
Julien : Moi j’aime beaucoup le format EP en général, pas juste pour nous.  Je n’ai pas toujours le temps de m’asseoir et d’écouter un album de 65 minutes avec le rythme effréné de la vie d’aujourd’hui (rires).  Ça sonne cliché, mais c’est quand même vrai.  Le format EP s’agence mieux. 
Rémy : Sans être un band qui a influencé Bateau Noir, le band de Toronto Fucked Up ont fait des choses pas mal cools.  Ils ont sorti un EP, un 7 pouces, un split, etc.  Ils sortaient des choses sans se donner de pression.  Parce que c’est quand même de la pression de sortir un album entier.  Le format EP semble excellent pour nous. 
*Merci à CHOQ.FM pour l’utilisation de son matériel technique. 

Les partenaires de La Pause Boris:
Nomag.ca
Camuz.ca
CISM 89,3 FM
La vitrine
La bière Boris
Sébasiten Thibault: Illustrateur
Le bar L’escogriffe

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